Inf'OGM Recherche & Environnement

La nouvelle directrice de l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA), Catherine Geslain-Lanéelle, également directrice régionale de l’Agriculture et de la Forêt d’Ile de France et ancienne directrice de la Direction Générale de l’Alimentation au Ministère français de l’Agriculture, a souligné sa volonté d’améliorer le délicat travail de communication sur les risques et de promouvoir “une forme de pédagogie” sur la sécurité alimentaire ; de renforcer l’organisation interne, la réactivité et la fiabilité de l’EFSA ; d’encourager le dialogue avec les gestionnaires de risques ; d’établir des réseaux efficaces avec les États membres ; de développer la crédibilité internationale de l’Agence ; et de renforcer les relations avec le Parlement. Elle a aussi insisté sur la nécessité de développer avec les agences nationales des méthodes harmonisées d’évaluation des risques pour réduire les divergences. Sur l’indépendance des 300 experts scientifiques qui travaillent quotidiennement pour l’Agence, la directrice déclare : “Ce n’est pas parce qu’un expert a travaillé un jour avec un secteur industriel qu’il est définitivement impossible pour lui de travailler dans un de nos panels”. Sur la transparence des délibérations des experts, elle y voit un souci “légitime” des députés mais s’est dite “réservée”, soucieuse de préserver la sérénité des débats et d’éviter les pressions. A propos de l’afflux potentiel d’OGM sur le marché européen, elle a indiqué que le rôle de l’Agence consiste à évaluer les risques des dossiers qui lui sont soumis. Ce qui n’a pas empêché l’Agence, a-t-elle souligné, de se saisir d’elle-même de la question des allergies liées aux OGM.

L’équipe du Pr. Lum, de l’Institut du Génome de Singapour, a mis en évidence la présence de nombreux virus d’origine végétale dans les intestins humains [1]. Selon les chercheurs, ce résultat laisse supposer une possibilité de cycle de transmission virale des végétaux à l’homme et réciproquement, certains de ces virus survivant à leur passage dans le système gastro-entérique de l’homme. Interrogé par Inf’OGM, le Pr. Lum nous a confirmé ne pas encore savoir si les virus présents se répliquent ou non. D’après lui, ces virus ne devraient pas se multiplier et donc endommager les cellules humaines. Par contre, le Pr. Lum précise qu’après dissémination hors du corps humain, les virus étaient toujours infectieux pour les plantes. Des expériences sont prévues pour préciser ces points. En cas de réponses positives sur une interaction avec les cellules humaines, ce résultat pourrait avoir des impacts sur les considérations d’innocuité sanitaire de plantes transgéniques modifiées pour résister au virus comme les pruniers résistants à la Sharka (cf. dossier Les tribulations de pruniers transgéniques en Roumanie ).

Dans un article publié dans la revue “Journal of Biomedecine and Biotechnology” [2], l’équipe du Pr. Steinbrecher de l’organisation EcoNexus, affirme, suite à un travail bibliographique, que l’insertion d’un transgène dans le génome d’une plante est rarement un acte précis. Les scientifiques ont observé que suite à cette insertion, effectuée par transformation de la plante à l’aide de l’ADN transgénique, des mutations du génome sont très souvent observées. Ces mutations sont soit des délétions (disparition d’un bout d’ADN), soit des réarrangements de l’ADN de la plante (modifications de la place des gènes), soit des introductions d’ADN superflu. Les chercheurs ont établi que la nature de la mutation dépend de la technique de transformation utilisée. Ainsi, en utilisant la bactérie Agrobacterium tumefaciens pour introduire le transgène, les mutations sont des réarrangements tandis qu’avec le bombardement par particules, les mutations sont plutôt des délétions. La fréquence de ces mutations suite à une transformation vont de la centaine à plusieurs milliers par génome. Selon les chercheurs, la fréquence et l’importance de ces mutations. Rappelons que la biosécurité des PGM repose sur le dogme de la stabilité du génome.

