FRANCE - Deux colloques scientifiques font leurs points

Fin 2009, un colloque organisé par le Génopole (Groupement d’Intérêt Public visant à « soutenir la recherche, favoriser l’innovation à visée thérapeutique et le transfert des technologies vers le secteur industriel » [1] ) abordera la questions des « nouvelles peurs de la société face au progrès et l’innovation de la science ». Si le titre est assez parlant quant à l’interprétation que les organisateurs peuvent avoir des débats de société sur la science appliquée, la présentation du colloque est encore plus parlante [2]. Ainsi, pour le Génopole, le constat de départ est que « les pouvoirs publics et les collectivités locales ont décidé de manière volontariste de renoncer aux essais OGM en champs, y compris ceux souhaités par les chercheurs des organismes publics de recherche, cédant ainsi aux lobbies des opposants ». Les gouvernements qui prennent ce type de décision sont pour cet organisme « quasi « obscurantistes » ou pour le moins frileux ». Ainsi, le Génopole fait appel à des philosophes, historiens, sociologues, spécialistes des médias choisis pour expliquer pourquoi « tout débat sur les innovations de la science (OGM, brevetabilité, génétique, clonage…) se transforme dans notre pays, qui se dit « territoire de démocratie », en véritable guerre de tranchées où la raison fait place à la passion ». Les termes guerriers et le constat ainsi posés n’abordent étonnamment pas la question des avis d’experts contradictoires sur un même dossier (avis de l’AFSSA et du Comité Provisoire de la Haute Autorité sur les OGM sur le maïs Mon810, [3], mais semblent surtout poser comme principe que l’opposition citoyenne à une technologie ne relève que d’obscurantisme. Pour le Génopole, les citoyens ne semblent donc pas être capables de donner leur avis sur des axes de développement de technologies, et les gouvernements encore moins.

De son côté, un groupe de chercheurs organisait à l’Inra un colloque en février 2009 sur « les OGM face aux nouveaux paradigmes de la biologie » qui fournit d’ores et déjà quelques réponses à la frilosité questionnée par le Génopole dans le domaine des PGM [4]. Jacques Testart, membre de la Fondation Sciences Citoyennes et d’Inf’OGM, rapporte que ce colloque a été l’occasion entre autres d’expliquer que le génome est une structure encore à découvrir, « de plus en plus complexe, instable, soumis à des influences diverses, et dont la connaissance, toujours à venir, relèverait désormais d’un projet interdisciplinaire (biologie systémique) « pour déchiffrer la complexité de la cellule et de l’organisme vivants » » [5]. Sur les PGM en particulier, les toxicologues « ont avoué qu’on ne sait pas mesurer non plus le risque sanitaire des PGM (effets sur le consommateur animal ou humain)… tandis que l’expert en statistiques est venu parachever
l’état du progrès en pointant « les faiblesses méthodologiques qui rendent discutables tous les résultats présentés » ». En conclusion, pour Jacques Testart, « que conclure des avancées de la science ? Comme il était déjà évident (cf. Le vélo, le mur et le citoyen. Que reste t-il de la science ?, Testart J., Ed Belin, 2007) on ne maîtrise pas le génome , ni les effets de la transgénèse, ni la dissémination des transgènes, ni l’évaluation des PGM …Alors, quelle urgence y aurait-il pour disséminer ces PGM, lesquelles ne procurent aucun avantage aux consommateurs ? Et comment prétendre que les opposants à cette dissémination seraient des « obscurantistes » ?... ». Questions dont devraient se saisir les participants au futur colloque du Génopole.