Arbres GM : l’innovation en discussion

Dans un article publié en 2009 dans la revue Innovations agronomiques, Elisabeth Chevreau, chercheuse à l’Inra, expose que les techniques de transgenèse sont prometteuses pour améliorer les variétés d’arbres fruitiers et que « la communauté des chercheurs travaillant sur les espèces fruitières se mobilise pour le développement des nouvelles stratégies de cisgenèse et d’intragenèse, afin de faciliter l’acceptation de futures variétés fruitières transgéniques » [1]. Ainsi, l’utilisation de la transgenèse vise, « par ordre d’importance des travaux décroissant : la résistance aux virus, la résistance aux champignons, la maturité du fruit, la résistance aux insectes, la résistance aux bactéries, la qualité du fruit, l’aptitude à l’enracinement, l’autocompatibilité, la réduction de la période juvénile, et la tolérance aux stress abiotiques ».

Entre 1998 et 2008, les arbres concernés par ces travaux étaient au nombre de trente : noyer, pommier, papaye, myrtille, citrus, vigne, fraisier, framboisier, kiwi, prunier, pêcher, cassissier, manguier, airelle, abricotier, bananier, cerisier, noix de pécan, poirier, palmier à huile, kaki, ananas, châtaignier, olivier, amandier, murier, cacaoyer, caféier, figuier et avocat. La chercheuse souligne néanmoins que l’efficacité des travaux « reste très variable d’une espèce à l’autre ». Cette variation d’efficacité explique que seules dix espèces ont atteint le stade de mise en culture dans le cadre d’essai en champs dans l’Union européenne entre 1993 et 2008 : pommier, citrus, vigne, fraisier, prunier, cerisier, kiwi, olivier, framboisier et poirier. Commercialement, seules deux variétés de papaye transgénique (SunUp et Rainbow) sont autorisées aux Etats-unis. Un prunier transgénique est actuellement en attente d’autorisation. Pour la chercheuse, la communauté de chercheurs travaillent donc actuellement à de nouvelles stratégies que sont la cisgenèse ou l’intragenèse (technique de transgenèse insérant un gène issu de la même espèce) « afin de faciliter l’acceptation de futures variétés fruitières transgéniques ».
Et c’est notamment sur ce dernier point que des structures ont décidé de réagir, en dénonçant notamment les « projets [engagés par la Commission européenne] de recherche sociologique orientés sur la façon d’accélérer cette acceptation, alors que près de 75% des consommateurs ne veulent pas des OGM » [2]. Le collectif explique « qu’une part croissante de la filière professionnelle fruitière ne se reconnaît pas dans cette démarche [amélioration par transgenèse] qui s’apparente à une fuite en avant technologique, répondant à une logique productiviste qui n’offre pas les conditions nécessaires à une agriculture durable, et servant plus des intérêts d’entreprises de sélection privées que ceux des producteurs et des consommateurs ». Les structures signataires se déclarent ainsi favorables à « un autre type de production fruitière, explorant les ressources et la diversité du patrimoine vivant transmis par des générations d’agriculteurs ». En conséquence de quoi, le collectif demande que « la Commission européenne engage des travaux reposant sur des objectifs techniques et économiques en relation avec les attentes des consommateurs et non pas pour convaincre les consommateurs ».

Informations pratiques

du lundi 3 janvier 2011 à partir de 14H30 au 0000 jusqu'à 00H00
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[1« La transgenèse pour l’innovation variétale fruitière : état des lieux et perspectives », E. Chevreau, 2009, Innovations agronomiques, 78, 153-163

[2Réaction publiée dans la revue « L’arboriculture fruitière », novembre 2010.
Les structures sont : Réseau Semences Paysannes, Fruits Oubliés Réseau, Œil Dormant, Groupe de Recherche en Agriculture Biologique, Fédération Nature & Progrès, Vergers Vivants, Civambio47, GABB Anjou, Atoutfruit