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L’équipe du Pr. Smith de l’Institut National de Botanique Agricole (Cambridge, Royaume-Uni), vient de montrer que la modification génétique de pommes de terre a des conséquences sur l’expression d’autres molécules naturellement présentes chez ce végétal : les glycoalcaloïdes et sesquiterpènes (famille des terpènes, composés organiques). Les résultats publiés [1] montrent que ces deux molécules sont synthétisées à des taux différents selon que la pomme de terre soit transgénique ou non, et ce suite à une exposition à un stress extérieur (parasites, sécheresse, dommages mécaniques...). Ainsi, le taux de glycoalcaloïdes est plus faible chez les pommes de terre GM alors que celui de sesquiterpènes est plus élevé. Les auteurs estiment que cet effet est plus probablement dû à la position ou à l’activité du transgène qu’au processus technique d’insertion en tant que tel, qui est en soi un stress extérieur. Deux transgènes étaient utilisés : l’un codant pour une enzyme intervenant dans la synthèse de sucres à basses températures et l’autre codant pour une protéine conférant une résistance à des parasites.

Les résultats d’une étude de toxicologie effectuée par le Dr I.Ermakova, de l’Académie des Sciences de Russie, ont été rendus publics au cours d’un symposium organisé par l’Association Nationale Russe de Sécurité Génétique. L’expérimentation a consisté à nourrir deux lots de rats femelles, l’un avec du soja Roundup Ready (RR) et l’autre avec du soja conventionnel. L’alimentation a démarré deux semaines avant que les rats ne se reproduisent et a continué durant la gestation et l’allaitement. Les observations effectuées sont : 36% des bébés-rats de mères à alimentation transgénique sont de poids inférieur à 20 g contre 6% pour ceux issus de mère à alimentation conventionnelle ; après 3 semaines, 56% de mortalité chez les mères nourries avec les soja RR, contre 9% chez celles nourries au soja non GM. Des prélèvements d’organes ont été effectués sur les mères mais, faute de subventions, les analyses histologiques n’ont pû être réalisées. Ces résultats ont été également présentés au cours de la conférence annuelle de l’Académie états-unienne de Médecine Environnementale (AEME) : cette dernière a alors adressé une demande à l’Institut National pour la santé (NIH) afin que soit subventionné un suivi de ce travail.

Selon l’étude publiée dans le journal “European Food Research and Technology” en octobre 2005, le promoteur 35S peut être actif dans des cellules humaines[“The 35S CaMV plant virus promoter is active in human enterocyte-like cells”, Traavik et al., European Food Research and Technology, Octobre 2005, à paraître, ]]. Ce promoteur (séquence génétique servant à allumer ou éteindre l’expression d’un gène) est présent dans la plupart des PGM actuellement commercialisées. Spécifique au monde végétal, sa consommation par des humains et/ou des animaux ne devrait pas être suivie d’effets secondaires puisqu’il ne devrait pas s’exprimer dans des cellules animales. Or, le Pr. Traavik et son équipe de l’Institut d’Ecologie Génétique (Genok, Norvège), a montré que ce promoteur était capable d’initier l’expression de deux gènes marqueurs dans des cellules épithéliales Caco-2, cellules présentant de fortes homologies avec celles présentes dans la paroi intestinale. Cette étude confirme les propos du Pr. Steinbrecher, publiés en 2002, qui affirmait que ce promoteur actif dans des cellules végétales pouvait également l’être dans des cellules humaines et des levures [2]. Pour les auteurs, ces résultats devraient impliquer des études in vivo et des analyses sanitaires en conséquence.

Publié dans la revue “Journal of agricultural and food chemistry” [3], l’étude du Pr. Hogan et son équipe du Collège de Médecine de l’Université de Cincinnati (Etats-Unis) démontre que la protéine R-amylase inhibitor-1, exprimée dans un pois transgénique, possède une structure différente de la protéine naturelle présente chez les haricots. De tels pois transgéniques ont déjà fait l’objet d’analyses et d’essais en champs en Australie, la protéine transgénique devant leur conférer une résistance aux charançons des pois. Selon les scientifiques, la différence de structure observée est due au fait que les voies de synthèse des protéines sont différentes d’un organisme à l’autre. Par ailleurs, les auteurs montrent que la consommation de cette protéine transgénique par des souris, par le biais d’une bouillie de pois ou de haricots administrée durant quatre semaines, conduit à une réaction immunitaire qui n’a pas lieu lorsque la protéine consommée est la protéine naturelle. Ce type de réaction s’est même étendue à d’autres protéines naturellement présentes chez le pois qui interagissent avec la protéine transgénique. Suite à ces résultats, le 18 novembre 2005, ces pois transgéniques ont été détruits par l’organisation de recherche scientifique et industrielle du Commonwealth (CSIRO, Australie) qui les expérimentait.

Un rapport publié en novembre par des ONG indiennes, dont Greenpeace et le Centre pour une Agriculture Durable, fait état d’un flétrissement du coton (GM et non GM) [4]. L’étude, qui se base sur des observations conduites dans l’état du Madhya Pradesh, conclut à d’importantes pertes agricoles dues au flétrissement du coton Bt (Mech162, Mech184, Mech6301, RCH2) et non Bt. R. Semateck (Monsanto) en conclut que la cause n’est pas la modification génétique. Pourtant, le rapport indique que le flétrissement a d’abord concerné les variétés transgéniques puis s’est étendu aux variétés non transgéniques, posant implicitement la question d’une maladie développée par le coton Bt et transmise ensuite aux autres variétés. Les hypothèses d’une sensibilité des variétés transgéniques à un stress abiotique (non organique) ou à de mauvaises pratiques agricoles de la part des agriculteurs cultivant les variétés GM sont énoncées dans le rapport car le flétrissement s’est montré moins important sur les variétés non transgéniques.

Dans l’Etat du Tamil Nadu, au sud de l’Inde, neuf variétés de riz cultivées ont résisté aux inondations liés au Tsunami [5]. Toutes les autres variétés ont en revanche disparu. Des recherches sont en cours pour savoir comment ces variétés ont pu survivre en milieu salin. Ces variétés sont des variétés traditionnelles non transgéniques. Beaucoup de recherches et de promesses dans le domaine des PGM portent sur la tolérance à la salinité.

L’équipe du Pr. Kruse, de la faculté de Biologie de l’université de Bielefeld, en coopération avec l’institut de biosciences moléculaires de l’université de Brisbane (Australie), a modifié génétiquement une algue, Chlamydom-onas reinhardtii, pour qu’elle produise de l’hydrogène [6]. Les résultats indiquent que l’algue GM produit près de 13 fois plus d’hydrogène que sa version non modifiée. Les laboratoires espèrent obtenir une production d’hydrogène supérieure. En parallèle, des prototypes de bioréacteurs seront testés en 2006 en vue de la culture de telles algues, en milieu confiné.

En Chine, des scientifiques du Centre de Recherche d’Agrobiotechnologie de la Province du Shanxi, ont introduit des gènes de scorpion et de mite dans du colza pour lui assurer une meilleure résistance aux insectes [7], certaines chenilles présentant une tolérance à la protéine Bt utilisée classiquement. Des scientifiques de l’Université de Victoria, en Australie, ont modifié génétiquement des pommes de terre en insérant un gène de grenouille codant une protéine de la famille des dermaseptines, la protéine B1. Cette protéine apporte une résistance à certaines maladies provoquées par des bactéries ou champignons [8]. Dans les deux études, les articles ne font aucune mention d’étude de toxicologie ou d’impacts sur l’environnement.