Inf'OGM Dossier : 20 ans de mobilisations citoyennes

1997 : un fauchage d’une parcelle de colza transgénique marque le début de vingt ans de fauchage. Les Faucheurs ont surpris, dérangé par leurs actions à visage découvert. Mais leur pratique a été comprise par une large frange des opposants.

Et c’est bien une étonnante alchimie entre des associations environnementales, de défense des consommateurs, des syndicats agricoles ou apicoles, et des collectifs de toute nature qui a permis d’obtenir en 2008 un moratoire sur la culture du seul OGM transgénique autorisé, le maïs MON810.
Mais un OGM peut en cacher d’autres. La France continue d’importer des sojas transgéniques pour nourrir son bétail, malgré des actions dans les ports, dans les supermarchés, et malgré des demandes incessantes pour un étiquetage complet des OGM. Et plus récemment, l’arrivée sournoise des nouveaux OGM relance la mobilisation.
Au-delà des actions coup de poing, la mobilisation s’est faite aussi au quotidien, sur le terrain de l’information. Ne pas laisser passer les mensonges de l’industrie, questionner les promesses, démonter les arguties fallacieuses. Le mouvement d’opposition aux OGM est une formidable école d’éducation populaire, alimentée entre autres, depuis 17 ans, par Inf’OGM, avec notre information critique et indépendante.
Tout n’est pas dit, tout n’est pas écrit. Ce dossier propose d’éclairer une histoire complexe qui a mobilisé des milliers de personnes. D’autres éclairages pourront compléter ce travail de mémoire…

En 1996, quand les premiers cargos de soja transgéniques débarquent en Europe, les promoteurs de ces plantes génétiquement modifiées (PGM) ne se doutaient pas que la contestation allait immédiatement s’implanter… Voici un résumé partiel des deux décennies de lutte qui ont freiné l’expansion des OGM en France.

Le Luddisme (destruction de machines à tisser par les canuts lyonnais), mouvement large, complexe et multiforme, a combiné l’action directe de sabotage ciblé et des tactiques d’action plus « réformistes » (pétitions, etc.). Le mouvement des Faucheurs volontaires et ses actions à visage découvert, en plus de sa filiation avec la non-violence active Gandhienne, peut aussi être relié à l’héritage de ce Luddisme. Démonstration.

Des faucheurs qui veulent absolument passer au Tribunal, voire aller en prison ; qui se dénoncent volontairement à la police ; des faucheurs non incriminés qui font tout pour comparaître… : on n’avait pas vu ça depuis Gandhi et sa lutte non violente pour libérer l’Inde. Fils de Ludd et de Gandhi [1], les faucheurs ont su aussi s’entourer d’avocats « de choc », pour qui le droit s’écrit aussi dans les prétoires, sur des thèmes comme le principe de précaution, les comparants volontaires, l’état de nécessité, les empreintes génétiques... Voici les témoignages, recueillis par Inf’OGM, de quatre des avocats des faucheurs ces vingt dernières années.

En matière d’OGM, la mobilisation des citoyens a précédé celle des élus. Se faisant l’écho des craintes ou revendications exprimées par la société civile, certains élus ont cependant utilisé les moyens à leur disposition pour mettre en avant le sujet des OGM ; mais leur action était elle-même contrainte par le fait que la majorité des décisions relatives aux OGM se prennent au niveau de l’Union européenne.

Ingénieur agronome, Patrick de Kochko est aujourd’hui coordonnateur du réseau semences paysannes (RSP), après avoir été chercheur et paysan. Dans cet article, il retrace pour nous son parcours de citoyen de plus en plus engagé, car de plus en plus révolté.

À l’instar du débat entre les "citoyennistes" et les radicaux, chez les Faucheurs, à la fin des années 90 (voir [2], on retrouve en Suisse deux visions différentes de l’opposition aux OGM.