SENEGAL - Atelier de formation sur les OGM à Popenguine

Les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) sont présents au Sénégal par le biais de l’importation de produits alimentaires. Cependant, aucune variété transgénique n’a reçu l’autorisation de mise en culture, que ce soit à but commercial ou expérimental. Des rumeurs évoquent malgré tout la présence d’essais en champ illégaux de coton transgénique et d’importation de maïs transgénique. En l’absence d’un cadre juridique et, malgré la signature par le gouvernement du Protocole de Carthagène sur la prévention des risques biotechnologiques, le Sénégal est démuni. C’est dans ce cadre que le Sénégal accueille, du 22 au 25 avril, un atelier sous-régional organisé par le Programme des Nations-Unis pour l’Environnement et le Fond pour l’Environnement Mondial, de formation sur l’évaluation des risques et la participation du public en Afrique francophone.... Afin d’exprimer une opinion, la société civile s’est réunie à Popenguine, les 18 et 19 avril 2003 en atelier international d’échanges et de formation, intitulé " OGM et sécurité alimentaire : gestion des risques et participation du public ". Cet atelier était organisé à l’initiative de deux organisations non gouvernementales, l’une sénégalaise, le Regroupement des Femmes de Popenguine pour la Protection de la Nature (RFPPN) et l’autre française, la Bibliothèque d’Echanges de Documentation et d’Expériences (BEDE) et fut soutenu par la Direction des Parcs Nationaux (DPN) - " Point focal du Protocole de Cartagena " - , de l’Ambassade de France à Dakar, d’Inf’OGM (veille citoyenne francophone sur les OGM), de GRAIN et de GAIA, deux ONG internationales très actives dans la défense de l’agrobiodiversité.

L’atelier a regroupé une trentaine de participants, venus d’horizons différents : responsables administratifs, d’ONG ou d’organisations paysannes. Il a bénéficié de la participation de trois témoins internationaux. M. Lovemore Simwanda (Zambie) a expliqué pourquoi et comment la Zambie a refusé l’aide alimentaire américaine, composée de maïs transgénique. Mme Simone Verdier (France), agricultrice et maire d’un village, a mis l’accent sur la possibilité qu’a la société civile de freiner la dissémination des OGM dans l’environnement par le vote de délibération communale pour interdire l’implantation de tels organismes sur le territoire de sa commune. Elle a aussi rappelé comment le fauchage de parcelles d’essais OGM avait servi à médiatiser le débat sur les risques engendrés par les OGM. Enfin, Mme Jeanne Zoundjihekpon (Bénin) a retracé le processus qui a mené le Bénin à voter un moratoire de cinq ans sur l’utilisation et la commercialisation des OGM, en 2002.

Les discussions, étayées par de nombreuses interventions, ont permis premièrement d’expliciter des concepts complexes tels que la transgénèse ou les outils juridiques internationaux, tel que le Protocole de Cartagena... Mais plus profondément, cette rencontre fut l’occasion pour la société civile sénégalaise d’exprimer un certain nombre de recommandations, parmi lesquelles la demande d’un moratoire sur les OGM afin de permettre d’établir, collectivement et de façon transparente et ouverte, un cadre juridique sur les OGM. L’autre besoin ressenti par tous les participants est d’engager à différents niveaux des actions d’information et de sensibilisation sur les enjeux des OGM et de la brevetabilité du vivant. Enfin, plus globalement, l’atelier a rappelé l’importance du " droit des peuples à se nourrir par eux-mêmes ", de choisir leur mode d’alimentation.

À l’issue de cet atelier, une délégation composée de responsables de l’ADEETELS, CNCR, de la CONGAD, d’ENDA Tiers-Monde, et du RFPPN, a été formée pour participer à la rencontre du PNUE : elle portera devant les responsables politiques la déclaration de Popenguine.