Insectes OGM : l’impossible contrôle

Qui ne s’est jamais dit : « mais pourquoi donc existe-t-il des espèces aussi désagréables que les moustiques ? » Ça fait un bruit lancinant qui perturbe l’endormissement, ça pique, et en plus ça transmet des maladies. Et on a beau chercher, on ne voit pas l’intérêt écologique de cet insecte. Alors pourquoi ne pourrions-nous pas l’éradiquer, tout simplement ? Car c’est bien d’une éradication dont parlent les scientifiques et certaines associations philanthropiques.

Le problème est que ce que nous pensons être inutile, voire nuisible, ne l’est peut-être pas. Et au nom de quoi l’être humain se permettrait-il de décider d’exterminer une espèce ?

Les entreprises et agences gouvernementales ne s’embêtent pas avec de telles considérations éthiques. Oxitec - une entreprise de biotech - en tête, Bill Gates, le Darpa (une agence gouvernementale étasunienne), etc. : engluées dans une vision manichéenne et prométhéenne du vivant, nombreuses sont les organisations qui tentent de modifier génétiquement les insectes pour les éradiquer.

L’espoir pour ces insectes est que la prétendue maîtrise humaine des espèces est pour le moins mise à mal par la réalité : ces lâchers massifs de moustiques stériles, par exemple, sont globalement un échec dans les pays qui les ont testés. N’empêche, le projet est là et il ne date pas d’hier. La transgenèse a remplacé le DDT, le forçage génétique est dans les starting-blocks.
Et pour faire passer ces projets délirants, ces organisations nous abreuvent de belles promesses comme la fin de la dengue et autres Zika. La santé est souvent instrumentalisée pour mieux faire passer des innovations qui serviront in fine une agriculture intensive et hors-sol.

Prétendre transformer ou éradiquer une composante d’un écosystème tout en maîtrisant parfaitement ses conséquences relève du charlatanisme.

Oxitec : à l’origine, une entreprise qui est née dans les couloirs de l’Université d’Oxford… Une spin-off comme on les appelle. Elle fait partie désormais de la pieuvre Intrexon. Quant à son « produit » phare, des moustiques transgéniques développés comme outil de lutte vectorielle contre la dengue, c’est un échec fracassant partout où il a été testé.

Depuis juillet 2019, des moustiques mâles stériles transgéniques ont été lâchés au Burkina Faso, pour préparer, à terme, un lâcher d’une autre nature : celui d’autres moustiques, vecteurs du paludisme, mais forcés génétiquement afin que leur population se réduise. Sur le terrain, difficile d’en savoir plus...

Des insectes ont été génétiquement modifiés pour résoudre certains problèmes agricoles. Éradiquer une population de mouche de l’olivier en disséminant des mouches transgéniques stériles en est un exemple. Les papillons parasites de cultures de choux, colzas et autres brassicae aux États-Unis en sont un autre. À l’origine de ces projets, se trouve souvent la même entreprise, Oxitec, qui s’est fait un nom dans la stérilisation de population d’insectes par transgenèse.

Des insectes qui disséminent dans la nature des virus génétiquement modifiés pour… modifier génétiquement des plantes ! Projet révélé un mois d’avril, on aurait pu en rire. Pourtant, c’est un projet très sérieux du ministère de la Défense aux États-Unis, resté discret jusqu’à ce que des chercheurs s’en alarment dans une revue scientifique en octobre 2018.

Oxitec développe des insectes transgéniques mâles stériles. Target Malaria envisage de créer des moustiques génétiquement « forcés ». D’autres entreprises ou consortium, eux, investissent une troisième piste : les moustiques « Wolbachia ». OGM ou pas ? Un débat compliqué avec encore peu de réponse.

La dissémination d’insectes génétiquement modifiés dans l’environnement pose de nombreux problèmes. Notamment, celui de leurs déplacements incontrôlés. Et les frontières établies par les hommes entre les pays n’en sont pas pour les insectes. Pour le moment inexistante, faudra-t-il inventer une législation spécifique ?