Des nouveaux OGM au menu

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« Édition de gène », NBT pour « New Breeding Techniques », Crispr/Cas9 ou mutagénèse dirigée… mais que sont ces nouvelles techniques ?
Ces nouvelles techniques de sélection - traduction littérale de NBT - sont en réalité des outils de laboratoire pour modifier génétiquement des plantes, des animaux ou des embryons humains. Il s’agit d’intervenir de façon non naturelle, en laboratoire, sur l’ADN de ces organismes vivants pour leur conférer de nouvelles propriétés. En cela, elles répondent notamment à la définition européenne d’un OGM. 
Certes l’industrie, on le verra au cours de ce dossier, espère passer sous silence le caractère « OGM » des produits modifiés avec l’une ou l’autre de ces nombreuses techniques de peur de devoir en évaluer les risques et les étiqueter. Les défenseurs de ces modifications génétiques parlent pourtant de « précisions », de « rapidité »… Quelle maîtrise en avons-nous vraiment ? Qu’en pensent les agriculteurs biologiques ?
Et à qui profitent ces innovations ? Ces techniques ouvrent en effet la boîte de Pandore des brevets sur le vivant et permettent de privatiser d’importantes ressources génétiques.
Enfin, ces techniques, extrêmement puissantes, se répandent sur la planète à une vitesse fulgurante, rendant la discussion éthique problématique, faute de temps.

En 1996, les premiers cargos étasuniens arrivent en Europe remplis de soja transgénique. Associations environnementalistes, syndicats agricoles et une foule de citoyens anonymes se mobilisent et exigent que ces plantes modifiées génétiquement (PGM) soient évaluées et étiquetées. En 2016, les entreprises espèrent commercialiser rapidement de nouveaux OGM... tout en espérant échapper à la législation actuelle sur les OGM, jugée trop contraignante.

Pour comprendre les implications du développement des nouveaux OGM pour le monde agricole, Inf’OGM a interviewé un représentant de l’agriculture biologique : Daniel Evain, agriculteur bio dans l’Essonne. Cette filière exclut les OGM transgéniques de ses cahiers des charges. Elle est donc exposée à des risques importants si ces nouveaux OGM ne font pas l’objet d’un étiquetage par exemple.

Les législations - internationale et européenne - définissent un OGM comme étant un organisme dont le génome a été modifié de façon non naturelle. Aussi clair ce cadre soit-il, des rumeurs ont circulé sur la volonté de la Commission européenne d’exclure de la législation OGM certaines des nouvelles techniques.

Si les plantes issues des nouvelles techniques de modification génétique ne sont pas soumises à la législation sur les OGM, elles ne seront pas évaluées. Pourtant ces modifications génétiques ne sont pas aussi « précises » qu’annoncées par leurs promoteurs.

Depuis quelques décennies, l’industrie semencière protège juridiquement les variétés qu’elle met au point. Les nouvelles techniques de modification génétique, confisquent, via les brevets, de plus en plus de ressources génétiques. Au point que l’arsenal réglementaire actuel est questionné, non plus seulement par les paysans, mais aussi par certains sélectionneurs qui eux, visent à mieux se partager le gâteau.

Si Inf’OGM croise différents regards sur le dossier des OGM, nous constatons néanmoins dans ces débats une prépondérance du « scientifique » qui court-circuite la réflexion éthique. Analyse.

Nous sommes encore bien ignorants face aux impacts potentiels (techniques, juridiques, éthiques, sociaux et culturels) de ces « nouveaux OGM ». Il serait donc très prétentieux de se dédouaner de l’application du principe de précaution.

Les « nouvelles » techniques, à l’instar de la transgenèse, visent à modifier le génome d’organismes vivants. Elles ont toutes en commun d’être mises en œuvre en laboratoire sur des cellules dont on aura « cassé » la paroi pour y faire rentrer du matériel biologique (ADN, protéines…). Autre point commun de toutes ces techniques : elles ne sont pas d’une précision absolue et peuvent avoir des effets sur d’autres portions de l’ADN, donc sur la plante entière.