Inf'OGM n°104, mai / juin 2010

Inf'OGM le journal est un bimestriel de 32 pages qui vous informe sur l'actualité des OGM et des semences de façon critique et contextualisée.

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Existerait-il des OGM si les brevets sur le vivant n’existaient plus ? Tout simplement non. Car les brevets sont la garantie de retour sur investissement pour les entreprises impliquées dans la transgénèse. Et non contentes d’avoir déposé des brevets sur les gènes et les plantes, ces entreprises cherchent actuellement à étendre les droits des brevets sur les produits dérivés (farine issue de culture transgénique ou animaux nourris avec ces PGM).

L’Union européenne a adopté en juin 2007 un nouveau règlement sur l’agriculture biologique (1). Dans son objectif d’harmonisation, il exclut les possibilités pour les Etats membres de mettre en place des cahiers des charges plus stricts. Concrètement, le cahier des charges français de l’élevage biologique a tout simplement disparu. Comme nous l’écrivions en janvier 2009, lors de l’entrée en vigueur de ce règlement, « si une interdiction claire de l’utilisation d’OGM est maintenue, ce nouveau règlement admet qu’un produit biologique peut contenir jusqu’à 0,9% d’OGM » Pour la filière bio, c’est tout simplement inadmissible. Aucune contamination, même accidentelle, dans les produits bio, ne peut être tolérée. Ainsi, une partie de la filière bio française s’est engagée dans une démarche qui exclut entièrement les OGM, et a créé une marque : Bio Cohérence.

Les plantes transgéniques ne sont pas les seuls organismes vivants qui sortent des laboratoires de recherche. Les plantes mutées les ont précédées. Et d’autres organismes sont dans les tuyaux, issus de la biologie synthétique ou des nanotechnologies. Transgénèse, mutagénèse, nanotechnologies et biologie synthétique présentent des points communs (notamment au niveau de la vision du monde que ces techniques impliquent) et des différences (notamment au niveau de la façon dont la société entend les réguler). Le présent dossier propose un tour d’horizon en matière de principes, d’états des lieux commercial et législatif et de comparaison de ces techniques. Huit autres « nouvelles » techniques dont le caractère OGM des plantes obtenues est actuellement discuté à Bruxelles, sont aussi abordées bien que non individuellement.

Dans le débat sur les PGM, la recherche occupe une place importante. Car si le monde des scientifiques était il y a encore quelques années considéré comme hermétique dans ce qu’il développait, le sujet des PGM a notamment permis de voir que des scientifiques questionnent eux-mêmes la mainmise de la technoscience dans les choix techniques. Ils questionnent également l’absence de relation entre le monde de la recherche et les citoyens et le manque de recul voire de prudence au moment de faire le choix de développer commercialement des « progrès » scientifiques et techniques. Ces scientifiques qui dénoncent régulièrement et publiquement des connaissances scientifiques lacunaires, des évaluations de risques insuffisantes ou encore la perte de biodiversité, se définissent comme des lanceurs d’alerte ou des scientifiques engagés. Certains d’entre eux se retrouvent aujourd’hui au sein du Réseau Européen de Scientifiques pour une Responsabilité Sociale et Environnementale (Ensser) !

Le soutien à Gilles-Eric Séralini, exprimé dans un texte publié conjointement par l’Ensser et la Fondation Sciences Citoyennes, illustre clairement la position de ces deux réseaux : « La controverse entre chercheurs, organisée au sein de la communauté scientifique, est un des moteurs essentiels de la construction des savoirs ». L’Ensser, constatant que « la grande majorité des chercheurs qui publient des résultats suggérant des effets d’OGM jusqu’alors insoupçonnés (effets sur la santé ou sur l’environnement) est la cible de campagnes de dénigrement provenant de membres influents de la communauté scientifique » [1], considère qu’un scientifique ne saurait être l’objet d’attaques médiatisées du seul fait de désaccord sur ses résultats, qui plus est si ces derniers vont dans le sens d’une remise en cause d’intérêts privés.
Car G.E. Séralini est actuellement la cible d’attaques et de pressions venant de plusieurs organismes. Ainsi, l’Association Française des Biotechnologies Végétales (AFBV), en réaction au dernier article publié par G.E. Séralini dans une revue scientifique à comité de relecture, « déplore que la science soit mise au service de convictions personnelles ou idéologiques. Elle s’insurge contre les graves accusations formulées à l’encontre des instances d’évaluation qui réunissent des experts qualifiés de la Recherche publique. L’AFBV regrette enfin que les publications de M. Séralini rencontrent un aussi large écho médiatique alors que ses travaux ont toujours été invalidés par la communauté scientifique ».
Si l’AFBV dénonce le fait que Gilles-Eric Séralini ait publié ses résultats « dans une revue qui ne figure pas parmi les grandes revues scientifiques », elle omet de préciser qu’il en est de même pour les données fournies par Monsanto. Surtout, l’Ensser note que l’affirmation de l’AFBV quant à l’invalidation des résultats de G.E. Séralini par la communauté scientifique est mensongère : « Tous ses travaux ont été publiés dans des revues internationales à comité de lecture et donc évalués par les pairs. Aucun n’a jamais fait l’objet d’une invalidation ».

Il ne se passe pas une semaine sans que les médias n’abordent la question des nanotechnologies. Les matériaux qu’elles génèrent sont alternativement présentés comme la solution à tous les maux de l’humanité ou comme l’ultime pièce d’un puzzle technoscientifique menant à la destruction des écosystèmes et à l’empoisonnement généralisé de la santé humaine. L’intérêt des matériaux à l’échelle nanométrique (10-9 m) réside dans les propriétés différentes de la matière à cette échelle. Ces nouvelles propriétés pourraient être à l’origine de solutions innovantes à des problèmes auxquels la société moderne est confrontée (purification de l’eau, production d’énergie renouvelable décentralisée et durable, traitement de maladies, etc.). Mais parallèlement, elles font craindre des effets toxicologiques et éco-toxicologiques encore largement méconnus et très insuffisamment encadrés. Face à ces incertitudes, quelle attitude devrait adopter le législateur ?

Cet été, du 3 juillet au 15 août, pour sa troisième édition, l’alter’tour reprend la route pour dénoncer, à nouveau dans la convivialité et par le débat, toutes les formes de dopage. « En opposition avec l’esprit de compétition qui conduit au dopage dans le sport, et à la logique de l’agriculture productiviste qui débouche notamment sur les PGM » , les alter’cyclistes proposent donc « un tour « à la carte », pour tout ceux qui souhaitent partager une belle tranche de vie collective, découvrir des terroirs préservés, avoir une activité physique source de santé ».