Une équipe internationale de scientifiques de l’Université d’Essex (Royaume-Uni), l’Institut International de Gestion de l’Eau (Sri Lanka), l’Université de Kasetsart (Thaïlande), le Centre International d’Amélioration du Maïs et du Blé (Mexique) et l’Académie chinoise des Sciences vient de publier les résultats [3] d’une analyse de projets d’agriculture durable. Portant sur 286 projets qui sont conduits dans 57 pays depuis la première moitié des années 90, les techniques utilisées étaient entre autres : gestion contrôlée de l’utilisation de pesticides (herbicides et insecticides) visant à limiter leur utilisation, gestion contrôlée des intrants en limitant l’érosion pour favoriser l’utilisation des éléments azotés déjà présents dans la ferme, un labourage minimum ou pas de labourage, l’incorporation des arbres environnants dans la gestion du milieu, des pratiques d’aquaculture comme la présence de poissons dans les rizières pour augmenter le taux de protéines, l’intégration d’animaux dans les fermes et une gestion raisonnée de l’irrigation. La surface agricole impliquée est de 37 millions d’hectares et concerne 12,6 millions d’agriculteurs. Selon les auteurs de l’étude, ces pratiques agricoles ont eu pour conséquence d’augmenter la productivité d’environ 79% et de gérer plus efficacement les ressources en eau pour l’agriculture pluviale. 77% des projets ont observé une diminution de 71% de l’utilisation de pesticides (herbicides et insecticides) alors même que les rendements augmentaient de 42%. Aucun projet n’utilisait de PGM.

Le 5 février 2006, les participants du comité états-unien des Entreprises de Biotechnologie, ont, pour la première fois, parlé d’une seule voix pour demander la commercialisation du blé transgénique [4]. Cette réunion rassemblait l’Association Nationale des Cultivateurs de Blé (NAWG), l’organisation de développement de marchés qui représente le secteur du blé américain (USW) et le Comité pour l’Education et le Commerce d’Exportation du Blé (WETEC). Auparavant, l’USW se montrait réfractaire à la commercialisation d’un tel blé du fait des faibles opportunités d’exportation. V. Peterson, de l’USW, a affirmé que cet organisme travaillerait désormais à réduire la résistance à l’adoption du blé transgénique dans le monde en décourageant les acheteurs à maintenir une politique de tolérance zéro sur la présence accidentelle de blé transgénique dans les cargaisons de blé non transgénique. L’USW exposera aux acheteurs le fait que s’ils n’adoptent pas une politique raisonnable, toute livraison sera stoppée de la part des Etats-Unis. L’arrivée du blé transgénique résistant au fusarium (champignon) de Syngenta dans les canaux d’autorisations semble avoir provoqué ce changement d’attitude. Par le passé, seul le blé transgénique de Monsanto, tolérant l’herbicide Roundup, était proche de la commercialisation. Or, les entreprises alimentaires, sans intérêt direct dans cette technologie, le refusaient. Le blé de Syngenta les intéresse plus directement car au fusarium est liée la présence de toxines interdites dans l’alimentation. Selon V. Peterson, “il est beaucoup plus facile de vendre quelque chose que l’on peut présenter comme plus sain qu’avec le blé tolérant le Roundup”. L’Australie, l’Egypte, la Chine et l’Inde ont également des projets de blé transgénique en cours.

Un projet [5] est conduit sur le maïs par l’équipe du Dr. E. Stoger de l’Institut de Biotechnologie Moléculaire de l’Université d’Aachen en Allemagne, afin que cette plante soit riche en fer. A cette fin, les scientifiques ont inséré dans le génome du maïs deux gènes provenant du soja et du champignon Aspergillus niger dont le rôle est de faire capter par la plante le fer présent dans le sol. Des études sur les effets secondaires éventuels de cette modification seraient prévues dans le futur.

Le Conseil pour une Recherche Scientifique et Industrielle (CSIR) participe à un projet de 14,3 millions d’euro pour développer un sorgho transgénique [6] afin d’en enrichir la teneur en vitamines (A et E) et en fer, zinc et acides aminés essentiels. Les travaux sont coordonnés par l’ONG Africa Harvest Biotech Foundation International basée au Kenya, et financés, dans le cadre du Grand Challenges in Global Health Initiative, par la fondation Bill & Melinda Gates, le Wellcome Trust et l’Institut canadien de santé publique. Ces travaux ajoutent le sorgho à la liste des plantes africaines qui font l’objet de modification génétique et donc de brevets comme le gombo (cf. Inf’OGM n°71), la patate douce, le palmier à huile ou encore le coton.