La filière viande européenne en crise ?

Depuis les accords de Blair House entre les Etats-Unis et l’Europe, la production de soja est limitée sur le territoire européen. Les farines animales ont en partie limité les importations de soja, mais depuis leur interdiction, suite à la maladie de la vache folle, les importations de soja ont repris de plus belle. Or, lors du Conseil des ministres européens de l’Agriculture [1], les 26 et 27 novembre, les Pays-Bas et la Pologne ont relancé le débat sur la réintroduction des farines animales dans l’alimentation animale. Pour ces deux Etats, les farines animales, en tant que sources de protéines pour l’alimentation du bétail, permettraient de réduire la dépendance de l’UE à l’égard du soja importé des Etats-Unis, du Brésil et d’Argentine, en grande majorité d’origine transgénique. Or, l’Union européenne n’a pas autorisé à l’importation tous les sojas transgéniques cultivés dans ces pays. Marian Fischer Boel, Commissaire européen, a prévenu les Etats membres qu’une opposition trop forte aux OGM (et donc des lois trop strictes sur leur importation) aurait pour conséquence une augmentation du coût de la viande et handicaperait la filière « viande » en Europe. Pour elle, une politique trop restrictive en matière d’autorisations des OGM aura des « conséquences dramatiques » , « la production de viande se déplacera hors de l’Europe et nous devrons importer de la viande (issue d’animaux nourris avec des OGM). Donc, nous mangerons de toute façon les OGM que nous voulons interdire » [2]. Elle précise que le surcoût viendra notamment de l’obligation de la ségrégation des filières et de la vérification des cargaisons pour prévenir l’importation d’OGM non autorisés par l’UE.
Pour les Amis de la Terre, l’assouplissement des normes européennes [en matière de procédure d’autorisation] n’est pas justifiée. Le surcoût n’est pas lié à ces procédures d’autorisations. L’augmentation des prix des produits alimentaires est liée à l’augmentation des surfaces consacrées aux agrocarburants et à l’augmentation de la demande en viande des pays asiatiques (dont en premier la Chine) [3]. La surface consacrée au soja aux Etats-Unis a diminué de 15% du fait de la production de maïs pour les agrocarburants. Et en même temps, la consommation d’aliments pour bétail à base de soja augmente de 5% (soit 5 millions de tonnes) par an du fait de l’augmentation de la demande asiatique [4]. Les Amis de la Terre demandent donc instamment de ne pas sacrifier une politique de précaution au nom d’arguments défendus uniquement par le lobby industriel. Les Amis de la Terre citent un rapport [5] préparé par la DG Agriculture de la Commission européenne qui démontre que même si tous les pays qui actuellement exportent en Europe décident de ne cultiver que des OGM non autorisés par l’UE, l’Europe pourra nourrir son bétail avec son propre maïs ou en important d’autres pays. Et surtout, d’autres solutions agronomiques existent pour produire de façon autonome et locale des protéines pour nourrir les animaux, comme la réintroduction de la luzerne, du trèfle blanc, etc.