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Au Burkina Faso, la relance du coton bio

Entretien avec Marc Yver-Le Duic, Ingalañ, 3 mars 2017
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Présente au Burkina Faso dès 2007 dans le cadre d’un programme de développement d’une filière de coton biologique de la Région Bretagne, l’association Ingalañ [1] participe à la valorisation locale du coton et collabore avec Ivatex, une coopérative locale d’artisans du textile engagés dans une démarche équitable. Impliquée dans la lutte contre les OGM au Burkina Faso, l’association travaille à relancer une filière de coton biologique et équitable mise à mal par la culture de coton génétiquement modifié (GM) à partir de 2008.

Au Burkina Faso, la relance du coton bio
World Bank - Récolte de coton

Inf’OGM - En 2007, c’est aussi l’arrivée des OGM au Burkina Faso. Quel en a été l’effet sur votre projet ?

Marc Yver-Le Duic, membre de l’association Ingalañ depuis 2005 : Monsanto était déjà au Burkina en 2003 grâce au régime de Blaise Campaoré (en poste depuis 1987, après avoir assassiné Thomas Sankara, et renversé par la rue ouagalaise le 30 octobre 2014). Le coton Bt de Monsanto arrive en plein champ en 2008. Concrètement, la belle progression du coton biologique est stoppée. Des cotonculteurs biologiques se retrouvent en pleine zone de coton GM. L’image du coton bio burkinabé en pâtit. En 2009, la région Bretagne décide de concentrer son programme sur le Mali et ne maintient au Burkina Faso que le volet transformation locale porté par Ingalañ.

Le Burkina Faso a été la porte d’entrée des OGM sur le continent africain. Récemment le gouvernement a décidé d’abandonner la production de coton GM. Votre association a d’ailleurs apporté son soutien au Collectif Citoyen pour l’AgroÉcologie (CCAE), qui porte la lutte contre les OGM au Burkina Faso [2].

Comment expliquer le revirement du gouvernement burkinabé face aux OGM ?

Le renversement du président Compaoré était le début de la fin pour Monsanto au Burkina Faso. Pour le nouveau gouvernement démocratiquement élu, c’est principalement une question de souveraineté. Mais l’arrêt du coton Bt, annoncé en juin 2016, ne signifie pas pour autant l’arrêt des OGM. Monsanto reste présent notamment au niveau de la recherche avec une collaboration avec l’Inera, l’institut agronomique burkinabé. Il faut aussi noter que si les producteurs opposés à la culture du coton Bt invoquent la baisse des rendements et de la qualité de la fibre, ainsi que le coût exorbitant des semences, peu de paysans ont des positions militantes mis à part ceux du Syntap, un petit syndicat paysan qui a longtemps lutté seul contre le coton Bt. Cela est dû au faible niveau d’information des cotonculteurs et au manque de moyens des structures militantes, surtout si on les compare à ceux mis en œuvre par Monsanto.

Cotton Harvest
Cotton Harvest
Crédits : Kimberly Vardeman

La production de coton biologique va-t-elle pouvoir reprendre désormais ?

Elle n’a jamais stoppée, juste été ralentie. Cette année, elle a dépassé les 1900 tonnes de coton-graines, soit le niveau qu’elle avait en 2007. Ingalañ travaille actuellement à relancer une filière de coton biologique et équitable avec les paysans engagés dans Tinga Neere, un programme de développement de l’agroécologie que nous portons au Burkina Faso depuis 2011, soutenu par 28 Biocoop et leurs fournisseurs. Aujourd’hui, Tinga Neere c’est près de 6000 paysans et 5000 ha emblavés en biologique avec du soja, du sésame, des arbres fertilitaires [3], de la production maraîchère, du riz...

Pourquoi relancer le coton biologique ?

La production de coton biologique chute partout dans le monde sauf en Afrique de l’Ouest où sa production a augmenté de 38 % cette année. Le Burkina Faso, c’est 90 % de paysans dont 80 % de cotonculteurs. Le coton représente la 2e recette d’exportation du pays. Alors, avec Tinga Neere, même si nous luttons pour la souveraineté alimentaire du pays, nous comprenons aussi que le paysan ait besoin d’une culture de rente, comme le coton biologique.

Crop of Cotton
Crop of Cotton
Crédits : Edgar Pierce

Pourquoi cette chute de la production de coton biologique alors que paradoxalement les surfaces emblavées en biologique ont bondi de 17 % cette année dans le monde ?

Le secteur du textile-habillement, principal consommateur de coton biologique, est verrouillé par quelques grands groupes qui n’ont aucun intérêt à aller vers des certifications biologiques comme le système Global Organic Textile Standard, moins rémunérateur et trop contraignant pour eux. Certains rejoignent néanmoins des initiatives comme Better Cotton Initiative (BCI) qui promeut « un meilleur coton » issu d’une agriculture raisonnée... L’ennui est que l’on peut très bien faire certifier par BCI du coton GM...

Et les consommateurs occidentaux dans tout ça ?

Ils ignorent bien souvent que leurs vêtements sont fabriqués à base de coton GM. Et puis il y a trop peu d’offre en biologique. Pour le constater, il suffit de se promener dans les magasins spécialisés. En ce qui me concerne, je vous confirme que « c’est coton » de s’habiller en biologique en Bretagne en 2016. Or, d’une manière générale, face à un vêtement en coton, on arrive à une situation où il n’y a plus qu’une question à se poser : OGM ou biologique ?

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Marc Yver-Le Duic est membre de l’association Ingalañ depuis 2005. Propos recueillis par Charlotte Krinke

[1Créée à Rennes en 2004, l’association Ingalañ a pour missions le développement économique et de promotion du commerce équitable en Bretagne et à l’International. Depuis 2004, elle milite pour la reconnaissance d’un commerce équitable Nord/Nord et contre la distribution de produits issus de filières équitables en grande et moyenne surface.

[2Ingalañ est membre fondateur du CCAE, un collectif burkinabé d’une vingtaine de structures engagées pour la souveraineté alimentaire et contre les OGM. Il s’est constitué début 2015 pour l’organisation de la marche contre Monsanto et pour la souveraineté alimentaire à Ouagadougou, le 23 mai 2015. Ingalañ est aussi membre du collectif qui a organisé les Rencontres Internationales des Résistances aux OGM (RIR OGM), qui se sont tenues à Ouagadougou en avril dernier (voir Inf'OGM, « RIR et chocs à Ouagadougou », Jacques DANDELOT, 22 août 2016). Ingalañ co-organise les RIR OGM en Bretagne avec un collectif d’organisations militantes locales comme les Faucheurs, Eaux et Rivières..., en invitant des organisations venant des cinq continents à s’unir contre les OGM (28, 29 et 30 avril 2017 à Lorient, avec un atelier sur la question des OGM, dans notre assiette et dans nos vêtements).

[3Un arbre fertilitaire est un arbre dont l’activité enrichit la couche arable d’une terre, en améliore la texture et en favorise la structuration. Il doit être « convivial » : il n’entre pas en concurrence forte avec les autres espèces cultivées en association. Les arbres fertilitaires sont principalement issus de la famille des légumineuses (extrait de http://www.inter-reseaux.org/IMG/pdf/gds63_16-17.pdf)