suite du débat publié dans Inf’OGM n°106

Les plantes mutées sont-elles des OGM ?

Les Faucheurs volontaires ont réagi au texte de l’Association française sur les biotechnologies végétales (Afbv) publié dans le numéro précédent d’Inf’OGM [1], texte qui critiquait les fauchages. L’AFBV a, pour sa part, clos le débat.

La réponse des Faucheurs volontaires à la réponse de l’AFBV (publié dans le n°106)

Dans sa réponse aux questions posées par Inf’OGM [2], l’AFBV accuse les Faucheurs Volontaires (FV) de commettre des actions violentes et de générer des peurs infondées au service d’objectifs idéologiques. Mais elle ne s’interroge nullement sur les raisons qui animent les FV. Après avoir apporté des précisions sur la question des tournesols mutés qui sont à l’origine de ce débat, nous insisterons sur les principales raisons qui poussent les FV à agir et reviendrons sur les questions de violence et d’idéologie.

Dans notre réponse, nous avons rappelé la définition d’un OGM présente dans la directive européenne 2001/18 et précisé que cette définition s’appliquait sans ambiguïté aux organismes ayant subi une mutagénèse provoquée. Dans sa réponse l’AFBV explique que les variétés issues de la mutagénèse ne sont pas des OGM, parce que la mutagénèse n’est pas... de la transgénèse ! Ce n’est donc pas une réponse à la question posée. Le législateur européen n’a jamais écrit que seuls les organismes issus de la transgénèse devaient être considérés comme des OGM. Par contre il a bien spécifié que ceux issus de la mutagénèse étaient exclus du champ d’application de la directive, ce qui les exempte de fait des obligations d’évaluation, d’affichage et de demande d’autorisation propres à tout OGM. Comment peut-on alors qualifier ces vrais-faux OGM qui peuvent ainsi être disséminés sans que personne ne soit au courant : clandestins, furtifs, cachés... ?
D’autre part, l’AFBV parle de « progrès significatifs » apportés par ces tournesols tolérants à des herbicides. Les expériences ne manquent pourtant pas pour montrer que de telles solutions conduisent en quelques années à augmenter les quantités d’herbicide à cause des adventices qui font de la résistance ! Et cela d’autant plus que dans le cas du tournesol, ces herbicides appartiennent à la même famille (sulfonylurées) que ceux déjà utilisés sur les céréales à paille et que leur mode d’action (inhibition de l’enzyme ALS) est celui pour lequel le plus de cas de résistance ont été signalés dans le monde.

Mais au-delà de ces aspects règlementaires et techniques sur le tournesol, les OGM posent des problèmes sociétaux majeurs.
L’impact socio-économique des OGM sur les systèmes agraires en fait partie car il en va en effet de la survie même des filières de qualité et des filières bio en particulier. Il se trouve que ce problème a été très présent au procès des 86 faucheurs qui a eu lieu en octobre à Marmande. La Présidente du tribunal et la Procureure s’en sont particulièrement inquiétées, à tel point que par moment, on avait l’impression d’assister au procès de la coexistence !
Mais c’est autour de l’appropriation du vivant par les droits de propriété intellectuelle que se focalise la contestation la plus radicale. D’autant plus que les coûts très élevés de développement de ces semences technologiques (R&D, brevets...) ont conduit à une ex- trême concentration de ce secteur industriel. Et c’est ainsi qu’une poignée de firmes multinationales tentent de maîtriser la production et la distribution des principales ressources génétiques de la planète pour l’alimentation. Qu’elles cherchent à détenir un pouvoir aussi exorbitant est inacceptable et terrifiant. Mais à travers cette appropriation du vivant, c’est aussi la biodiversité cultivée qui est gravement menacée car il n’y a aucune commune mesure entre la diversité produite spontanément par des millions de paysans et celle produite industriellement par quelques firmes dont le mode de fonctionnement est basé sur l’économie d’échelle et la standardisation.

L’AFBV indique aussi qu’elle s’est créée pour informer sur la réalité des biotechnologies végétales et qu’elle se place uniquement sur le plan scientifique. Mais comment peut-on prétendre réduire cette réalité aux simples aspects techniques alors que les conséquences sociétales sont d’une telle importance ? C’est un peu facile de se placer ainsi dans une tour d’ivoire et de laisser croire qu’il existe une vérité scientifique qui a elle seule devrait déterminer les orientations du futur. En fait, l’AFVB sait très bien qu’elle travaille directement ou indirectement pour ces entreprises qui portent les OGM. Ce faisant, elle œuvre pour que les biens communs comme les semences soient sous la domination totale des multinationales. C’est une position... très idéologique !
Enfin que représente la violence tant décriée des FV qui piétinent quelques pieds de maïs en regard de celle exercée sur les paysans bio contaminés qui ne peuvent plus vendre leur production, les apiculteurs dont les produits de la ruche sont déclassés, les paysans de Catalogne et d’Aragon qui voient leurs variétés traditionnelles de maïs disparaître, les centaines de milliers de familles paysannes expulsées de leur terre par le soja GM en Amérique du sud...?


L’AFBV stoppe le débat avec les Faucheurs : son explication


« Nous regrettons de ne pas donner suite à votre projet de débat entre l’AFBV et les « faucheurs volontaires ». Nous avions déjà beaucoup hésité avant de vous envoyer notre premier texte, mais la destruction récente de l’essai vigne transgénique de l’INRA à Colmar, pourtant entouré de mesures de précaution extrêmes et mis en place avec l’accord des associations anti-OGM, nous conduit à mettre un terme à cette démarche.
Nous ne répondrons donc pas au texte des « faucheurs volontaires » qui privilégient les actions violentes et ne semblent toujours pas ouverts au dialogue et à la confrontation des idées.
Détruire des essais et donc refuser de savoir est, à l’évidence, incompatible avec un débat s’appuyant sur des faits et des arguments reposant sur une démarche scientifique qui seule permet une confrontation utile.
De la part des "faucheurs volontaires", il s’agit bien à nouveau d’un combat idéologique qui n’est pas le terrain sur lequel se positionne l’AFBV.
Notre association, dans l’intérêt de notre pays, continuera son action pour éclairer nos concitoyens, de la façon la plus crédible possible, sur la réalité des biotechnologies végétales et de ses innombrables applications.
Même si nos désaccords sont nombreux avec Inf’OGM, nous tenons à vous remercier d’avoit tenté d’ouvrir un dialogue avec les opposants aux OGM les plus déteminés et restons bien sûr ouverts à de véritables débats ».