Inf'OGM n°108, janvier / février 2011

Inf'OGM le journal est un bimestriel de 32 pages qui vous informe sur l'actualité des OGM et des semences de façon critique et contextualisée.

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Les vingt dernières années en Roumanie ont vu la restructuration de l’agriculture issue du système communiste vers un système libéral de type « économie de marché ». Avec l’adhésion à l’Union européenne en 2007, la Roumanie a commencé à faire face à une nouvelle série de problèmes : la transformation de l’agriculture roumaine, comme évoqué plus haut, va vite, très vite, et il n’est pas impossible que le visage de l’agriculture roumaine ressemble, dans vingt ans, à celui des autres pays de l’Union européenne : concentration des terres, agrandissement des exploitations agricoles, exode rural, utilisation de semences hybrides et mécanisation.

Alors que s’engage en Europe une réflexion sur la nationalisation des interdictions de cultures de PGM, il existe déjà des instruments nationaux, dans différents pays européens, qui permettent de créer des espaces sans PGM [1]. Ainsi en France, la possibilité d’exclure les cultures GM de certains espaces protégés a été créée par la Loi de 2008 relative aux OGM [2].

Aux États-Unis, les cas de plantes GM cultivées, échappées des champs et des camions, et retournées à l’état sauvage, se multiplient. Une étude scientifique montre que dans le Dakota du nord, 80% des colzas sauvages sont issus de PGM. Des agriculteurs ont rapporté au congrès des États-Unis leur incapacité à mener des cultures du fait des plantes résistantes aux herbicides à base de glyphosate. Une situation qui a conduit Monsanto à subventionner des agriculteurs afin qu’ils puissent acheter d’autres herbicides que le Roundup pour se débarrasser des herbes résistantes.

Le 13 juillet 2010, une proposition a été faite par la Commission européenne aux États membres pour leur permettre d’interdire la culture de PGM sur leur territoire, nationalement ou localement. Plus compliquée dans les faits que dans son objectif, cette proposition a fait émerger beaucoup de questions, notamment quant à la légalité d’une telle décision nationale. Les discussions sont enclenchées et les juristes commencent à s’exprimer.

Le brevet et le certificat d’obtention végétale (COV) sont tous deux des moyens de protection de la propriété intellectuelle des plantes. Le brevet porte sur une invention (un gène et sa fonction, un procédé...) et le COV porte exclusivement sur une variété végétale définie par les caractères stables et homogènes issus d’un génotype ou d’une combinaison de génotypes. Si le brevet sur le vivant est souvent critiqué, y compris par certains semenciers industriels, c’est l’interaction entre le brevet et le cov sur les variétés qui risque aujourd’hui d’avoir le plus de conséquences dommageables sur la biodiversité, les agriculteurs et les sélectionneurs de variétés végétales. Cet article montre ces interactions et les impacts qui en découlent.

Philippe Godard propose dans son ouvrage un éclairage politique de la problématique OGM, loin du discours habituel sur les risques sanitaires et environnementaux. Si ce livre se veut porteur d’espoir - « _Notre combat contre les OGM est loin d’être perdu » - il n’en est pas moins radical et sans concession. Pour l’auteur, ce qui est à l’œuvre avec les OGM, c’est la définition même du vivant. Les OGM sont un nouveau pas vers l’artificialisation absolue du vivant. Un projet totalitaire est en marche : « Les OGM représentent ce tâtonnement des scientifiques vers la création du cybernanthrope, être mutant modifié, un HGM. Les OGM sont les semences politiques d’un futur cybernétisé, archi-contrôlé, ennemi de la vie sauvage exubérante et trop imprévisible pour se laisser apprivoiser par un monde machinique duquel tout excès doit, par définition, être banni ».
Il s’agit à bien des égards d’un livre philosophique : l’auteur analyse la notion de « _Progrès_ », de science, questionne le recours aux experts qui se généralise même chez les opposants, analyse « l’illusion de la maîtrise du naturel » et au final pose la question de nos limites. Les OGM, mais aussi le nucléaire, régulièrement convoqué, sont le prisme à travers lequel se dévoile un projet mortifère qui remonte au XIX° siècle, s’est développé dans les années 70 et explose aujourd’hui.