Riz doré : une mystification ?

Alors que les premières générations de riz doré, génétiquement modifié pour produire du beta-carotène (pro-vitamine A) ont maintenant plus de dix ans, les questions concernant la qualité et la sécurité de ce riz ne sont toujours pas résolues, selon une étude réalisée par Foodwatch [1]. Tout d’abord, il est important de rappeler que le premier projet de riz doré a été abandonné par les responsables eux-mêmes, du fait de la trop petite quantité de pro-vitamine A dans les grains. En 2005, un riz doré 2 a alors fait son apparition, et les promoteurs affirmaient que cette nouvelle version contenait 23 fois plus de pro-vitamine A que la version 1. On serait passé en cinq ans de 1,6 microgrammes par grain de riz à 37 microgrammes. Cependant, dénonce le rapport de Foodwatch, on ne connaît pas le devenir de cette quantité de pro-vitamine A après stockage et cuisson de ce riz. La donnée brute n’est pas suffisante et ces données précises n’ont jamais été publiées. Et, précise Foodwatch, même lorsqu’on interroge directement les responsables du projet, ces derniers refusent de révéler plus de détails. Déjà en 2005, Christoph Then, de Greenpeace, dénonçait l’absence de données précises quant à l’évaluation sanitaire et environnemental de ce riz GM. Foodwatch conclut : « Ce manque de transparence remet en question l’entière authenticité du projet ».
Ce riz n’a toujours pas été cultivé à grande échelle dans les pays où il est censé lutter activement contre les carences en vitamine A et la cécité qui en découle. Seuls quelques essais ont eu lieu. A cela les responsables du projet répondent que les retards sont liés en partie au rejet des consommateurs européens et à l’influence des organisations écologistes internationales. Les responsables considèrent aussi que les normes d’évaluation sont trop strictes et qu’elles bloquent la diffusion de ce remède miracle.
Fort de ces éléments, Foodwatch a écrit aux fondations Rockefeller et Bill & Melinda Gates - qui soutiennent financièrement ce projet - afin qu’ils « réexaminent leur engagement ». Dans la lettre, Foodwatch annonce que des solutions moins coûteuses peuvent en partie résoudre la question de la déficience en vitamine A, notamment par la biais d’une alimentation plus variée.
Pour Foodwatch, l’absence de données précises et publiées et l’absence d’évaluation des risques renforcent leur idée que le but de ce projet n’est pas tant de lutter contre la cécité que de favoriser l’expansion des PGM, et donc de baisser le niveau d’exigence des évaluations d’impacts. On peut lire précisément dans le rapport : « Le projet affirme qu’il s’engage à atteindre les plus hauts standards en matière de sécurité, mais dans le même temps, il appelle à évincer la plupart des standards dans le processus d’approbation pour des raisons économiques ». Le rapport continue en affirmant que de possibles risques ont été délibérément ignorés, comme la pollinisation croisée et les risques sanitaires. Or, l’Inde, qui est censée accueillir ce riz GM, est aussi le berceau génétique du riz. L’auteur du rapport affirme que les promoteurs de ce riz sont sur le point de le tester sur des écoliers de pays en voie de développement. En Chine, des essais devaient avoir lieu en été 2008, mais les autorités sont intervenues pour les annuler.
Au final, analyse Foodwatch, ce projet « humanitaire » n’est rien d’autre qu’une campagne de promotion des PGM, agissant pour diminuer les normes des évaluations des semences GM et utilisant le côté « moral » pour mettre la pression sur les opposants aux PGM.

[1« Fast 10 Jahre „Goldener Reis“- eine kritische Bilanz », Christoph Then, Foodwatch, janvier 2009 http://www.foodwatch.de/kampagnen__... (en allemand)