Inf'OGM n°125, novembre / décembre 2013

Inf'OGM le journal est un bimestriel de 32 pages qui vous informe sur l'actualité des OGM et des semences de façon critique et contextualisée.

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La législation européenne oblige les États membres à recenser et à publier les surfaces cultivées avec des variétés transgéniques. Depuis désormais plusieurs années, les ministères en charge de ce suivi publient donc sur leurs sites Internet ces données, à l’exception de la Pologne. Cette année, une seule plante génétiquement modifiée (PGM) par transgenèse a été cultivée, le maïs insecticide MON810, semée sur 148 628 hectares (+15% par rapport à l’année dernière). Mais cette augmentation masque une réalité plus contrastée.

Depuis 2004, le Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture (Tirpaa) tente d’organiser un accès facilité à certaines ressources phytogénétiques [1] et d’assurer un juste partage des bénéfices via un Fonds mutualisé. Il reconnaît le droit des agriculteurs de conserver, d’utiliser, d’échanger et de vendre des semences de ferme ou du matériel de multiplication. Quelles ressources ? Quels types d’échanges ? Entre qui ? Avec quelles obligations et compensations ? Voyage au cœur du Traité.

L’organe directeur du Tirpaa vient d’achever sa cinquième réunion à Muscat (Sultanat d’Oman), du 24 au 28 septembre 2013 [2]. L’occasion pour les parties prenantes du Traité de faire le point sur ses avancées et de tenter d’en lever certains obstacles, notamment la non participation des entreprises semencières au système multilatéral d’échanges de ressources [3] et le manque de reconnaissance du droit des agriculteurs. A l’issue de cette réunion, deux décisions ont été prises : la constitution de deux groupes de travail, incluant tous les acteurs concernés (dont les agriculteurs et la société civile), l’un sur le partage des avantages et le droit des agriculteurs, et l’autre sur leur accès facilité aux ressources. Explications.

L’association française pour l’information scientifique (AFIS) prétend défendre la science contre ceux qui « la détournent vers des œuvres malfaisantes ou encore usent de son nom pour couvrir des entreprises charlatanesques » [4]. Mais l’AFIS, qui honore, comme nous-mêmes, les découvertes permettant de comprendre le monde, défend aussi toutes les applications ou innovations technologiques, du nucléaire aux OGM en passant par les nanotechnologies.

Depuis des années, le refus des OGM a dépassé le cercle de la société civile indienne pour atteindre des autorités locales ou nationales qui en ont fait leur politique officielle. Une évolution importante dans le second pays producteur de coton après la Chine. En 2012, le mouvement s’est accéléré : si certains états se sont contentés d’exprimer une simple opposition aux cultures génétiquement modifiées, d’autres ont annoncé des mesures pour interdire la vente de semences de coton Bt, ou la conduite d’essais en champs. Comment la situation a-t-elle évolué dans ce pays de plus d’un milliard d’habitants où l’agriculture vivrière occupe une place encore importante ?

Les plantes génétiquement modifiées (PGM) pour produire des protéines insecticides représentent 25% des PGM cultivées dans le monde. Si les plus connues produisent une seule toxine, à l’instar du maïs MON810 ou du coton Bollgard de Monsanto, les PGM empilées qui produiront deux, ou plus, protéines insecticides, arrivent. Et pour cause ! Les producteurs de PGM sont aujourd’hui rattrapés par l’acquisition par les insectes cibles d’une résistance à ces protéines censées les tuer : un risque depuis déjà longtemps envisagé par les opposants aux PGM. Un insecte en Afrique du Sud et un en Chine ont développé une résistance qui se transmet de génération en génération et de plus en plus vite. Retour sur un échec annoncé.

Nous avions évoqué la première journée internationale pour exprimer le rejet du monde selon Monsanto, des OGM et de la privatisation du vivant, relayée principalement par les réseaux sociaux. Ce fut un succès. Quelques jours après, a été décidé d’une nouvelle date pour continuer la mobilisation. Nouveau succès : près de 60 pays et environ 500 villes ont répondu à l’appel [5]. Le plus souvent, ce sont des marches qui ont été organisées, comme à Paris, Nîmes, Saint-Pierre et Saint-Denis de La Réunion, Nouméa, Bruxelles, Montréal, Mexico, Madrid, Bogota, Quito, Buenos Aires, Tokyo, Séoul, Dakar, Pretoria...

Des chercheurs d’Hawaï et de Turquie ont annoncé, à grand renfort de couverture médiatique, qu’étaient nés des lapins génétiquement modifiés avec un gène de méduse pour être fluorescents dans le noir. Quelle invention ! Louis-Marie Houdebine, ancien chercheur à l’Inra, et co-fondateur de Bioprotein technologies (start-up spécialisée dans la production de protéines et vaccins dans le lait de lapines transgéniques), avait mis au point dès 1998 un lapin fluorescent. Alors en quoi est-ce une nouveauté ? Le chercheur, Dr. Stefan Moisyadi, se félicite à peu de frais : « Nous avons implanté huit embryons, et huit bébés sont nés. Deux étaient transgéniques. 25% d’efficacité. Pas mal ». Ce lapin ne servira à rien : le but de cette recherche n’était en effet que d’indiquer que la modification génétique s’était correctement déroulée. Les lapins ne sont pas les seuls animaux qui ont été ainsi modifiés : les chercheurs se sont « amusés » avec des chiots, des singes, des chats. Dans la communication des chercheurs, des perspectives alléchantes sont mentionnées, comme la production de facteurs de coagulation pour les hémophiles à un prix compétitif. L.-M. Houdebine a donné à Inf’OGM deux exemples d’applications de ses lapins pour la recherche : un clonage de lapins en France en 2002 et un autre en Suède où son lapin GM fluo a été utilisé comme modèle en vue d’une greffe de rétine.

L’évolution présentée ici concerne les 27 premiers pays entrés de l’UE. Ainsi, en 2001, la Bulgarie ou la Pologne, par exemple, ne faisaient pas partie de l’UE, mais nous avons voulu comparer des données stables. D’autant que leur entrée dans l’UE a eu des conséquences non négligeables sur les cultures GM, notamment en Roumanie. Par ailleurs, certaines surfaces sont si faibles qu’elles ne sont représentées dans le graphique ci-dessous que par une seule ligne, comme la France avec 15 hectares en 2001.