Monde et UE - Baisse des surfaces d’OGM transgéniques en 2019

Les surfaces cultivées en cultures transgéniques ont légèrement diminué entre 2018 et 2019 (-0,7%). Ce n’est que la deuxième fois en plus de 20 ans que l’Isaaa fait ce constat (-0,8% en 2015). Cette baisse vient essentiellement des États-Unis. Et quatres nouveaux pays, tous africains, en cultivent sur des surfaces encore très restreintes.

L’Isaaa, une agence de promotion des OGM financée par l’industrie, publie annuellement un état des cultures OGM dans le monde. En novembre 2020, l’Isaaa a annoncé une baisse des surfaces de cultures génétiquement modifiées au niveau international entre 2018 et 2019 (- 0,7%). Mais cette affirmation est à nuancer fortement. En effet, l’Isaaa restreint le terme OGM aux seules plantes transgéniques. Ainsi, les cultures de plantes mutées sur cultures cellulaires in vitro ne sont pas comptabilisées, ni mentionnées. Pourtant on sait que de tels OGM sont déjà dans les champs et que les surfaces augmentent année après année. L’invisibilité de ces OGM-là est un point critique dans les relations internationales. En effet, l’Union européenne est censée autoriser et contrôler l’importation de ces « nouveaux » OGM, mais elle ne se donne pas les moyens pour le faire.

Des surfaces qui baissent légèrement

Entre 2018 et 2019, les surfaces cultivées avec des OGM transgéniques sont passées de 191,7 millions d’hectares (Mha) à 190,4 Mha, soit une baisse de 0,7 %. C’est la deuxième fois en plus de 20 ans que ces surfaces diminuent. Globalement, les surfaces ont été légèrement à la hausse. La baisse, d’après l’Isaaa, est principalement du fait des États-Unis (de 75 Mha à 71,5 Mha, soit -4,7%). Et la hausse la plus importante est au Brésil (de 51,3 à 52,8 Mha, soit +2,9%).

L’Union européenne (UE) a vu ses surfaces transgéniques à nouveau diminuer entre 2018 (120 979 hectares) et 2019 (111 845 hectares). Et Inf’OGM peut déjà anticiper sur les chiffres de l’UE en 2020, que l’Isaaa publiera sans doute en 2021 : en 2020, la sole espagnole en maïs MON810 a encore diminué et se situe désormais sous la barre de 100 000 hectares [1]. De même au Portugal, les surfaces ont encore diminué entre 2019 et 2020 pour atteindre 4 216 hectares [2].

Surfaces européennes en OGM transgéniques
Pays2017201820192020
Espagne [3] 124 227 115 246 107 130 98 152
Portugal 6 344 5 733 4 753 4 216
Total 124 227 (-4,3%) 120 979 (-7,3%) 111 845 (-7,5%) 102 367 (-8,5%)

Statu quo encore et encore

Depuis le début des cultures transgéniques, nous assistons globalement à un statu quo : ce sont toujours les mêmes pays qui cultivent majoritairement des OGM, à savoir les deux continents américains. Quatre pays : les États-Unis, le Brésil, l’Argentine et le Canada représentent 84,5 % des surfaces mondiales (soit 160,8 Mha).
Ce sont toujours les mêmes plantes (soja, maïs, coton, colza) et les mêmes modifications génétiques (résistance à un herbicide, production d’un insecticide). Le soja représente 48% des surfaces mondiales, suivi par le maïs (32%). Ces quatre plantes sont aussi majoritairement transgéniques. Ainsi, c’est 79% du coton qui est transgénique, 74% du soja, 31% du maïs et 27% du colza. 1% des cultures transgéniques sont composés de : luzerne (1,3 million hectares), betterave (473 000 hectares), canne à sucre (20 000 hectares), papaye (12 000 hectares), carthame (3 500 hectares), pomme de terre (2 265 hectares), aubergine (1 931 hectares), et courge, pomme, ananas et niebé.

Cependant cette année de nouveaux pays ont rejoint le club des transgéniculteurs et deux nouvelles plantes ont été cultivées.

L’Afrique, le nouvel eldorado des plantes transgéniques ?

En 2019, quatre pays ont autorisé pour la première fois des cultures d’OGM transgéniques. Tous sont africains. L’Éthiopie a cultivé 311 hectares de coton Bt ; le Malawi, 6000 hectares de coton Bt ; et le Nigeria 700 hectares de niébé (Sampea-20-T). Ce sont encore des surfaces tout à fait limitées mais le fait marquant est que, pour le niébé, il s’agit d’une culture vivrière (l’huile de coton est également consommée par l’humain). Le Kenya a autorisé le coton OGM en 2019 et en 2020, 1000 agriculteurs [4] ont semé ce coton. Le Kenya a aussi autorisé l’expérimentation en champ du maïs et du manioc transgéniques. Il est fort probable que des cultures OGM non autorisées aient existé bien avant ces autorisations.

Le niébé, variété de haricot, est un aliment très répandu en Afrique et l’arrivée d’une version Bt pourrait bouleverser des équilibres économiques et écologiques assez précaires. Le Nigeria, premier producteur mondial de niébé, est le premier pays à autoriser une telle plante mais il pourrait être suivi prochainement par d’autres pays. Des demandes ont été déposées au Bénin, Burkina Faso, Ghana. Le Burkina, 3e producteur mondial de niébé, est sur le point d’autoriser les premiers essais en champs après avoir réalisé pendant cinq ans des essais dits confinés [5]. Au Ghana, la culture commerciale est annoncée pour 2021 et des essais en champs ont déjà été implantés [6].

Les autres pays africains qui ont cultivé des plantes transgéniques sont l’Afrique du Sud (2,7 Mha de maïs, soja et coton), le Soudan (236 200 hectare de coton) et Eswatini [7] (401 hectares de coton). Rappelons que le Burkina Faso a abandonné le coton Bt en 2017 et l’Égypte le maïs GM en 2014.

En 2019, le Mozambique a autorisé des essais en champs de maïs génétiquement modifié pour « tolérer » la sécheresse. Le Ghana, lui, a autorisé des essais en champs de riz transgénique, riz censé lui aussi mieux résister à la sécheresse mais aussi mieux gérer l’azote, en partenariat avec Arcadia Bioscience. Le Ghana avait arrêté ses essais de coton Bt au moment où le Burkina Faso arrêtait cette culture. Monsanto en effet avait alors décidé de ne plus financer les essais [8].