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BRESIL - OGM et concentration des terres continuent de progresser

Christophe NOISETTE, 8 février 2013
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Céleres, un cabinet de conseil favorable aux biotechnologies végétales [1], relevait, en décembre 2012, une augmentation de 14% des cultures génétiquement modifiées au Brésil par rapport à l’année 2011 [2]. Ainsi, 37,1 millions d’hectares auraient été ensemencés avec des variétés GM (+4,6 millions d’hectares), précise Céleres. Or, ce chiffre ne correspond pas aux données de l’Isaaa (un groupe de lobby pro-OGM), qui annonçait en 2011, 30,3 millions d’hectares pour le Brésil. Qui a raison ? Encore une fois, en matière de décompte des surfaces agricoles dédiées aux OGM, le flou le plus total domine.

C’est toujours et largement le soja génétiquement modifié pour résister aux herbicides qui est la culture GM la plus prisée avec 24,4 millions d’hectares (et un taux d’adoption pour cette culture de 88%). Le maïs et le coton, eux aussi, progressent, atteignant respectivement 12,2 millions d’hectares, (soit 76,1% de la surface en maïs) et 0,547 millions d’hectares (50,1% des surfaces de coton). Pour le coton, Céleres écrit : «  Au regard des conditions du marché du coton, il y a un sentiment évident que la surface qui sera effectivement récoltée sera plus petite que celle actuellement estimée, ce qui impliquerait aussi une plus petite surface en coton GM ". D’estimation en estimation, il est tout de même incroyable que les surfaces cultivées avec des variétés GM ne soient pas plus répertoriées. En effet, s’il y avait un réel suivi de la part des autorités, elles auraient les données précises des localisations et du parcellaire.

Au Brésil, ce sont les variétés génétiquement modifiées pour tolérer des herbicides qui ont été majoritairement semées (25,7 millions d’hectares, soit 3,6 millions de plus qu’en 2011).

Ce soja sert principalement à nourrir le bétail de l’UE, du Japon et de la Chine dont la demande en viande a explosé. Les brésiliens triturent sur place le soja, en extraient l’huile qu’ils valorisent dans l’agro-alimentaire et les agrocarburants... puis exportent les tourteaux.

Pour le soja, un dirigeant d’une coopérative française d’aliment pour bétail nous précisait que la sélection variétale était très inégale entre les variétés GM et les variétés non GM. Conséquence : un écart qui se creuse entre les rendements des PGM et non-GM, et à terme, une désaffection des semences non-GM. Ensuite, la demande chinoise en soja, exponentielle, n’est pas exigeante sur la qualité, ce qui ne contribue pas à stimuler la filière « non OGM » brésilienne. Ainsi, sans demande particulière, les brésiliens ne vont pas prendre le risque économique de produire du « sans OGM », de payer les coûts liés à la ségrégation des filières, etc., d’autant qu’un des intérêts des PGM est la simplification des pratiques culturales.
Or, le Brésil possède une agriculture de type ’étasunienne’, où les terres agricoles sont concentrées dans les mains d’une poignée d’individus. En 2006, selon le recensement officiel brésilien, « les exploitations agricoles de moins de 10 ha détenaient 2,36 % de la surface totale des terres agricoles, et celles de plus de 1000 ha 44,4 % » [3].
Cette concentration des terres, qui n’a pas cessé au cours des années 90 et 2000, a notamment pour cause et conséquence une augmentation considérable du prix des terres agricoles. Ainsi, en janvier / février 2010, le prix des terres agricoles à l’hectare est en moyenne de 1707 euros, soit une hausse de 3,9% par rapport à la même période de l’année précédente. Et trois ans plus tôt, l’hectare était à 1274 euros, soit une augmentation nominale de 34%, « mais qui, déduite de l’inflation (18%), constitue un gain réel d’un peu plus de 5% par an. [...]. Et au cours de ces trois dernières années, dans certaines zones des deux États amazoniens de l’Amapá et du Mato Grosso, le prix a été multiplié par six ». Soulignons que le Mato Grosso est le premier Etat brésilien producteur de soja.

Les variétés tolérantes aux herbicides sont bien adaptées à cette structure agraire. Il est alors possible pour l’agriculture de « gérer les mauvaises herbes » plus facilement, notamment en utilisant des avions pour pulvériser du Roundup. C’est aussi pour cette raison qu’Inf’OGM dénonce, tous les ans, l’Isaaa qui classe le Brésil dans les pays en voie de développement, alors que les agri-managers qui cultivent du soja sont totalement intégrés dans le commerce international et n’ont rien à envier aux businessmen étatsuniens.

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[1fondé en 2002 destiné à l’agro-industrie et considéré comme favorable aux biotechnologies végétales (i.e. les PGM)

[2Céleres, « Biotechnology Reporting », 4 décembre 2012, http://www.celeres.com.br