ETATS-UNIS – Le maïs Bt tue effectivement les parasites cibles mais coûte plus cher

Des chercheurs états-uniens ont étudié, sur la période 1996-2009, l’efficacité du maïs Bt pour éliminer la pyrale du maïs, parasite ciblé par la protéine transgénique Cry, contenue dans ce maïs. Au vu de leurs résultats, publiés dans la revue Science [1], les scientifiques concluent à l’efficacité de ce maïs, à des bénéfices économiques pour les agriculteurs de maïs Bt et considèrent que leurs résultats « soutiennent les prédictions théoriques de suppression des populations de parasites et mettent en évidence la motivation économique pour les agriculteurs à maintenir les zones refuges de maïs non Bt pour gérer durablement les apparitions de résistance ». Des résultats finalement peu étonnants quant au constat que la protéine Bt tue les insectes, mais plus discutables quant aux interprétations économiques qui en sont tirées.

S’appuyant sur les données décrivant les populations de pyrale du maïs présentes dans cinq États de la « ceinture du maïs du Midwest », les chercheurs notent que ces populations ont effectivement diminué dans des proportions allant de 27% dans un État à 73% dans un autre (ces différences ne sont pas expliquées), pour des taux d’adoption du maïs Bt allant respectivement de 23% à 40%. Pour les chercheurs, « bien que beaucoup de facteurs sont connus pour affecter la dynamique des populations d’O. nubilabis [la pyrale du maïs], comme le climat et les ennemis naturels, ces résultats montrent que la réduction d’O. nubilabis est associée à la commercialisation de maïs Bt ».
Les simulations de bilan économique effectuées par les chercheurs ont pris pour base les données du ministère états-unien de l’Agriculture (USDA) sur les rendements de maïs, les prix et les surfaces de culture. Leurs résultats cumulés sur les 14 années de culture et les cinq États indiquent un bénéfice total de 4,87 milliards d’euros. Mais ce chiffre est à lire avec précaution car sur ce bénéfice total, plus de 3 milliards d’euros sont pour les agriculteurs ne cultivant pas de maïs Bt ! La raison en est simple et double : d’une part, les chercheurs expliquent avoir considéré que les agriculteurs cultivant du maïs non Bt ont bénéficié de la réduction des populations de parasites due au maïs Bt, mais tout en précisant que « ce que serait la population actuelle d’O. nubilabis sans la commercialisation de maïs Bt ne peut être déterminée » ; d’autre part, les chercheurs expliquent que les bénéfices des agriculteurs cultivant du maïs Bt sont inférieurs (de 1,8 milliards d’euros !) du fait du coût additionnel des semences Bt ! Une manière indirecte de démontrer que finalement, si tous les agriculteurs avaient adopté le maïs Bt, les bénéfices globaux seraient proportionnellement moindres ! Et que les entreprises font beaucoup de bénéfices en vendant ces plantes transgéniques ! Enfin, dernier bémol important apporté par les auteurs eux-mêmes : leur étude n’a pas pris en compte les effets de changements de prix et des changements de culture qui auraient eu lieu en conséquence si la commercialisation de maïs Bt n’avait pas eu lieu.

En résumé, le rapport scientifique publié conclut donc que le maïs Bt a permis de diminuer les populations d’un parasite, tout en reconnaissant que « beaucoup d’autres facteurs » conduisent également à des diminutions ; que des bénéfices économiques ont pu être simulés (!) bien que sans avoir pu simuler la densité de population du parasite sans maïs Bt (donc sans point de comparaison qui permet de caractériser des bénéfices) et que les principaux « bénéficiaires » ne sont pas les agriculteurs ayant cultivé le maïs transgénique mais ceux ayant cultivé du maïs conventionnel. Une étude dont la qualité scientifique semble discutable.

[1« Areawide Suppression of European Corn Borer with Bt Maize Reaps Savings to Non-Bt Maize Growers », W. D. Hutchison, et al. , Science 330, 222 (2010)