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FAO : des OGM pour stopper la faim dans le monde ?

La FAO est la branche des Nations unies qui s’occupe des questions liées à l’alimentation et l’agriculture. Son objectif premier : « atteindre la sécurité alimentaire pour tous » [1]. Mais les OGM sont-ils un moyen pour y parvenir ? La FAO peine à trancher cette question, entre une neutralité de façade et son soutien à une introduction massive d’OGM comme solution miracle...

Depuis 1945, la FAO s’attèle à la lourde tâche de réduire la faim dans le monde. Pour tenter d’y parvenir, son action se partage entre l’information, les expertises politiques agricoles, l’échange d’expériences entre États et le travail sur le terrain. La FAO a beaucoup été critiquée pour sa bureaucratie excessive, les moyens financiers engloutis dans son fonctionnement et la faiblesse des résultats sur le terrain [2] : en 2012, un milliard d’humains souffrent de la faim.

La FAO croit aux innovations agro-industrielles

L’innovation en matière agricole est au cœur des préoccupations de la FAO comme levier d’action contre la faim. Dès les années 50, elle met en place une documentation pour les variétés dérivant directement de programmes de mutagénèse et élabore une base de données qui recense l’ensemble des variétés ayant subies une mutagénèse aléatoire [3].
Plus tardivement, la FAO se penche sur les plantes génétiquement modifiées (PGM) avec l’objectif de réduire la faim dans le monde. En 2000, elle s’est très favorablement positionnée sur la question au travers de sa Déclaration sur les biotechnologies [4] : « Les biotechnologies constituent un outil important pour le développement durable de l’agriculture [...]. À condition d’être judicieusement associées à d’autres technologies de production de denrées alimentaires ou de produits et de services agricoles, les biotechnologies pourront, au cours du nouveau millénaire, contribuer dans une large mesure à la satisfaction des besoins d’une population en expansion ». Cependant, « consciente des préoccupations suscitées par les risques liés à certains aspects des biotechnologies », elle est favorable à la mise en place d’un système d’évaluation scientifique permettant d’identifier les avantages et risques liés aux OGM. 
Cette même année, la FAO a mis en place un forum sur les biotechnologies [5] pour fournir aux États l’accès à une information objective de qualité et un lieu d’échange d’opinions et d’expériences pour toutes les parties prenantes.
Petit à petit, la position de la FAO est devenue plus neutre. Elle présente par exemple une synthèse pour « peser le pour et le contre des OGM » [6]. Mais en fait la FAO semble reprendre le discours des entreprises de biotechnologies : «  L’intervention de l’Homme dans l’amélioration des cultures [...] n’a rien de nouveau », « meilleur résistance au stress », « des aliments de base plus nutritifs », « davantage de nourriture sur moins de terre », et même : « Les OGM pourraient réduire l’impact sur l’environnement de la production vivrière et de l’industrie. La résistance aux insectes nuisibles et aux maladies née du génie génétique pourrait considérablement réduire les besoins de produits chimiques pour la protection des cultures - c’est déjà un fait acquis ». Autre argument étonnant pour une organisation qui se targue de trouver des solutions contre la faim : les OGM pourraient être utilisés pour faire des agrocarburants, c’est-à-dire utiliser des terres agricoles, de la matière végétale pour faire rouler des voitures au lieu de nourrir les gens... Parmi les aspects négatifs, la FAO reconnaît le risque de perte en biodiversité naturelle et cultivée, la menace sur les variétés traditionnelles et « la perte d’accès des agriculteurs au matériel végétal ». Mais finalement, elle a estimé, en 2004, que les biotechnologies étaient un moyen pour les pays du sud d’améliorer leur condition agricole [7]. Elle va même jusqu’à soutenir le gouvernement mexicain dans sa croisade contre la faim par les OGM au détriment des maïs traditionnels et de la forte opposition des paysans et populations [8]. Là encore, une position surprenante de la FAO : plus adaptées à des cultures intensives, les PGM sont en général destinées à l’exportation pour l’alimentation du bétail, contrairement aux variétés locales qui servent aux cultures vivrières.

En parallèle, et de façon paradoxale, la FAO a adopté récemment une position très innovante sur l’agro-écologie [9], c’est-à-dire un mode d’agriculture en harmonie avec les éco-systèmes, qui préfère respecter les cycles de la nature plutôt que d’utiliser des intrants chimiques. Entre un mode d’agriculture sans produits chimiques et celui qui n’est fait que pour leur utilisation massive, le cœur de la FAO balance. Même si cette instance ne détermine pas directement des politiques en matière d’agriculture, elle garde néanmoins une influence non négligeable auprès des États de par l’information qu’elle leur apporte et son aura onusienne. Mais bien difficile de déterminer les conséquences de ses louvoiements sur le développement des pays concernés...

La FAO et les entraves au commerce international

La FAO et l’Organisation Mondiale de la Santé sont à l’origne du Codex alimentarius, à savoir l’ensemble des normes internationales en matière de sécurité sanitaire. Le Codex a décidé que chaque Etat pouvait mettre en place l’étiquetage des OGM, sans être menacé de poursuite pour entraves au commerce. Ces entraves au commerce intéressent de près la FAO pour assurer la disponibilité des denrées alimentaires, quitte à ne pas être trop regardante sur le contenu de ces denrées. La FAO a, par ailleurs, lancé une étude sur « l’ampleur des perturbations dans les échanges commerciaux dues à la présence accidentelle de faibles quantités d’OGM ». Objectifs : quantifier ces perturbations et étudier l’impact de différents scénarios réglementaires. Affaire à suivre.