INDE - L’aubergine GM Bt est mal évaluée, selon le Professeur Séralini

Mahyco, entreprise semencière indienne dont Monsanto est actionnaire à 26%, a demandé l’autorisation commerciale pour la mise en culture d’une aubergine GM Bt, produisant une protéine insecticide mal connue contenant des séquences modifiées Cry1Ab et Cry1Ac . Le Pr. Gilles-Eric Séralini, de l’Université de Caen, mandaté officiellement par Greenpeace Inde pour fournir un avis scientifique sur ce dossier, conclut que cette aubergine Bt pourrait présenter des risques importants pour la santé humaine et animale et qu’elle ne devrait donc pas être autorisée [1].
Plus en détail, G.E. Séralini énumère plusieurs problèmes. La première anomalie constatée est assez formelle : plusieurs documents ne sont pas signés par les chercheurs ayant conduit les expériences, ce qui, normalement, invalide les données présentées.
Sur un plan scientifique, le Pr. Séralini relève que les tests de toxicité sur insectes cibles et non cibles de la protéine Bt produite par l’aubergine GM n’ont pas été effectués avec une protéine hybride Cry1Ab / Cry1Ac semblable à celle présente dans l’aubergine mais avec une protéine Cry1Ac. Il note qu’un gène de résistance à la kanamycine a été utilisé pour construire cette PGM. Le Pr. Séralini souligne que la présence de ce gène montre que la PGM a été construite sans considération des problèmes de santé publique que pose l’utilisation de tels gènes de résistance. Enfin, il précise que plusieurs différences significatives ont été observées entre cette aubergine Bt et sa contre-partie non GM, même si elles ne sont pas mises en avant dans les résumés de chaque expérience : moins de calories présentes dans l’aubergine Bt et un contenu en alcaloïde différent. D’ailleurs, les tests sur animaux ont révélé plusieurs différences selon le modèle animal utilisé : paramètres biochimiques de certaines protéines et gain de poids différents chez les chèvres et les lapins (sauf pour le gain de poids chez ces derniers) ; production et composition du lait différentes chez les vaches ; diarrhée chez les rats recevant l’aubergine Bt et différences sur le poids des reins et du foie ; taux de glucose différents chez les poulets.
Or, comme l’affirme le Pr. Séralini, ces différences n’ont pas été relevées dans les résumés de chaque étude par les scientifiques en charge de l’évaluation, ou ont été classées dans une classe de différence « normale » car dues à la variabilité entre chaque animal utilisé. Mais le Pr. Séralini note que le nombre d’animaux utilisés dans les groupes témoins était plus grand que dans le groupe test, augmentant donc cette variabilité naturelle et éteignant artificiellement la signification des différences observées. Enfin, le Pr. Séralini souligne que la durée des tests de toxicité – 90 jours – n’est pas suffisante pour étudier des effets sur le long-terme.
Concernant les études sur les effets de cette aubergine Bt sur les insectes cibles et non cibles, le Pr. Séralini considère qu’elles sont globalement inadéquates et ne permettent aucune conclusion quant à de possibles impacts négatifs. Les études d’impacts sur l’environnement sont également incomplètes, une contamination par mélange de semences n’ayant, par exemple, pas été étudiée.
Le dossier de cette aubergine Bt est assez complexe dans ce pays. En septembre 2006, le gouvernement indien avait mis en place un comité spécial pour étudier le dossier des essais en champs d’aubergines Bt (cf. Inf’OGM Actu n°14). Deux ans plus tard, le Président de ce comité, le Pr. Prabhakaran, expliquait en substance que la protéine Bt avait été mal évaluée.
Le 14 janvier 2009, à la demande du Pr. P.M. Bhargava, le Comité d’Approbation du Génie Génétique (GEAC en anglais) a décidé de constituer un panel d’experts qui analysera l’étude du Pr. Séralini en vue d’une réponse sur cette demande d’autorisation que Mahyco attend toujours [2].