AUSTRALIE – L’impossible évaluation des bénéfices liés au canola GM

En 2006, le ministre australien de l’Agriculture et de l’Alimentation mettait en place un groupe de référence des industries d’OGM afin qu’il étudie les aspects logistiques, agronomiques et commerciaux de l’utilisation des biotechnologies dans l’agriculture de l’Etat d’Australie occidentale. Trois années plus tard, ce groupe publie un rapport sur les cultures de canola GM spécifiquement (le canola est un colza avec un faible taux d’acide érucique). Un document [1] pour le moins complet – 83 pages – qui aborde différents aspects de cette culture dans cet Etat où la production de canola a compté pour presque la moitié de la production nationale sur la période de 2003 à 2008. L’objectif de ce rapport, qui concerne un Etat d’Australie où la culture de PGM est soumise à un moratoire depuis 2004 (1000 hectares d’essais en champ de canola GM ont été cependant autorisés en 2009) est, selon les membres du groupe, « d’encourager les débats sur les différents aspects de la culture de canola GM ». Concernant spécifiquement le canola GM, le groupe rappelle qu’il fut cultivé commercialement pour la première fois en Australie en 2008, dans les Etats de Nouvelle Galles du Sud et de Victoria. Dans l’Etat d’Australie occidentale, trois variétés de canola sont cultivées : une conventionnelle, une obtenue par mutagénèse (Clearfield, tolérance des herbicides à base d’imidazolinone) et une obtenue par croisement pour introduire dans le canola une mutation trouvée dans des champs de moutarde (tolérance des herbicides à base d’atrazine et de simazine).
Sur les aspects économiques, le groupe s’est basé sur une récente étude conduite en Australie et sur des données issues d’autres pays. Sa conclusion est que « outre les coûts liés à la technologie, d’autres coûts interviendront probablement pour la culture de canola GM. Ces coûts concernent le contrôle des repousses, les plans de gestion des résistances, la ségrégation, les retombées financières selon les retours du marché et les effets négatifs sur l’environnement. Aucune des études de l’étranger ou nationale n’ont fourni une palette complète des coûts de la culture de canola GM. Tant que l’ensemble des coûts (directs et indirects) n’auront pas été pris en compte, le bénéfice net pour l’Australie ne pourra être évalué ».
Avec une telle conclusion, la pression actuelle du Japon pour que l’Australie continue d’assurer ses exportations de canola non GM pourrait être payante [2]. Par ailleurs, pour les européens, ce constat australien devrait être pris comme élément de discussion au regard du travail actuellement en cours qui vise justement à évaluer les coûts et bénéfices des cultures GM sur base d’interrogation des acteurs et non d’études de terrain ( [3].