INDE – Aubergine Bt, brebis et chèvres intoxiquées, PGM : deux experts donnent leur avis

Un comité d’experts indépendants a été mis en place en septembre 2006 par le gouvernement indien pour étudier le dossier des essais en champs d’aubergines Bt, déposé par Mahyco, filiale indienne de Monsanto [1]. Après près de deux ans de travail, le Pr. Prabhakaran, président de ce comité, a livré un point de vue sur ce dossier ainsi que sur d’autres données concernant les PGM en Inde [2]. Pour l’aubergine Bt, plusieurs problèmes sont soulignés. Ainsi, les expériences de stabilité thermique de la protéine Bt montrent que celle-ci n’est pas détruite lors de la cuisson, contrairement à ce qu’affirme Mahyco dans ses conclusions. Elle est même retrouvée dans les aubergines non GM après cuisson, montrant ainsi un problème de procédure dans les analyses effectuées par Mahyco. Le Pr. Prabhakaran indique également que l’entreprise Mahyco a conduit des essais en champs de cette aubergine Bt dans le Bengale de l’Ouest, en 2007, sans en référer au gouvernement local.
Concernant le cas des chèvres et brebis mortes après avoir brouté des restes de cultures de coton Bt [3], le Pr Prabhakaran rappelle que des analyses vétérinaires ont été conduites et les résultats analysés en avril par le GEAC (Comité d’Approbation du Génie Génétique). Les discussions tenues alors ne sont, selon lui, pas basées sur des résultats d’analyses sérieux. Car le rapport de l’Institut Indien de Recherche Vétérinaire indique que la mort des chèvres peut être attribuée à des résidus de nitrate et non à la toxine Bt, alors même que les prélèvements sur les chèvres sont considérés comme « non conformes » pour conduire des analyses. Le Pr. Prabhakaran se pose donc la question de savoir comment et pourquoi ils ont été finalement analysés, et pourquoi on y a recherché la présence de nitrate.
Pour le scientifique, la question fondamentale n’est pas tant de savoir si les PGM ont leur place en Inde mais plutôt de savoir si leur innocuité peut être sérieusement analysée avant autorisation.

Pas de preuve sur l’innocuité des PGM

De son côté, le Pr. P.M. Bhargava est considéré comme l’architecte des biotechnologies indiennes. Dans une interview publiée en ligne [4], ce scientifique indien affirme que "nous n’avons pas aujourd’hui de preuves concluantes quant à la sécurité des aliments transgéniques […]. Le problème est que personne ne connaît les effets de ces aliments sur nous". Entre autres données à l’appui de sa position, ce scientifique explique que des rapports sur l’échec du coton Bt ont été ignorés comme celui montrant que les agriculteurs du Vidarbha passent du coton au soja car ils n’ont pas eu les rendements escomptés, alors que le prix d’un paquet de semences de coton Bt est près de quatre fois plus cher que celui des semences conventionnelles (1650 Roupies contre 450). Il souligne également le mystère de la mort de bétail ayant brouté des restes de coton Bt. Pour ce scientifique, les agences responsables de la supervision et de la gestion des PGM préfèrent fermer les yeux, comme dans le cas d’essais en champs d’okra Bt (Abelmoschus esculentus) dans le Bengale de l’Ouest non autorisés par les autorités nationales. Enfin, certaines analyses dont celles de toxicité ayant été conduites par les entreprises comme Monsanto-Mahyco auraient pu avoir des résultats très différents si ces analyses avaient été faites par des organes indépendants. Et il mentionne l’exemple du dossier de l’aubergine Bt déjà cité par le Pr. Prabhakan et ses données lacunaires. Le Pr Bhargava, en conclusion, dénonce l’absence de réponse du gouvernement sur toutes ces données et demande que le GEAC se réunisse pour discuter de toutes les données concernant le coton Bt.