Recherche & Environnement

Les premiers essais allemands en plein champ de 200 pieds de vignes transgéniques ont été prématurément interrompus. L’Institut pour la culture viticole Geilweilerhof (IRZ) à Siebeldingen testait depuis 1999 différentes espèces de vignes modifiées génétiquement pour acquérir une résistance contre des champignons (mildiou et moisissure grise) en Rhénanie-Palatinat et en Bavière. Or ces vignes GM se montrent aussi fragiles et sensibles aux champignons que les pieds traditionnels, d’où l’arrêt de l’expérimentation. Les responsables des cultures assurent qu’un transfert des gènes par le biais de la pollinisation n’est pas à craindre. En effet, bien que l’on ait retrouvé des embryons sauvages fécondés éloignés de 50 mètres des champs expérimentaux, les chercheurs affirment que cela n’affecterait pas le vin car le gène ne s’exprime que dans les pépins.

La Commission européenne a financé le projet ENTRANSFOOD, un réseau d’experts, composé de 65 partenaires de 13 pays européens, pour l’évaluation de la sécurité des cultures alimentaires transgéniques. Le projet a recommandé que soit envisagé, “sur la base de nos connaissances élargies en biologie moléculaire, en toxicologie et en nutrition, un peaufinage des méthodes d’essai qui rendrait l’évaluation de la sécurité des aliments encore plus efficace et éclairante et la mise au point de nouvelles méthodes visant à prédire l’allergénicité des composants alimentaires”. Par ailleurs, le consortium précise que, du fait des différences culturelles, notamment au niveau du choix des informations étiquetables, il sera difficile de parvenir à un accord international sur des normes d’étiquetage et de traçabilité des produits alimentaires issu d’une modification génétique. ENTRANSFOOD recommande également de maintenir au minimum le recours à l’ADN bactérien lors de la production de plantes transgéniques, de manière à réduire le risque de transfert de gènes à la population microbienne présente dans les intestins. Enfin, ENTRANSFOOD a recommandé la création d’une plate-forme d’évaluation et de discussion afin d’officialiser la participation du public dans le débat sur les OGM.

Des levures alimentaires transgéniques sont utilisées dans plusieurs pays comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon mais pas en France, pour produire des protéines comme la chymosine A, enzyme de la présure utilisée pour la coagulation du lait en fromagerie. Pour les levures de boulangerie, en remplaçant les promoteurs naturels des gènes des enzymes responsables de la fermentation du maltose (maltase et maltose-perméase) par des promoteurs constitutifs forts, provenant de la même souche, une sécrétion accrue de ces enzymes est obtenue. Ce fut le premier OGM employé en alimentation en Grande-Bretagne. De même, pour la fermentation effectuée en brasserie, on envisage l’obtention de souches transgéniques au métabolisme plus stable, à la fermentation plus rapide, avec une meilleure conversion du maltose et du maltotriose en éthanol, une résistance à l’éthanol, des profils aromatiques équilibrés et reproductibles... A ce jour, aucune bactérie lactique transgénique n’est autorisée dans les aliments en France. En revanche, quatre enzymes issues de bactéries génétiquement modifiées (arrêté du 1er février 1994) le sont pour l’hydrolyse de l’amidon, la production de bière ou d’alcool, la panification et la production de sirop de maltose, sans étiquetage.

Des chercheurs de l’Université d’Etat du Sud Dakota ont montré que, dans cet Etat, sur les neuf dernières années, les rendements des cultures de maïs Bt étaient inférieurs à ceux des cultures conventionnelles sur quatre années et meilleurs sur cinq années.

Les méthodes actuelles pour fabriquer des oligonucléotides - “briques” d’un brin d’ADN, encore appelées “bases” - standards reviennent cher. G. Church, de la Harvard Medical School et X. Gao, de l’Université de Houston ont utilisé des puces à ADN programmables pour synthétiser des oligonucléotides, les amplifier, les sélectionner par hybridation afin de réduire le taux d’erreur et enfin les assembler. Les chercheurs ont pu produire une molécule d’ADN de 14500 paires de bases de long, contenant les 21 gènes codant pour une protéine de la bactérie Escherichia coli. Ils estiment que la reconstitution de génomes, comme celui du virus de la variole (186 000 paires de base), serait faisable. À l’instar de E. Wimmer, de l’Université d’Etat de New York, qui avait reconstruit le virus de la polio, de nombreuses personnes redoutent que cette technique ne soit employée à des fins terroristes.

Des biochimistes américains ont constaté que la valeur nutritive des fruits et des légumes (43 variétés analysées) s’est appauvrie au cours des 50 dernières années. La teneur de six principaux nutriments (protéines, calcium, phosphore, fer, riboflavine et acide ascorbique - vitamine C), a diminué de façon significative de 1950 à 1999 et ce, pour chacune des variétés analysées : asperges, navets, carottes, pois, etc... L’ampleur des pertes varie de 6% pour les protéines, à 38% pour la riboflavine. Les chercheurs soulignent qu’au cours des 50 dernières années, la sélection ou la création des variétés de légumes et de fruits visait surtout l’amélioration du rendement ou de leur résistance, mais rarement celle de leur contenu nutritionnel. L’autre explication avancée est la dégradation des sols causée par des pratiques agricoles intensives (les racines ne pourraient plus puiser suffisamment d’éléments minéraux). Les modifications génétiques ne vont-elles pas augmenter cette sélection et les pratiques monoculturales ? (cf. brève sur l’Argentine, ci-dessous). Ces résultats avaient déjà été évoqués dans une publication précédente (1).

Charles Benbrook, dans son dernier rapport (1) prévient que la monoculture sur 14 millions d’hectares de soja Roundup Ready (RR) a affaibli considérablement le système agricole. Il remarque qu’avec l’expansion de ce soja RR, l’utilisation du glyphosate a aussi augmenté, ainsi qu’en parallèle, l’émergence de mauvaises herbes résistantes à cet herbicide. Il précise encore que plusieurs insectes sont apparus causant des dommages au soja dans quelques régions requérant l’application d’insecticides. Il suggère donc de tout mettre en œuvre pour réduire la dépendance au glyphosate et diversifier les systèmes de cultures. Au niveau socio-économique, la monoculture du soja RR a des conséquences : expropriation, déforestation et diminution des cultures vivrières sont les principaux fléaux que note Benbrook.