DVD - Bayèrèma’shi, l’émergence du débat public sur les OGM en Afrique

En février 2004, à l’occasion d’un voyage d’échanges entre paysans européens et maliens, organisé par la Confédération Paysanne et l’association BEDE*, des forums sur les OGM ont été organisés dans plusieurs villes du Mali. Sous la direction d’Idriss Diabaté, réalisateur ivoirien, AAPSI (Association Africaine de production de Sons et Images), DJA-COMM Images et BEDE ont co-produit un film documentaire qui fait part des témoignages apportés par les paysans et paysannes africains et européens lors de ces forums.

Dans ce documentaire, intitulé « Bayérèma’shi », ou « la mère nourricière transformée » (traduction en bambara du sigle OGM), les intervenants maliens y font état de l’absence totale d’information sur les OGM dans leur pays, comme dans d’autres pays d’Afrique. Face aux témoignages des paysans européens, ils expriment à leur tour de nombreuses inquiétudes sur les conséquences de ces cultures, en matière de risques pour la santé et l’environnement, mais aussi en termes socio-économiques et politiques : risques d’effritement de l’exploitation familiale, base des sociétés paysannes africaines ; accentuation de la situation de dépendance vis à vis des sociétés multinationales occidentales, avec la perte des patrimoines semenciers locaux, déjà en forte voie de disparition.

Les points de vue apportés dans « Bayérèma’shi », européens comme africains, soulignent ainsi que la mise en critique des OGM est loin d’être une question d’idéologie, mais qu’elle soulève de véritables enjeux de société auxquels des réponses strictement scientifiques et techniques ne suffisent pas : « C’est moins un problème idéologique qu’économique et politique. C’est un problème de contrôle du vivant » (Ibrahima Coulibaly, Coordination Nationale des Organisations Paysannes) ; « Il faut mentionner la question de l’éthique, en politique, et en matière de recherche. Les chercheurs ne peuvent pas dire « nous faisons que chercher » (...) La responsabilité morale des politiques, des chercheurs et de la société civile est engagée » (Aminata Traoré, Forum pour un autre Mali) (Extraits du film).

« Bayérèma’shi », montre d’autre part des wtémoignages sur les alternatives aux OGM, au delà de leur contestation : en premier lieu, améliorer le revenu des paysans, comme principal moteur de l’augmentation de la production alimentaire ; en termes de qualités de la nutrition, utiliser des produits locaux, naturellement riche en vitamines ; pour lutter contre les difficultés techniques de production (conditions climatiques, pédologiques), développer la conservation et l’usage des semences paysannes, adaptées aux conditions environnementales et aux modes de production locaux, ainsi qu’aux modes de consommation. Autant de réponses au discours du lobby pro OGM qui prétend que cette technologie constitue la solution contre la faim en Afrique...

Ce film documentaire est un outil important pour développer le débat naissant sur les OGM au Mali et plus largement en Afrique, ainsi qu’en Europe. Une première version en français a été distribuée aux organisations paysannes africaines et européennes qui ont participé au projet « Semences de connaissance Mali ». Des demandes de financement sont en cours pour une traduction en bambara afin d’assurer sa diffusion locale au Mali.


Film documentaire, réalisé par Idriss Diabaté et produit par AAPSI, DJA-COMM, BEDE, 52 minutes, Novembre 2004
Prix : 15 euro + frais de port