n°139, mars / avril 2016

Inf'OGM le journal est un bimestriel de 32 pages qui vous informe sur l'actualité des OGM et des semences de façon critique et contextualisée.

Soutenez une information indépendante,
abonnez-vous.

En 2003, la compagnie Carpe Diem a créé “Le péché Ogémique”. Cette pièce est un spectacle “citoyen et décapant qui aiguise notre vigilance sur la biosécurité alimentaire et les questions éthiques sous-jacentes”.

Le projet européen GRACE a rendu, en novembre 2015, ses conclusions quant à la pertinence réglementaire des analyses de toxicologie à court (90 jours) et long terme (un an) sur rats [1] dans le cadre de l’évaluation des plantes génétiquement modifiées (PGM). Trois ans après son lancement et en se basant sur une expérience avec un seul OGM, les scientifiques qui ont participé à ce projet concluent que, d’une manière générale, les analyses à long terme n’apportent aucune information scientifique supplémentaire aux analyses à 90 jours. Mais ils vont plus loin encore et concluent que les analyses de toxicologie à 90 jours, elles-mêmes, n’apportent pas plus d’informations scientifiques que les analyses de comparaison de composition. Une aubaine pour les entreprises qui n’ont pas tardé à réclamer à la Commission européenne le retrait de l’obligation légale de fournir de telles analyses de toxicologie dans les dossiers de demande d’autorisation.

Le Traité International sur les Ressources Phytogénétiques pour l’Alimentation et l’Agriculture (Tirpaa) réglemente l’accès à certaines plantes cultivées tout en reconnaissant des droits pour les agriculteurs. La dernière réunion de son Organe directeur (Rome, octobre 2015), malgré la mobilisation paysanne, a continué à faire la part belle à la conservation ex situ et à favoriser essentiellement les intérêts des semenciers. Mais des irrégularités sur deux décisions du secrétariat, soulignées par les réseaux paysans et la Via Campesina, puis plus diplomatiquement par le secrétariat de la FAO, ont fragilisé la mainmise directe de l’industrie sur le Traité.

Aux États-Unis, le débat fait rage autour de l’étiquetage des OGM dans l’alimentation. Les entreprises, actrices incontournables dans ce débat, développent différentes stratégies pour échapper à l’étiquetage ou au contraire, se servir d’un nouvel argument de vente autour du « sans OGM ».

Aux États-Unis, la FDA - qui gère les autorisations pour l’alimentation et les médicaments - a autorisé fin 2015 l’entreprise Alexion Pharmaceuticals à commercialiser des poules génétiquement modifiées qui produisent, dans leurs œufs, une molécule thérapeutique, la sebelipase alfa, une enzyme humaine recombinante. La FDA a aussi donné son autorisation pour la commercialisation d’un traitement, Kanuma, pour les rares personnes atteintes d’un déficit en lipase acide lysosomale. Du fait de cette déficience, les lipides s’accumulent dans plusieurs organes dont le foie. Préalablement à l’autorisation, le traitement a été testé chez neuf nourrissons : la FDA précise dans son communiqué de presse que « six des neuf (67%) enfants atteints du syndrome de Wolman [la forme la plus sévère de cette déficience] traités étaient vivants à un an, alors qu’aucun des 21 enfants dans le groupe témoin historique n’a survécu » [2]. La FDA précise aussi avoir « déterminé que l’autorisation [des poules GM] n’aura pas d’impact environnemental significatif parce que les poulets sont élevés dans des installations hautement sécurisées ».
La FDA avait déjà autorisé en 2009 des chèvres transgéniques qui produisaient une molécule anticoagulante dans leur lait et en 2015 des lapins transgéniques pour traiter l’angiœdème héréditaire. Ces animaux ne sont pas censés se retrouver dans l’assiette des étasuniens.

Port de Lorient - Depuis mai 2015, tous les vendredis soirs, des militants dénoncent les importations de soja transgénique destiné à nourrir le bétail européen. Pour eux, le moratoire sur la culture des OGM adopté en 2008 ne règle pas le problème : du soja transgénique continue d’être semé outre-Atlantique. Ils plaident pour une relocalisation de l’alimentation animale et un étiquetage des produits issus d’animaux nourris aux OGM. 
Le 2 octobre 2015, des Faucheurs volontaires peignent des graffitis à l’entrée du port : « Ici 660 000 tonnes de soja OGM. Que fait-on ? », etc. Le 12 février 2016, quatre personnes sont convoquées au tribunal. Le procureur leur propose une amende de 300 euros chacun contre un abandon des poursuites. Mais pour les Faucheurs, les tribunaux sont un espace public rêvé pour expliquer leur action, ils ont donc refusé cet arrangement. « Tout le monde a été surpris par la convocation au Tribunal pour négocier une punition », relate le faucheur Didier Mulliez à Inf’OGM, « même le Commissaire ». Car jusqu’à présent, le Parquet ou le Conseil régional se gardaient bien de porter plainte. Et pourtant, de nombreuses actions, moins symboliques, avaient déjà précédé ces graffitis : blocage du port de Lorient en 2009 pour stopper une grosse cargaison de soja GM ; occupation en 2011 de l’usine de Glon Sanders ; en 2012 et en 2014, dénaturation d’un silo du port...
Un comble : « l’exploitation du port de Lorient est au profit de la Région Bretagne qui se dit parallèlement ’’Région sans OGM’’ », souligne Didier Mulliez qui le rappelera lors de l’éventuel procès.
Pourquoi poursuivre les faucheurs pour des graffitis ? Les mots auraient-ils plus de poids que les actes ?

Le directoire de Syngenta a accepté l’offre de rachat faite par l’entreprise d’État chinoise ChemChina. Cette dernière a proposé 38 milliards d’euros (soit 480 FCH l’action) pour le rachat de l’entreprise helvétique Syngenta, soit 2,5 milliards d’euros de plus que ce que Monsanto avait proposé il y a moins d’un an (449 FCH l’action). ChemChina est le premier producteur de pesticides en Chine. Cette entreprise multicartes, née en 2004, a déjà racheté de nombreuses entreprises occidentales, comme le français Adisseo, leader mondial des additifs pour la nutrition animale, l’agrochimiste israélien Adama, l’italien Pirelli, etc.