Cultures d’OGM dans l’UE : l’Espagne fait cavalier seul

La législation européenne oblige les États membres à recenser et à publier les surfaces cultivées avec des variétés transgéniques. Depuis désormais plusieurs années, les ministères en charge de ce suivi publient donc sur leurs sites Internet ces données, à l’exception de la Pologne. Cette année, une seule plante génétiquement modifiée (PGM) par transgenèse a été cultivée, le maïs insecticide MON810, semée sur 148 628 hectares (+15% par rapport à l’année dernière). Mais cette augmentation masque une réalité plus contrastée.

Dire que les cultures GM augmentent dans l’Union européenne (UE) est une semi-vérité. En effet, l’augmentation de la sole de maïs GM en Espagne (+18%) compense largement les diminutions des surfaces dans trois autres pays (Portugal, Slovaquie, et République tchèque) (-13,4% à eux trois). Au final, les PGM sont cultivées dans seulement cinq pays de l’UE (Espagne, Portugal, Roumanie, République tchèque et Slovaquie) sur 27, et ils ne représentent que 0,8% de la surface agricole de l’UE [1]. Pour être plus précis, en 2012 (nous n’avons pas encore les chiffres de 2013), l’UE a cultivé 15,2 millions d’hectares de maïs. Ainsi, avec près de 150 000 hectares, le maïs GM représente un peu moins d’un pour cent du maïs européen total. Si les cultures restent globalement inexistantes sur ce territoire, les PGM, et notamment le soja destiné à l’alimentation du bétail, continuent d’arriver massivement dans les ports. Et surtout, la surface cultivée avec d’autres plantes génétiquement modifiées, issues de la mutagénèse, comme des tournesols ou des colzas résistants à des herbicides, est en train d’exploser dans l’UE. Mais pour ces dernières, aucune obligation d’information n’existe. Ainsi, cet article n’abordera que les plantes transgéniques.

La géographie des PGM dans l’UE n’a pas évolué depuis dix ans

L’Espagne a toujours été le pays qui a majoritairement accueilli les cultures transgéniques. Et globalement l’UE n’a pas connu une augmentation rapide et constante des surfaces dédiées aux OGM. Au contraire. Comme nous pouvons le constater sur le graphique, les surfaces ont fluctué, au gré des années, avec un maximum atteint en 2006 avec près de 200 000 hectares. Comptabiliser les surfaces de l’UE est un exercice toujours problématique, car le nombre d’États membres a lui-même augmenté. Nous avons donc pris le parti de considérer les 27 États (c’est-à-dire sans prendre en compte l’accession de la Croatie survenue en 2013). Ainsi, la Roumanie a vu ses surfaces chuter en entrant dans l’Union, du fait de la non-autorisation des cultures de soja Roundup Ready dans l’UE (en 2006, la Roumanie cultivait en effet plus de 137 000 hectares de soja GM).

Et le nombre de pays cultivant des OGM a diminué au fil du temps. Ainsi, dix pays ont été tentés, parfois très temporairement, par les cultures commerciales de PGM. Mais l’Allemagne, la Bulgarie, la France, la Pologne ont adopté progressivement des moratoires et la Suède a abandonné les quelques hectares de cultures de pomme de terre Amflora...

Le ministère de l’Agriculture d’Espagne a publié sur son site internet la superficie « définitive » de maïs Bt pour la campagne 2013 : 136 962,45 hectares, soit une augmentation de 18% par rapport à la campagne précédente. Cette augmentation est principalement due à une augmentation des surfaces cultivées avec des PGM en Andalousie (+36%), mais c’est l’Aragon qui reste en tête des cultures de PGM, avec 54 451,5 hectares. Actuellement, le maïs Bt, en Espagne, représente 32% de l’ensemble de la sole de maïs. Comme l’année dernière, l’augmentation de la surface cultivée avec des PGM résulte de l’augmentation de la sole du maïs espagnol, car la proportion reste globalement la même (elle passe de 30% à 32%). A noter que l’augmentation de la sole de maïs est aussi visible en France et dans d’autres pays européens, où les variétés transgéniques étaient en 2013 interdites : ce n’est donc pas le maïs GM qui a favorisé, en Espagne, cette augmentation. Précisons que les calculs de surfaces sont faits sur la base d’estimation sur la vente de semences par les entreprises. Et en Espagne le maïs Bt sert principalement à l’alimentation du bétail, comme partout, mais en auto-consommation et aucunes ségrégation ou mesures de coexistence ne sont exigées de la part des autorités, très attentives aux sirènes étasuniennes comme l’a révélé Wikileaks [2].

Un autre pays a vu sa surface cultivée avec des OGM augmenter en 2013 : la Roumanie, avec 835 ha de maïs Bt, répartis dans seulement trois parcelles (dont deux appartiennent à une famille d’agro-managers proche des milieux industriels). Les surfaces n’ont cependant pas « explosé », elles ont juste retrouvé leur niveau de 2010, après deux années de diminution importante.

Les OGM diminuent dans les autres pays de l’UE

Au Portugal, d’après les chiffres présentés sur le site du ministère de l’Agriculture pour l’année 2013, c’est la première fois depuis 2005 que les surfaces en maïs Bt diminuent (-12%), passant de 9278 hectares en 2012 à 8171 hectares en 2013. Une baisse de 12%, alors que dans le même temps la sole du maïs (grain et fourrage) augmentait légèrement (+4,1%). Ainsi, en 2013, le maïs GM représentait moins de 5,7% du maïs portugais (contre 6,6% en 2012).

En république tchèque, aussi, les surfaces cultivées avec du maïs Bt ont diminué, passant de 3050 hectares à 2560 ha (-16%). Dans ce pays, cette diminution suit une baisse de la sole globale en maïs. Mais la proportion OGM / non OGM n’a cessé de diminuer depuis 2008, passant de 8% à 2%, ce qui montrerait un manque d’intérêt réel pour le maïs MON810. Quant à la Slovaquie, ses surfaces en maïs GM ont diminué de 47% en 2013, ne représentant plus que 100 hectares (soit un pourcentage anecdotique du maïs slovaque, qui représentait 212 300 hectares en 2013). Enfin, en Pologne, la situation reste chaotique, en l’absence de registre officiel et suite à de nombreuses contrebandes de semences via ses voisins du sud. En 2007, en dépit d’un moratoire sur la commercialisation des semences GM, quelques centaines d’hectares avaient été semés avec du MON810, et les années suivantes également... jusqu’à 3000 hectares. Mais ce chiffre n’a jamais été clairement documenté par les services de l’État.

Si l’Espagne pouvait compter précédemment sur le « soutien » du Portugal, elle fait désormais clairement cavalier seul.

[1Nous avons utilisé le chiffre de la FAO pour la superficie agricole de l’UE en 2011 : 186 555 550 ha