UE - Analyse du caractère (non) obligatoire des études de toxicologie

ARTICLE TRADUIT : English

Un nouveau règlement pour l’autorisation des OGM est en cours de discussion au sein des instances européennes et entre Etats membres. Inf’OGM en analyse la teneur, notamment sur le caractère obligatoire (ou non) des analyses de toxicité et révèle qu’à l’avenir ces analyses pourraient rester non obligatoires.

« SANCO/12462/2011 Rev. 2 (POOL/E1/2011/12462/12462R2-
EN.doc) [...](2012) XXX draft

COMMISSION IMPLEMENTING REGULATION (EU) No .../..
of XXX on applications for authorisation of genetically modified food and feed in accordance with Regulation (EC) No 1829/2003 of the European Parliament and of the Council and amending Regulations (EC) No 641/2004 and (EC) No 1981/2006 »

Dans sa construction, le texte a un chapeau général et quatre sous sections qui mettent en avant "the specific information requirements and testing strategies"
Ce chapeau, qui s’applique donc à l’ensemble du paragraphe 1.4., pose un principe "The toxicological impact of any changes resulting from the expression of introduced genes or any other type of genetic modification, (such as gene silencing or over-expression of an endogenous gene) shall be assessed".

Si ce principe paraît clair en première lecture, la question suivante mérite néanmoins d’obtenir une réponse : les changements cités dans ce principe concernent-ils ceux directement lié au gène introduit (le nouveau caractère) ou ceux pouvant subvenir dans la plante suite à l’introduction du gène ? Car pour ces derniers, les pétitionnaires concluant habituellement à l’équivalence en substance de la plante GM avec son comparateur isogénique, la réponse sera qu’aucun changement dans la plante ne résulte de l’introduction d’un transgène. Considérant par ailleurs que la protéine résultant de l’expression du transgène est analysée, les pétitionnaires pourront-ils interpréter ce principe comme ne requérant pas d’analyses sur la plante entière, complémentaires à celles de comparaison de composition ?

Par ailleurs, ce principe est assorti d’exceptions (ou est confirmé selon la lecture qui en est faite, cf. ci-dessus) : 
- "The applicant shall consider the need of toxicological testing based on the outcome of the molecular and comparative analysis referrer to in Section 1.2 and 1.3, namely the differencies identified between the GM products and its conventional counterpart, including intended as well as unintended changes" 
Le pétitionnaire décide de la nécessité d’une étude de toxicité, et pour cela il doit utiliser les résultats des analyses par comparaison de composition (également appelée équivalence en substance). Ce qui constitue, de notre point de vue, une limite sérieuse au principe qui rend obligatoire l’étude de toxicité.
- "As regards applications of which the scope include or is restricted to genetically modified food and feed produced from genetically modified plants, toxicological studies with the processed products shall not be provided under the condition that the applicant provides a risks assessment of the genetically modified plants (or relevant parts of it) demonstrating its safety and provided that there are no indications that the processed genetically modified food and feed would be any different from their respective conventional counterpart. The applicant shall provide adequate justicication in this regard".
Concernant les produits transformés, l’étude de toxicité n’est pas nécessaire à condition que le pétitionnaire fournisse une étude des risques qui conclut à l’innocuité de la plante génétiquement modifiée et sous condition de l’équivalence en substance.

Les sous-sections fonctionnent selon le même principe : elles posent un principe d’obligation, accompagné de quelques exceptions : 
 

1.4.1. Testing of newly expressed proteins  
Principe : "The applicant shall provide an evaluation of all newly expressed proteins."
Exceptions : "As regards proteins expressed in the genetically modified plant, in the case where the history of safe use for consumption as food and/or feed of both the plant and the newly expressed proteins is duly documented, specific toxicity testing as provided for in this Section shall not be required."
"Acute toxicity testing of the newly expressed proteins of genetically modified plants is of little additional value for the risk assessment of the repeated human and animal consumption of genetically modified food and feed and shall not be provided as part of the studies performed under this Point."

