Inf'OGM Recherche & Environnement

Suite à une saisine du gouvernement, le 10 mars 2004, à propos de l’autorisation du riz transgénique de Bayer exprimant la protéine PAT (tolérance au Liberty), l’AFSSA a rendu un avis défavorable du fait de l’absence de plusieurs données, dont le site d’insertion du transgène et les conditions de réalisation du test de toxicité. L’AFSSA considère en effet que le pétitionnaire devrait conduire un test de toxicité complémentaire sur rats durant 90 jours, jugeant celui réalisé (qui portait sur des souris avec injection intraveineuse du transgène) comme non “acceptable dans le cadre d’une évaluation de sécurité alimentaire”.

La Commission du Génie Biomoléculaire (CGB) a rendu un avis, en février 2004, sur l’impact environnemental de la culture de colza transgénique tolérant à un herbicide, dans lequel elle conclut à l’absence de risque écologique direct (développement de plantes invasives) lié à la présence d’un gène de tolérance à un herbicide chez le colza (ou une espèce apparentée). Par contre, elle préconise d’engager une réflexion globale afin d’analyser de manière approfondie l’impact écologique de nouvelles pratiques de désherbage, basées sur l’utilisation d’herbicides totaux. Ces mesures permettraient d’encadrer les impacts déjà identifiés, à savoir une augmentation probable des repousses dans les rotations culturales, la reproduction “rare” d’hybrides interspécifiques fertiles due à la pression de sélection de l’herbicide et la modification de la flore et de la faune associée1. En 2003, diverses études2 avaient conclu que le colza et la betterave transgéniques avaient un impact négatif sur les oiseaux et les insectes ; que les repousses de colza transgénique persistaient durant 16 ans dans un même champ ; et que le pollen du colza transgénique pouvait être transporté jusqu’à 16 km.

Le Département de l’Agriculture américain a décidé de lever le voile - du moins en partie - sur le secret entourant les cultures de plantes génétiquement modifiées pour fabriquer des médicaments, une technique désignée sous le nom de “biopharming”. A l’heure actuelle, les essais réalisés en champs ne font l’objet, pour le grand public, que d’une information limitée ; le produit testé, la surface cultivée et sa localisation exacte, classés confidentiels, ne sont pas divulgués. Désormais, les citoyens seront invités à s’exprimer avant qu’un permis pour un essai de grande ampleur comportant des risques ne soit accordé. Les plus petits essais pourront quant à eux se passer de cette phase. Après la chute drastique en 2002-2003 qui avait suivi l’affaire ProdiGene (un maïs modifié pour produire un vaccin vétérinaire s’était retrouvé mélangé à du soja de consommation courante - cf. Inf’OGM n°36), l’industrie pharmaceutique a sollicité, au cours des 12 derniers mois, 13 permis de culture et la recherche publique trois autres.

Une étude publiée dans le journal Proceedings of National Academy of Sciences, du Pr. Tabashnik de l’Université d’Arizona, démontre la dissémination de transgène Bt d’une culture de maïs transgénique à une culture voisine non transgénique. La particularité de cette étude est qu’elle s’est concentrée sur les zones refuge, semées de plantes non transgéniques, qui ont pour but de limiter l’apparition de résistance chez les insectes cibles. Ayant démontré la contamination de ces zones par le transgène, le Pr Tabashnik considère que “cela va accroître la capacité des insectes à développer des résistances [... et qu’] il est temps de redéfinir les règles de cultures des plantes transgéniques”.

L. Xiaofeng, de l’Université du Henan, deuxième état chinois producteur de coton Bt, a confirmé les résultats d’une étude publiée en 2002 par Greenpeace montrant que le coton Bt avait engendré l’apparition d’une résistance du ver du coton, cible de l’insecticide. Le scientifique a ajouté que ce coton s’avérait incapable de lutter contre un autre parasite, l’insecte Lygus. Un rapport publié par l’Institut des Sciences Environnementales de Nanjing sous contrôle du Ministère de la Protection de l’Environnement, précise que ce coton a également des impacts sur d’autres parasites naturels du ver du coton. Les scientifiques ont observé que la diversité d’espèces d’insectes est plus faible dans les champs de coton Bt que dans des champs de coton conventionnel. En conséquence, de nouveaux parasites ont remplacé le ver du coton, parasites contre lesquels la plante transgénique n’est pas capable de se défendre. Enfin, l’étude estime que 8 ans suffiraient au ver du coton pour s’adapter à la plante transgénique. Les cultures de coton Bt représentent, en Chine, 35% des cultures de coton, sur quelques 1,5 millions d’hectares.

Pioneer, associé à deux start-up Verdia et Maxigen, a créé un maïs transgénique tolérant des doses de glyphosate six fois supérieures à celles utilisées en temps normaux. Ce maïs, en cours d’expérimentation en champs aux Etats-Unis, a été obtenu en effectuant des mutations aléatoires sur des bactéries pour rechercher une souche qui tolérerait l’herbicide. Le gène muté, une fois identifié, s’est avéré différent de celui utilisé et breveté par Monsanto, permettant donc à Pioneer d’investir le marché de la tolérance au glyphosate, chasse gardée de Monsanto jusqu’à aujourd’hui.

Quarante millions de roupies (environ 762 000 euros) viennent d’être attribuées par le gouvernement indien à l’Université Jamia Hamdard pour développer des OGM : graines oléagineuses, herbes médicinales et légumes. Cette université a déjà à sa disposition de la chicorée transgénique ayant une "peau" plus solide.

Les acides gras “Oméga 3 et 6” sont très intéressants d’un point de vue nutritionnel. Naturellement présents chez les espèces sauvages de poisson comme le thon ou le saumon, aujourd’hui en voie de disparition, ces acides gras sont présents en quantité très inférieure parmi les espèces d’élevage. D’où l’idée d’obtenir, par génie génétique, une transformation d’acides gras alpha en acides gras Oméga 3 et 6. C’est ce que vient de réaliser l’équipe du Pr. Green (Université de Bath, Royaume-Uni), financée par BASF, une entreprise allemande. La modification génétique a eu lieu sur Arabidopsis thaliana, avec l’ajout d’un gène d’algue marine codant pour une protéine, l’élongase, et de deux autres gènes issus d’une algue d’eau douce et d’un champignon. Ces protéines permettent de transformer des protéines naturellement produites par la plante en acides gras souhaités. La prochaine étape consiste à modifier de la même façon du colza ou du lin, plantes de culture à grande échelle. Aucune étude n’a été fournie quant aux impacts de la présence de ces protéines dans la plante ainsi que sur la toxicologie des acides gras produits1. Liz O’Neill, de la Société Végétarienne anglaise, considère que ces travaux n’ont probablement pas leur place au vu des nombreuses craintes soulevées par les OGM et parce que “si vous vous nourrissez avec une alimentation équilibrée, vous disposez déjà de la quantité souhaitée de ces acides gras”2.