Opinion

Filière « semences » : mieux connue depuis les PGM

Le dossier OGM et biotechnologies ouvert depuis plus de dix ans présente une particularité notable : pour la première fois, en France et en Europe, une forte médiatisation a accompagné la mise en application d’une nouvelle technologie et a permis d’en éviter sa généralisation. Cela n’a pas été le cas aux Etats-Unis, pas plus qu’en France sur le nucléaire civil et militaire ou sur la téléphonie mobile. Cette médiatisation, notamment due aux actions militantes, a ralenti et, pour le moment, presque arrêté la culture des PGM. Nous allons voir qu’il y a eu d’autres conséquences positives mais qu’il reste encore beaucoup à faire.

Biotechnologies et manipulations du vivant ont attiré l’attention du grand public sur des domaines qui lui étaient jusqu’alors totalement étrangers : génétique, hérédité, sélection végétale, production de semences.

Profondes remises en cause...

Ce débat a abouti à une remise en cause de deux dogmes fondamentaux : « un gène = une fonction » et « les organismes vivants sont déterminés par leur programme génétique ». En analysant de près les effets non intentionnels de la trangénèse, on a fait avancer la recherche fondamentale : un gène peut avoir plusieurs fonctions ; chaque fonction peut être activée ou inactivée, et varier selon l’endroit où se trouve le gène ; une fonction peut dépendre de plusieurs gènes, etc. C’est la vision de la génétique des années 50-60 qui a volé en éclat.

La société civile a aussi découvert la filière semences, restée jusque là très discrète, qui gère quasiment seule un secteur dont les enjeux sont pourtant énormes : orientation agricole à travers le « progrès génétique », impacts sur l’environnement, sur notre alimentation et notre santé. Une filière qui a participé à mettre en place, avec le ministère de l’Agriculture, sa propre réglementation, sans contrôle parlementaire ni contrôle citoyen.

Finalement, la science qui, au cours du XXè siècle, s’était imposée comme seule détentrice de la vérité et des axes de recherche, a été mise en question par la société civile. Des néophytes ont voulu s’informer sur des domaines ardus comme la biologie moléculaire et ont posé aux chercheurs des questions scientifiquement pertinentes. Des paysans, par exemple, ont mis en place leurs propres expérimentations pour obliger les chercheurs à reconnaître la récolte de pollen de maïs par les abeilles ou la dissémination de ce pollen à grande distance (cf. Inf’OGM ACTU n°2).

Enfin, la société civile, avec quelques chercheurs courageux et très peu de moyens, a développé d’incontestables capacités pédagogiques pour expliquer les notions les plus ardues à des journalistes, à des parlementaires et au grand public. Mais attention, cela a aussi donné de nouvelles compétences à ses « adversaires ».

...qui doivent être approfondies

Concernant la génétique, le débat n’a pas encore abouti. Les chercheurs restent dans une vision réductionniste et anthropomorphique de la réalité génétique. La conception de la génétique est toujours profondément influencée par le développement de la science informatique. L’épigénétique est à la mode mais, bien que souvent présentée comme un changement de paradigme, elle n’est qu’un aménagement de la vision dominante qui prévaut.
Le changement de paradigme attendu doit être réel. Il est clair que la compréhension que nous avons de la génétique et de l’hérédité n’explique pas grand-chose. Si, par exemple, un pied de maïs, une souris et un homme ont à peu près le même nombre de gènes dans leur ADN, nous ne devons pas nous contenter de constater un paradoxe. Nous devons travailler activement à faire émerger une vision renouvelée et élargie de ces réalités.

Des chercheurs indépendants (Jean-Claude Perez, Joël Sternheimer, Eric Ancelet, etc.) ont proposé des éléments susceptibles de contribuer à une approche plus globale de la réalité génétique. D’autres chercheurs moins connus auraient sans doute eux aussi leur mot à dire dans la recherche d’une compréhension plus profonde des êtres vivants, de leur croissance, de leur développement. C’est pour que de tels travaux puissent se mener qu’est né le projet d’ « Université du Vivant » (2).

Les enjeux des semences et de la diversité sont bien trop cruciaux pour laisser la filière semences décider seule et à sa guise de ses orientations. Ni même pour laisser le ministère de l’Agriculture seul responsable politique de ce secteur. Le ministère de l’Environnement et celui de la Santé, par exemple, doivent pouvoir intervenir eux aussi dans les réflexions et prises de décision dans ce domaine.

Dans tout débat, face aux erreurs, volontaires ou involontaires, l’essentiel est de mettre en lumière les faits indiscutables. Les enjeux, les rapports de forces, les positions des acteurs, les conséquences sur d’autres acteurs, doivent être examinés en toute lucidité. Dans un second temps, les acteurs doivent travailler ensemble à élaborer une vision élargie de la réalité, à imaginer une nouvelle organisation, plus démocratique, de la filière et de sa réglementation.


Biotechnologies : techniques brutales et perturbantes

Ma prise de conscience de ce qu’allaient être les biotechnologies a eu lieu en 1985, notamment suite à la publication du livre « La guerre des semences ».
Quelques mois plus tard, un article du Monde évoquait les arbrisseaux-éprouvettes clonés en laboratoire. Le directeur des recherches de l’Association Forêt-Cellulose qui expérimentait la culture in vitro d’arbres déclarait crûment : « Pour que le cal puisse exprimer sa totipotence, il nous faut casser les émetteurs et déprogrammer le centre récepteur ». Pour moi qui pratique l’agriculture biodynamique, laquelle considère que les êtres vivants se développent en équilibre entre les forces et substances qui viennent de la Terre et de l’environnement cosmique de la Terre, la violence des termes m’a durablement choqué.
Une dizaine d’années plus tard, mon intuition se confirmait à la lecture d’un ouvrage d’Yves Demarly sur la culture in vitro des plantes cultivées : « les biotechnologies sont des techniques perturbantes pour les plantes domestiquées…. Dans la plupart des cas, elles opèrent une régression de l’âge à la fois physiologique et évolutif de la plante, donnant des individus plus jeunes et plus proches de leurs formes ancestrales ». Par rapport au long processus de domestication et de sélections paysannes, les biotech m’apparaissaient clairement comme une régression. Cette influence des biotechnologies n’a guère été prise en compte dans les débats et les effets de cette régression sur la valeur alimentaire des PGM a encore moins été évaluée.

http://www.germinance.com/
http://www.universite-du-vivant.org