1.4.2. Testing of new constituents other than proteins  
"The applicant shall provide a risk assessment of identified new constituents other than proteins. This shall include, on a case-by-case basis an evaluation of their toxic potency and of the need of toxicological testing as well as a determination of their concentration in the genetically modified food and feed."
Ici il faut évaluer la nécessité d’analyse de toxicité. Donc, il semble que dans le point 1.4.2., il n’y a aucune obligation, sauf si le test est jugé nécessaire (estimation du pétitionnaire ?).

1.4.3. Information on altered levels of food and feed constituents 
 
Cette section ne s’applique que dans le cas où "the intended or unintended effect of the genetic modification would result in an alteration of the levels of food and feed constituents beyond the natural variation."
Et l’étude de toxicité ne doit être fournie que si l’étude des risques conclut à sa nécessité : "The result of that risk assessment shall determine if, and to what extent, the applicant shall provide toxicological tests on selected food and feed constituents.".

1.4.4. Testing of the whole genetically modified food and feed
Cette sous-section met en évidence les circonstances dans lesquelles des études spécifiques de toxicité doivent être menées : "Under the circumstances set out in Points 1.4.4.1, 1.4.4.2 and 1.4.4.3 of this Section, specific toxicological studies with the whole genetically modified food and feed shall be carried out."
Les différents paragraphes de cette sous-section, donnent les cas pour lesquels des études spécifiques de toxicité doivent être conduites. Cette sous-section est soumise au chapeau général du paragraphe 1.4., et aux exceptions contenues dans ce chapeau.

1.4.4.1 90-day feeding study in rodents with whole genetically modified food/feed :
Cette sous-section détaille les cas où les analyses de toxicité seraient requises. Cette sous-section est soumise au chapeau général défini au point 1.4 et aux exceptions contenues dans ce chapeau.
"The applicant shall include a 90-day feeding study with whole food and feed in rodents for the assessment of food and feed containing, consisting of or produced from genetically modified plants with a single transformation event or with stacked transformation events which are not obtained by conventional crossing of genetically modified plants containing a single transformation event".
Si ce paragraphe sous-tend que les analyses de toxicité conduites avec la plante transformée entière (avec un événement de transformation), elle est pourtant soumise aux exceptions énoncées dans le chapeau du point 1.4.

"In the case of stacked transformation events obtained by conventional crossing of genetically modified plants containing one or several transformation event(s), a 90-day feeding study with whole food and feed in rodents shall be included for each of the genetically modified plant with a single transformation event which was used. An additional 90-day feeding study with whole food and feed in rodents with the genetically modified plant with the stacked transformation events shall be included where indications of potential adverse effects are identified during the assessment of (i) the stability of the inserts, (ii) the expression of the inserts and (iii) the potential synergistic or antagonistic effects resulting from the combination of the transformation events."

Ce paragraphe établit que les analyses de toxicité ne sont pas obligatoires pour les plantes génétiquement modifiées dîtes empilées, à savoir contenant un ou plusieurs évènements de transformation introduits par croisement conventionnel. Ceci dans la mesure où des analyses de toxicité ont été conduites sur les plantes génétiquement modifiées contenant un événement de transformation. Dans le cas présent, la question qui se pose est de savoir jusqu’à combien d’évènements empilés cette approche s’applique (deux, trois, quatre... huit ?).

Conclusion : Le règlement semble poser un principe : rendre obligatoire de mener des tests de toxicité. Mais ce principe nécessite d’être clarifié. Par ailleurs, il est assorti de nombreuses et importantes exceptions (ou est confirmé selon la lecture faite du dit principe), notamment celles définies dans le chapeau, qui font référence au principe d’équivalence en substance, qui s’applique de façon générale et qui contraint les sous-sections. Il nous semble que ces nombreuses exceptions rendent inopérant le principe posé par le règlement.