L’Europe cultive moins d’OGM et l’Isaaa continue sa propagande pro-OGM

Comme tous les ans, l’Isaaa [1], organisme de promotion des plantes génétiquement modifiées (PGM) dans les pays du Sud, a publié son bilan de l’année écoulée, en termes de surface, de PGM autorisées, et d’autres événements majeurs. Ce bilan sert principalement à louer les PGM et leur adoption sans faille dans le monde.

Le rapport a été publié le mardi 23 février et dans le communiqué de presse qui l’accompagne, l’Isaaa commence par se féliciter de l’avis positif, du 27 novembre 2009 du Comité chinois de biosécurité concernant la culture du riz transgénique [2]. L’Isaaa elle-même reconnaît qu’il faudra encore attendre deux ou trois ans avant une réelle autorisation commerciale de ce riz GM. Ainsi, la décision la plus importante de 2009 serait donc d’attendre trois ans, une éventuelle commercialisation du riz GM... Dans son enthousiasme, l’Isaa en oublie Bayer condamnée à deux reprises pour n’avoir pas su éviter une contamination mondiale des stocks de riz, qui a fait perdre d’importants marchés à un millier d’agriculteurs états-uniens [3].

L’Isaaa préfère évoquer des chiffres non vérifiables car elle ne donne pas ses sources : « Le riz Bt a le potentiel d’accroître les rendements de 8%, de diminuer l’usage des pesticides de 80% (17kg/ha) et de générer des bénéfices annuels de 4 milliards de dollars ». L’Isaaa parle de potentiel... C’est là où le bât blesse. Si ces chiffres sont issus d’une culture en serre, cela ne nous dit rien sur les rendements de ce riz Bt en conditions de culture réelles, par des paysans qui n’ont pas forcément les moyens d’acheter les intrants nécessaires à l’expression de ce potentiel... Rien n’est dit sur les conditions de la comparaison, ni quelles variétés non GM se trouvaient en compétition.

C’est trop facile de jeter à la face de la misère des chiffres de la sorte. Et surtout, rappelons encore qu’Alain Weil, chercheur au CIRAD, précise dans La Recherche que « la seule conclusion [quant aux rendements stricto sensu], pour l’instant, c’est qu’il n’existe pas de conclusion claire, et encore moins de conclusion qui soit extrapolable ».

A la lecture de ces quelques données, l’objectif de l’Isaaa apparaît clairement : promouvoir les PGM comme la solution miracle à la faim dans le monde, alors que celle-ci, comme nous avons pu le détailler dans un ouvrage publié en novembre 2009 [4], est avant tout un problème politique. Que peuvent apporter les PGM aux réfugiés de la guerre du Darfour ? aux personnes sans terre ? Les PGM renforcent une logique de dépendance et servent principalement à nourrir le bétail hors-sol des pays riches.

Les OGM continuent d’avancer, mais à petits pas

Le rapport de l’Isaaa détaille également les cultures transgéniques pour 2009. L’Institut annonce 134 M ha cultivés dans 25 pays, soit une progression de 9 Mha par rapport à 2008 (+7%).Pour masquer le ralentissement de la croissance, le rapport claironne : « La multiplication par 80 des surfaces en PGM entre 1996 [date des premières cultures GM à grande échelle] et 2009 est sans précédent ». Soulignons, au contraire, que l’enthousiasme pour les PGM se ralentit. On est passé de 13% d’augmentation des surfaces cultivées avec des PGM entre 2005 et 2006, à 12% (2006 - 2007), puis à 9,6% (2007- 2008) et en 2009, ce taux est tombé à 7%.

L’Isaaa additionne allégrement des hectares par modification génétique. Ainsi, si une plante a deux modifications génétiques, un hectare cultivé avec cette PGM correspond pour l’Isaaa à deux « hectares virtuels ». De même, l’Isaaa indique que « les surfaces cumulées de PGM pour la période 1996 – 2009 atteignent presque un milliard d’hectares ». Que signifie ce cumul ? Rien ! Ce sont les mêmes constructions chimériques à l’œuvre depuis plus de dix ans. On commence à se lasser de démonter, systématiquement, les mêmes vieilles ficelles.

Les Etats-Unis restent en tête et les Européens continuent de bouder les OGM

Au niveau de la répartition géographique, là encore, on ressort les traditionnels mensonges. L’Isaaa nous annonce que les pays qui cultivent des PGM sont des pays en développement... dont l’Argentine, le Brésil… Or, dans ces pays, on sait qui cultive des PGM : des businessmen, qui possèdent des dizaines de milliers d’hectares. Comme petits paysans pauvres, on fait mieux !

En réalité et sans surprise, les PGM restent majoritairement cultivées sur le continent américain, afin de fournir des protéines végétales aux élevages hors-sol des pays riches. A lui seul, il accueille 89% des cultures transgéniques et si on exclut le coton Bt cultivé en Inde et en Chine, ce chiffre atteint alors 97%.

Un nouveau pays est rentré dans le club des transgéniculteurs : le Costa Rica. Le Burkina Faso a vu ses surfaces cultivées en coton Bt exploser, passant, selon l’Isaaa, de 8 500 hectares de production de semences en 2008 à 115 000 hectares de cultures commerciales.

En Europe, de sept pays cultivant du maïs Bt en 2008, on est passé à six, l’Allemagne ayant rejoint le camp de ceux qui ont pris un moratoire sur le maïs Mon810 [5], seule PGM autorisée à la culture dans l’UE. On est ainsi passé de 107 719 hectares en 2008 [6] à 94 750 hectares en 2009 (-11%). Curieusement, l’Isaaa omet de préciser que la baisse des cultures GM affecte tous les pays de l’UE à l’exception du Portugal et de la Pologne, que les moratoires en Europe sont largement soutenus par la population et les Etats membres, et que les autres PGM en cours d’autorisation de culture n’arrivent pas à obtenir de majorité qualifiée lors des votes.

En conclusion : rien de nouveau sous le soleil de l’Isaaa. A part l’explosion des cultures de coton Bt au Burkina Faso, le reste est du déjà vu. Pas de nouvelles PGM autorisées, pas de nouvelles modifications génétiques autorisés, les Etats-Unis restent le grand Number One des OGM, et le bétail européen continue de manger du soja transgénique.