Nouveaux OGM : les supermarchés européens pour un étiquetage strict

De nombreux distributeurs et chaînes de supermarchés européens, principalement allemands et autrichiens, se mobilisent. Ils exigent que tous les OGM, transgéniques ou issus de nouvelles techniques de modifications génétiques, soient correctement étiquetés.

En Autriche, Global 2000 [1], une organisation de protection de l’environnement, se bat pour que les nouveaux OGM restent soumis à la réglementation européenne sur les OGM. Avec d’autres ONG européennes, dont trois françaises, elle a initié une pétition (320 276 signatures au 12 octobre 2022) pour contrer les velléités de la Commission européenne et de l’industrie semencière de supprimer l’étiquetage de nombreux OGM. Cette organisation demande au gouvernement autrichien de soutenir une réglementation stricte sur ces nouveaux OGM. 
En juin 2022, plusieurs grandes enseignes de la distribution ont apporté leur soutien à la démarche de Global 2000 : Spar, Rewe, Hofer et Lidl [2].
Pour elles, l’initiative de la Commission européenne est problématique : elle priverait les consommateurs d’une information essentielle si l’étiquetage des OGM issus de certaines nouvelles techniques (mutagénèse dirigée ou cisgénèse) n’était plus obligatoire.
Toutes ces chaînes de supermarchés n’ont pas exactement la même vision, mais elles défendent toutes la transparence. Ainsi, par exemple, Marcel Haraszti, membre du directoire du groupe Rewe, précise qu’il est « ouvert aux nouvelles technologies », mais qu’ « une réglementation et une évaluation des risques sont nécessaires ». Horst Leitner, pdg de Hofer, défend, lui, l’absence d’OGM dans les produits alimentaires : « Tant pour nos clients que pour nous en tant qu’entreprise, le thème de l’absence d’OGM est très important. C’est pourquoi il est particulièrement important pour nous d’étiqueter les produits fabriqués sans OGM avec le logo correspondant. Nous avons déjà signé en 2021 la Résolution des Détaillants Européens et nous sommes clairement opposés à la déréglementation des nouveaux OGM ». De même, Alessandro Wolf, président de la direction de Lidl Autriche, rappelle qu’ils sont engagés depuis 2010 dans la Coalition autrichienne pour une alimentation sans OGM (ARGE Gentechnik-frei).

Ces nouveaux soutiens s’ajoutent à ceux qui avaient, en 2021, signé la déclaration des Détaillants Européens contre la déréglementation des nouveaux OGM [3] [4]. Cette déclaration avait été soutenue par des supermarchés allemands, suisses, autrichiens (Rewe, Aldi, Spar, Penny Markt, Metro), par le groupe français Picard et le syndicat français Synadis Bio [5]. Les filiales hongroises et italiennes d’Aldi avaient également signé cette déclaration.

En France, le groupe Carrefour s’est exprimé sur le sujet en 2021 mais n’a pas signé la résolution européenne évoquée précédemment. Carrefour a pris l’engagement de bannir les produits issus des nouvelles techniques de modification génétique des produits de sa propre marque « Carrefour Bio ». « On observe chez les consommateurs un vrai rejet, puissant, des OGM. Nous prenons donc l’engagement d’interdire tout assouplissement vis-à-vis des OGM ou des NBT sur les produits de notre marque propre Carrefour Bio », souligne Benoît Soury, directeur du marché bio pour le groupe Carrefour [6].
Carrefour affirmait également qu’il hésitait à étendre cette interdiction à l’ensemble de ses produits de marque distributeur [7]. En effet, la déréglementation proposée par la Commission européenne aboutirait à une perte de transparence sur ces produits. Or, Carrefour souligne que si la transparence sur ces « nouveaux OGM » ne se retrouve pas imposée jusqu’au consommateur, il est probable que Carrefour prendra des engagements supplémentaires.

[1Global 2000 est membre du réseau international Les Amis de la Terre (Friends of the Earth).

[5Synadis représente les entreprises françaises de la bio comme Biocoop, Satoriz, La Vie Claire, la Vie Saine, Naturalia, etc.