OGM : les entreprises engrangent les dividendes de la faim

Tous les ans, l’Isaaa [1], organisation promotrices des biotechnologies végétales, fait la synthèse des surfaces cultivées avec des plantes GM, et, à travers des calculs énigmatiques, des estimations et des extrapolations, démontre le bien fondé des OGM pour l’environnement et les économies des pays pauvres. Les données publiées par les Amis de la Terre permettent de relativiser ces conclusions. Pour cette ONG, les réels bénéficiaires des PGM sont les entreprise semencières qui les développent.

L’Isaaa annonce qu’en 2008, « 13,3 millions d’agriculteurs répartis dans 25 pays ont cultivé 125 millions d’hectares de cultures biotech », soit une augmentation annuelle de 9,6%. On notera déjà une décélération de l’augmentation des surfaces. C’est la première progression en dessous de 10% depuis les années 2000. Or, l’Isaaa souligne, elle, qu’il s’agit de la sixième plus forte progression depuis 13 ans (donc en fait, après décryptage, d’une « progression moyenne »). Qu’importe pour l’Isaaa : ce terme « plus forte » participe à l’idée que c’est beaucoup et que ça va vite.
Plus absurde encore, l’Isaaa, comme chaque année, cumule les surfaces cultivées avec des PGM... Ainsi, il y a trois ans, en 2006, l’Isaaa se félicitait que le premier milliard d’acres (donc 500 millions d’hectares environ) cultivés en PGM avait été atteint. Ce chiffre n’était que la somme des surfaces cultivées en PGM depuis 1996. Cette année, l’Isaaa réitère et annonce que le deuxième milliard d’acres a été atteint.

Un continuum depuis plus de dix ans

Sans surprise, les Etats-Unis représentent, toujours à eux seuls, 50% des cultures transgéniques mondiales et, alliés à l’Argentine, au Brésil, et au Canada, ils cumulent 86% des cultures transgéniques. La donne n’est donc en rien modifiée. Dans les 25 pays qu’annonce l’Isaaa, onze représentent à peine, ensemble, 100 000 hectares, soit 0,08% des surfaces transgéniques.
Sans surprise toujours, le soja GM domine. Il couvre plus d’une quarantaine de millions d’hectares en Amérique latine (soit environ un tiers des surfaces GM mondiales, pour une culture sur un continent).
En 2008, le club des pays producteurs d’OGM a été rejoint par la Bolivie, le Burkina Faso et l’Egypte.

L’Isaaa manipule la réalité européenne

L’Isaaa se félicite du succès en Europe, et annonce +21% en 2008 et +50,6% en quatre ans. Or, cette augmentation est un artifice scandaleux. En effet, d’un côté, l’Isaaa exclut la Roumanie de ses calculs en 2004 et 2005 alors qu’elle cultivait respectivement 110 000 ha et 90 000 ha de soja GM, sous prétexte qu’elle ne faisait alors pas partie de l’UE. Mais c’est son entrée dans l’UE qui l’a obligé à abandonner la culture du soja GM. Et de l’autre, l’Isaaa oublie la France en 2007 (alors qu’elle cultivait environ 22 000 ha). L’Isaaa annonce 88 673 ha en 2007, alors qu’il faudrait compter 109 650 ha. Ainsi, si on réintègre ces données, la baisse est de 35% en quatre ans et de 2% entre 2007 et 2008. Au final, seuls 0,21% des terres agricoles européennes sont cultivées avec des PGM. 

Les entreprises s’en sortent bien

Pour les Amis de la Terre [2], les réels bénéficiaires des OGM sont les entreprises qui les commercialisent. Ils mettent en parallèle plusieurs courbes : celle de l’augmentation du prix des semences (+50% pour le soja entre 2006 et 2008) et du prix des herbicides (+134% du prix du Roundup aux Etats-Unis les deux dernières années), et celle de la santé financière des entreprises (les économistes estiment que Monsanto verra ses bénéfices augmenter de 74% entre 2007 et 2010).
En effet, un facteur lie ces courbes : l’augmentation des surfaces cultivées avec des variétés résistantes à un ou plusieurs herbicides, et son corollaire, l’augmentation de l’utilisation du Roundup. Entre 1994 et 2005, date de l’arrivée du soja RR, la quantité de Roundup épandue sur la culture du soja a été multipliée par 15. Et, cette augmentation n’a été compensée par une réduction des autres herbicides que pendant les cinq premières années de la culture du soja GM. 
Or, ce phénomène risque de perdurer. La stratégie commerciale de Monsanto et consorts consiste à mettre sur le marché en priorité des variétés possédant aussi la résistance à un herbicide. A cela il faut ajouter un phénomène biologique, la résistance des adventices aux herbicides, qui devient un problème majeur aux Etats-Unis. Ainsi, les nouvelles variétés permettent d’utiliser de plus fortes doses d’herbicides et tolèrent un spectre plus large d’herbicide (jusqu’à huit différents), permettant ainsi de « lutter » contre ces adventices résistantes.
La nature du rapport de l’Isaaa, éclairé par nos analyses et les données des Amis de la Terre, devient évidente : il s’agit d’un exercice d’empilement de données, disparates et non vérifiables dont le but n’est pas la connaissance de la réalité des OGM, mais leur promotion.

Isaaa : des conclusions contestables

L’argument de la faim dans le monde a bon dos. Réitérant son credo, l’Isaaa affirme
que « les plantes biotech peuvent faire deux contributions importantes à la sécurité alimentaire mondiale », via l’augmentation des rendements et la réduction des coûts de production. Or, ce rapport oublie de signaler que la faim n’a pas diminué en Argentine, pays qui consacre pourtant l’essentiel de ses terres au soja RR depuis plus de 10 ans. Le rapport, toujours dans sa logique d’accumulation, annonce que les PGM ont contribué à accroître l’offre et l’accès alimentaires, en augmentant la production de 1996 et 2007. Ce chiffre, jamais détaillé dans le rapport, laisse rêveur. La production de soja RR, destinée en très grande majorité à l’alimentation du bétail avec l’augmentation de la consommation de produits carnés au niveau mondial (en Chine, en Inde, etc.) et l’interdiction concomitante des farines animales dans
l’UE, a certes augmenté de façon exponentielle. Mais la quantité de nourriture disponible n’a pas pour autant augmenté. La production de viande dans les pays développés reste excédentaire, entraînant des conséquences dramatiques dans certains pays du Sud, victimes d’importation à bas prix.
De même, pour prendre un dernier exemple, l’Isaaa se félicite du nombre d’agriculteurs indiens qui ont adopté le coton Bt (environ cinq millions, lit-on dans le rapport, qui cultivent 7,6 millions d’hectares). Or, les partisans des biotechnologies, quand on évoque des mauvais rendements du coton GM en Inde, affirment que la contrebande, le mélange, les fausses semences Bt, etc. font qu’au final peu d’agriculteurs indiens cultivent des semences GM certifiées. Pourtant, ces agriculteurs sont quand même mentionnés dans le rapport annuel. deux mesures ?