Blés issus de biotechnologies : la pression augmente

En mai 2009, neuf associations états-uniennes, canadiennes et australiennes de producteurs de blé, annonçaient publiquement leur intention de travailler à obtenir des autorisations synchrones pour les blés issus de biotechnologies (transgénèse, mutagénèse ou toute autre biotechnologie, [1]. Si tous les professionnels de la filière du blé ne sont pas d’accord sur le développement du blé GM, ceux qui le souhaitent ont décidé de mettre la pression pour arriver à leurs fins. Ainsi, cinq structures (Association of Wheat Growers, U.S. Wheat Associates, the North American Millers’ Association – ces trois premières faisant partie du groupe de structures ayant communiqué en mai -, the Independent Bakers Association and the Wheat Foods Council) viennent de publier un rapport de huit pages pour vanter les biotechnologies dans la filière blé [2].
Après avoir expliqué, dans leur communication de mai, que l’adoption des biotechnologies dans la filière du blé permettrait « d’assurer une production plus efficace, durable et rentable de blé partout dans le monde », les structures contextualisent cette fois leur opinion par la comparaison avec les autres cultures. Ainsi, selon elles, « la production de blé et les surfaces allouées sont sur une pente descendante sur le long terme aux Etats-Unis. Les revenus nets par hectare pour les agriculteurs poussent ces derniers vers d’autres cultures ». La solution pour ces structures se trouvent bien sûr dans l’adoption des biotechnologies.
Mais si cet attrait pour les cultures GM était réel, comment expliquer que pour la première fois en 2008, les surfaces de cultures de soja GM ont diminué par rapport aux cultures de soja non GM ? (même si ce n’est que d’un pourcent, [3]. Et a-t-on aussi posé la question aux producteurs de riz, à qui la contamination par des riz de Pioneer a coûté plus d’un milliard d’euros en 2007 ? Mais surtout, on le sait, les rendements n’augmentent pas du fait des PGM mais plus simplement du fait de l’amélioration végétale traditionnelle, comme l’explique Doug Gurian-Sherman, chercheur de l’Union of Concerned Scientists 3902.
Mais si les signataires du récent rapport parlent de biotechnologie en générale, tout laisse à croire que pour la culture de blé, les prochaines améliorations végétales pourraient probablement concerner des blés mutés par exemple, plutôt que des blés transgéniques. Il faut d’ailleurs noter qu’à ce jour, selon la base de données de la FAO et de l’Agence Internationale à l’Energie Atomique (AIEA), seules quatre variétés de blé mutées sont disponibles aux Etats-Unis : les variétés Payne, Stadler, Lewis et Above [4]. Développées en 1964 pour les plus anciennes et 1992 pour la plus récente, ces variétés sont soit résistantes à des maladies (Payne, Stadler), soit tolèrent des herbicides (Above) ou disposent de qualités agronomiques améliorées (Stadler, Lewis). Ces quatre variétés témoignent paradoxalement d’un « retard » des Etats-Unis dans le domaine du blé muté puisque dans le monde, 249 variétés sont disponibles dont 157 pour la seule Chine ! Notons que pour la France, aucune variété de blé mutée n’est disponible. Une explication possible de ce « retard » pourrait être la focalisation des entreprises de biotechnologies et semencières aux Etats-Unis sur les PGM. Mais récemment, Monsanto a déclaré : « les biotechnologies et non les modifications génétiques, sont la clef de l’amélioration des variétés de blés. Si les techniques de transgénèse permettent de développer certaines caractéristiques, la plupart proviendront de l’amélioration conventionnelle, soutenue par des outils de biotechnologies » [5]. Ce changement de discours pourrait donc confirmer le développement discret mais conséquent des plantes mutées.