Inf'OGM Santé & environnement

Suite au procès des "arracheurs" des expérimentations du riz transgénique du CIRAD, un dialogue entre la recherche publique et la Confédération Paysanne, appuyée par la société civile, s’est instauré. Le CIRAD a demandé aux Académiciens des sciences de témoigner en faveur de leur recherche. Ainsi, dans un communiqué, signé par 37 d’entre eux (sur 140), dont 5 Prix Nobel, ils affirment qu’il faudra passer par des "ruptures techniques" pour que l’agriculture moderne réponde aux problèmes posés par l’augmentation des populations ou le recul des terres arables, et que les OGM sont l’un des moyens le plus efficace pour les résoudre. Ils concluent donc en condamnant "fermement le saccage de parcelles expérimentales". Précisons qu’aucun d’entre eux n’est spécialiste en biologie moléculaire. Jacques Testart, directeur de recherche à l’INSERM, a pris, dans ce procès le parti des inculpés. Dans un article paru dans Libération du 7 décembre 2001, "Les OGM, un vandalisme libéral", il précise que ces essais sont une "violence faite aux comportements scientifiques usuels" et "une violence faite à la démocratie", toutes deux ayant une origine commune : "la compétition entre industriels pour s’assurer de nouveaux marchés, au prix de perturbations de l’environnement, de bouleversements des modes de production et de risques pour la santé humaine".

Cet article répondait à Ewald et Lecourt, qui dans un article du Monde du 4 septembre 2001, "OGM et nouveaux vandales", soulignaient que les destructions "touchent au fondement même de notre République". Pour eux, "la science est pure, sans finalité, et n’a de compte à rendre qu’à elle- même". Or, pour Testart, "la dissémination prématurée des OGM n’est qu’un maillon du déchaînement technologique qui s’appuie sur une certaine conception du monde et des rapports humains, au mépris du développement durable. Refuser cette conception, c’est refuser le vandalisme libéral". La question alors posée est bien celle de la finalité de la science, de son impact social. Suite à la publication de cet article, Jacques Testart a été rapidement pris à parti. En effet, le cabinet de communication M. & M. Conseil, dans un courrier électronique du 7 décembre adressé à certains chercheurs du public, mais aussi aux semenciers privés, exhorte ces derniers à réagir : "les professionnels des semences et de la protection des plantes, à travers leurs organisations représentatives, [...], souhaitent vous alerter sur l’article de Jacques Testart. [...] Cet article est une véritable insulte aux travaux scientifiques menés sur les OGM et un plaidoyer en faveur des actes de destruction commis par les opposants. Cette démarche nous semble d’autant plus critiquable qu’elle émane d’un des membres du "comité des sages" (cf. page 2) organisateur du débat gouvernemental sur les OGM, dont le devoir de réserve n’est, en l’espèce, absolument pas respecté".

Rappelons que 98% des essais sont à vocation agronomique et non pas destinés à tester les risques.

Deux chercheurs, Daniel Skinner (Université de l’Etat de Washington) et Paul St. Amand (Université de l’Etat du Kansas), ont travaillé sur les distances d’isolation pour les cultures de luzerne (Medicago sativa) transgénique, plante qui a besoin des insectes pour la pollinisation [1]. Ils ont ainsi planté de la luzerne porteuse d’un marqueur moléculaire rare mais naturel, ce qui leur a permis de suivre le pollen. Pour eux, la distance minimale doit être, au minimum, de 1500 mètres. Cependant, ils ont remarqué que certains pollinisateurs parcouraient des distances plus grandes ; mais ces mouvements n’ont pu être détectés de façon précise, faute de pièges placés sur de telles distances.

Suite à une étude de 6 ans, le centre de recherche du Saskatoon (Canada) estime que la pollution génétique, liée au soja ou au colza, est telle qu’il est désormais très difficile de cultiver ces plantes de façon conventionnelle ou biologique. Il demande donc de mettre en place des zones clairement séparées. Cette idée est partagée par plusieurs scientifiques, dont Jeremy Sweet du National Institute of Agricultural Botany à Cambridge. Il précise que cette démarche est déjà utilisée pour préserver les variétés d’élite des betteraves à sucre et des pommes de terre d’une éventuelle contamination. Actuellement, au Canada, les distances entre des cultures de colza conventionnel et transgénique sont de 175m pour la production de semences et de 100m pour la production alimentaire ou d’huile.

CropGen, site web fondé par l’industrie des biotechnologies, se donne comme mission de valoriser les bénéfices des OGM, car, "ces données sont trop souvent absentes du débat public". Dans son dernier rapport, CropGen précise que plus de 100 publications britanniques montrent que les OGM autorisés sont 100% sains, autant que les autres produits vendus dans les supermarchés. Plus encore, le rapport, évoquant la pomme transgénique qui pourrait prévenir des caries, estime que les OGM apportent des avantages en matière de santé publique. "Mais comment les OGM peuventils sérieusement et scientifiquement être considérés comme 100% sains tant qu’un mammifère ne les a pas consommés sur le long terme (3- 6 mois) avec des bilans métaboliques précis et corrects ? Si tel était le cas, pourquoi l’Afssa réfléchirait- elle aux tests possibles sur animaux ? Ce 100% sain n’est que le rêve théorique industriel pour des plantes à pesticide mal testées", a réagi le Pr. Séralini, du CRII- GEN.

Le 20 novembre, l’Office fédéral de l’environnement (OFEFP) a refusé à un chercheur de l’Ecole polytechnique de Zurich (EPFZ) l’autorisation de tester en plein champ un blé transgénique. L’EPFZ a annoncé son intention de déposer un recours administratif et cinq membres de la Commission consultative d’experts pour la sécurité biologique - qui avait donné un avis favorable à cet essai - ont démissionné. Il s’agit du troisième refus de l’OFEFP sur trois demandes en trois ans d’essais d’OGM en plein air. Excepté deux essais effectués au début des années 1990, la Suisse, où Syngenta possède son siège, a jusqu’à présent interdit toute plantation d’OGM en plein air, y compris à des fins expérimentales. Les chercheurs sont contraints de réorienter leurs travaux ou d’expérimenter à l’étranger. C’est le cas de scientifiques de la Station fédérale de recherche agronomique de Changins qui collaborent avec la société semencière française Germicopa, à Quimper. Ainsi, des pommes de terre transgéniques issues de la recherche publique suisse ont été testées dans le Finistère.

Une étude espagnole de trois ans a permis de démontrer que le rendement d’une variété de maïs transgénique (COMPA CB - Novartis 176) n’était pas supérieur à celui d’une variété conventionelle, alors qu’elle coûte plus cher (6 euros de plus pour un paquet de 50 000 semences). Les stocks d’OGM étant de plus en plus difficiles à écouler, l’Institut de Recherche Agricole de la Navarre souhaite que cesse la production de maïs transgénique dans la région.