Inf'OGM n°119, novembre / décembre 2012

Inf'OGM le journal est un bimestriel de 32 pages qui vous informe sur l'actualité des OGM et des semences de façon critique et contextualisée.

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Questions éthiques et épistémologiques, choix de société, impact des brevets, modèle agricole porté par les plantes génétiquement modifiées (PGM), impacts sanitaires ou environnementaux, fonctionnement de l’expertise... : les questions et objections soulevées par le dossier des PGM sont nombreuses. Mi-septembre, ce sont les volets des impacts sanitaires et de l’expertise qui ont connu un rebondissement sans précédent avec la publication d’une étude réalisée par l’équipe du Pr. Gilles-Eric Séralini (GES), membre du Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le génie GENétique (Criigen) et professeur de biologie moléculaire à l’Université de Caen. Inf’OGM a souhaité consacrer un dossier à l’analyse de cette étude sur le maïs génétiquement modifié NK603 et l’herbicide Roundup, étude publiée dans la revue à comité de lecture Food and Chemical Toxicology. Cette étude a provoqué des débats, des réactions qui, au-delà de l’étude en elle-même, permettent d’éclairer le dossier « OGM » dans sa complexité.

Inauguré clandestinement – par crainte des opposants – début 2012, le centre Clinatec de Grenoble s’affiche comme « unique au monde ». Son but revendiqué est de nous mettre « des nanos dans le cerveau » : en clair, des implants cérébraux électroniques. De l’histoire de sa création à ses travaux sur l’homme-machine (le cyborg), en passant par le discours de ses promoteurs, tout dans cette clinique expérimentale illustre la fuite en avant technologique. Avec Clinatec et les implants neuro-électroniques, c’est la société de contrainte qui s’annonce, par la possession technologique de ce que nous avons de plus intime : notre for intérieur.

Sans surprise, l’étude de Gilles-Eric Séralini a immédiatement déclenché une salve de réactions et de critiques. Les principales critiques scientifiques concernent le protocole de l’étude, la race, l’alimentation des rats, et le traitement statistique (cf. p.3-5). D’autres critiques concernent la manière dont l’étude a été diffusée et rendue publique. Le débat sur le traitement médiatique concerne aussi la mise en œuvre, par les détracteurs de l’étude, d’une stratégie bien rodée. Décryptage.

L’étude de G.-E. Séralini a eu un retentissement international, dans la presse et au sein de certains gouvernements. Ainsi, le gouvernement marocain précise qu’« en application du principe de précaution, les aliments transgéniques sont interdits à la consommation humaine. Aucune présence d’OGM n’est admise dans les produits importés destinés à la consommation humaine, ils sont absents dans la production agricole nationale […] même pour des fins d’alimentation animale ». Mais il ne dit rien sur l’accord de libre échange qui le lie depuis 2004 avec les Etats-Unis... Le gouvernement russe a également annoncé le 24 septembre qu’en attendant les résultats de l’expertise nationale sur l’étude « Séralini », les importations de maïs GM NK603 seraient « temporairement interdites sur le territoire de la fédération de Russie », ce qui ne devrait que peu affecter le commerce international car, comme le précise Sébastien Poncelet, expert chez Agritel, sur RFI : « Aujourd’hui, la Russie n’est quasiment pas importatrice de maïs ». Idem pour le Kazakhstan, qui vient de décréter un moratoire sur les importations de maïs NK603. Quant à l’Ukraine, elle vient de décider de créer un centre scientifique pour tester les OGM.
Au cours de la Conférence internationale du Protocole de Cartagena, qui s’est déroulée en Inde en octobre, le Deccan Development Society a mis en avant à plusieurs reprises l’étude de G.-E. Séralini. A cette occasion, Frances Loore Lappe, une des personnes mobilisées par la campagne en Californie pour le « Oui à l’étiquetage », a souligné que cette étude avait consolider sérieusement l’argumentaire de leur campagne. Pour ces associations, comme le résume René Segbenou, de la Coalition ouest-africaine contre les OGM (Copagen) : « c’est un tremplin énorme pour le débat sur les tests d’innocuité et le principe de précaution. Quelle que soit la suite, les choses ne peuvent plus se passer comme avant ». Au Brésil, une coalition de plusieurs organisations a écrit au gouvernement pour qu’il réévalue le maïs NK603 autorisé en 2008. En Chine, Chen Lichouan, de l’alliance internationale Terre citoyenne, nous précise que « quoi qu’il en soit, la publication de l’étude de Séralini et les vives réactions qu’elle a suscitées dans le monde a alerté l’opinion chinoise sur la question des OGM et provoqué dans la société chinoise un débat salutaire qui va bien au-delà de la valeur scientifique de cette étude ».

Gilles-Eric Séralini (GES) l’a répété à nouveau le 16 octobre 2012, les données brutes de son expérience seront rendues publiques lorsque l’AESA et / ou le ministère de l’Agriculture auront fait de même avec les données brutes de Monsanto pour le dossier du maïs NK603.

L’association Bede, en collaboration avec Terre & Humanisme, a réalisé un documentaire qui s’intéresse à la mobilisation paysanne contre les semences hybrides et OGM qui tentent de remplacer, progressivement, les semences paysannes et locales. Ces pratiques ont des consé-quences importantes sur l’autonomie alimentaire des populations. Après ce documentaire sur les semences (27 mn.), le DVD présente le cas du coton Bt et décrypte la stratégie de contamination par cette PGM au Burkina. Objectif : la disparition de l’agriculture paysanne pour un accaparement des terres. Enfin, le DVD pose également la question de l’introduction d’OGM dans les cultures vivrières comme le niébé et le sorgho.

Les résultats de l’étude de G.-E. Séralini [1] font état de pathologies telles que tumeurs et dysfonctionnements hépatiques et rénaux importants. Le monde scientifique s’est alors scindé en deux, dans une guerre de tranchée extraordinaire. Les agences d’expertise nationales et européenne se sont aussi penchées sur ces résultats. Des contre-expertises rarement requises, notons-le, pour les études en faveur des PGM.

Les articles sur l’actualité « Séralini » ont beaucoup parlé de « l’outil statistique » dans les études de toxicologie. Présenté comme un élément central de ces études, il permet de savoir si une conclusion peut être tirée de l’expérience réalisée, avec un risque donné d’erreur. Mais il reste flou pour le grand public. En reprenant le chapitre 3 de l’ouvrage « Expertise des OGM : l’évaluation tourne le dos à la science » publié par Inf’OGM [2], le présent article fournit les éléments de compréhension d’un débat aussi technique qu’important.