Inf'OGM Recherche & Environnement

Le mandat de la Commission du Génie Biomoléculaire (CGB) s’est terminé le 28 juin. Son président et son vice-président sortants, Marc Fellous et Antoine Messéan, ont présenté, lors d’une conférence de presse, le 26 juin 2007, le rapport d’activité 2006/2007. La CGB a donné son avis en 2006 sur 17 dossiers d’essais en champ (et 15 en 2007) et six dossiers de commercialisation. Aucune objection, mais sur certains dossiers, la CGB a demandé des compléments d’informations. Mais surtout, la CGB a été saisie deux fois en 2007 par l’un de ses ministères de tutelle, le ministère de l’Agriculture, pour donner son avis sur l’étude de Greenpeace sur le maïs Mon810 (cf. Inf’OGM n°86) et sur l’étude du Pr. Séralini sur le Mon863 qui, après avoir analysé plus finement que Monsanto les résultats statistiques de toxicologie sur les rats, concluait que ce maïs était toxique. Concernant l’étude de Greenpeace, la CGB répond que le protocole d’analyse suivie par l’association aurait dû être mieux renseigné et qu’aucune nouvelle information ne ressort de l’étude : il n’y a donc pas lieu de reconsidérer l’autorisation du Mon810. La CGB met cependant en avant la nécessité d’harmoniser les protocoles d’analyses des PGM aux champs. Pour l’étude du Pr. Séralini, la CGB estime intéressante la démarche entreprise mais que la méthodologie employée n’était pas suffisamment complète. Un autre modèle, plus complet et fourni par le Pr. Monod (Inra), a permis à la CGB de confirmer son avis quant à l’innocuité du Mon863. Interrogée pour savoir si une telle analyse n’aurait pas dû être demandée dès la première analyse du dossier, la CGB répond qu’elle avait déjà souligné ce problème statistique et avait obtenu des réponses satisfaisantes. En ce qui concerne le deuxième semestre 2007, les dates de prises de fonction de la nouvelle commission, sa composition et son statut ne sont pas encore connus. Cependant, nous savons d’ores et déjà que l’actuelle CGB soumettra à ses successeurs trois revendications : le besoin de protocoles d’analyses aux champs harmonisés, la pertinence de requérir un nouveau modèle d’analyses statistiques et surtout, à l’adresse de ses ministères de tutelle, plus de moyens financiers et humains.

Le Fonds national Suisse de la Recherche Scientifique (NFP) va financer, pour 8 millions d’euro, un programme appelé PNR59 (ou NFP59) comportant 27 projets de recherche sur quatre ans. Ces projets aborderont les questions liées à la diffusion des PGM, par le biais d’expériences mais aussi d’études économiques, juridiques et éthiques. Trois essais en champ de blé GM seront mis en place si les autorisations en attente sont délivrées [1]. Mais l’absence, dans les projets sélectionnés, de celui du Pr. Angelika Hilbeck de l’Ecole Polytechnique de Zurich, a déclenché une polémique. Cette scientifique se proposait d’évaluer si une protéine transgénique était toujours active après être passée par les voies digestives de moutons ou cochons et, via le fumier, dans le sol. Elle souhaitait aussi évaluer son évolution dans le sol. Plusieurs scientifiques ont adressé une lettre de protestation au NFP, indiquant que les justifications de son refus étaient très vagues voire fausses. A noter que l’équipe du Pr. Hilbeck cherche depuis longtemps à répondre à diverses questions peu renseignées comme la destinée des transgènes dans le sol, leur transfert d’une plante à une autre... Et leurs résultats avaient été utilisés, parmi d’autres, par l’Allemagne pour justifier la suspension de mise en culture du maïs Mon810 [2] (cf. Inf’OGM n°86, ALLEMAGNE - Suspension de la vente des semences de MON810).

L’agence de protection de l’environnement (EPA) permet aux agriculteurs de l’est des Etats-Unis cultivant le coton Bt 15985 (Bollgard II) de Monsanto, de cultiver au titre de zones refuges des plantes autres que du coton [3]. Ces zones refuges ont pour rôle d’empêcher le développement chez les insectes d’une résistance aux protéines Bt synthétisées par les PGM. Aux Etats-Unis comme en Europe, ces zones devaient être cultivées avec la même espèce mais non GM. L’EPA a donc donné raison à Monsanto qui demandait que cette règle soit modifiée, des données scientifiques indiquant qu’un “nombre suffisant” d’insectes nuisibles sont présents dans les cultures non cotonnières et les autres plantes. Le coton Bollgard II produit deux protéines transgéniques Bt différentes : Cry2Ab2 et Cry1Ac, ciblant les lépidoptères. Ce coton est en cours d’autorisation en Europe pour la transformation alimentaire.

L’équipe du Pr. Marvier de l’Université de Santa Clara a étudié l’impact des cultures Bt sur les insectes non ciblés par l’insecticide Bt [4], à partir de 42 études de terrain publiées dans des revues scientifiques. Les chercheurs ont comparé la biodiversité des insectes non cibles entre des cultures Bt et non Bt (maïs et coton), ces dernières étant soit traitées par des insecticides chimiques, soit non traitées. Trois cas ont été analysés : les cotons Cry1Ac ciblant les lépidoptères, les maïs Cry1Ab (Mon810, Bt176...) ciblant les lépidoptères également et les maïs Cry3Bb ciblant les coléoptères (Mon863...). Deux résultats ont été mis en évidence : les cultures transgéniques induisent une plus grande diversité d’insectes non cibles sur les champs que des cultures non transgéniques traitées avec des insecticides chimiques ; les cultures transgéniques ont une biodiversité moindre que les cultures non GM non traitées. Ce résultat paraît assez logique : en présence d’un insecticide (pulvérisé ou produit par la plante GM), il y a plus de mortalité d’insectes non cibles que lorsqu’il n’y a aucun produit insecticide. Insecticide et PGM sont donc nocifs pour la biodiversité, mais les insecticides un peu plus. Et encore, pas toujours : le maïs Bt Mon810 entraîne autant de baisse de biodiversité qu’une parcelle de maïs non GM traitée, phénomène non expliqué par les chercheurs. Les données analysées n’ont pas permis de déterminer si les insectes présents dans les cultures GM étaient résistants au Bt. Alors, les PGM bénéfiques pour l’environnement ? Disons que l’étude révèle qu’ils sont moins nocifs que certains traitements insecticides. Or, l’article précise qu’aux Etats Unis, seulement 23% des parcelles de maïs reçoivent des insecticides. Pour le coton, où 71% des surfaces sont traitées, l’impact des cotons GM à court terme est donc positif, si l’on ne tient pas compte des traitements insecticides utilisés sur les cultures de coton GM pour se débarrasser des autres insectes. Au final, dans le cas du maïs GM le plus cultivé au monde, le maïs Mon810, la biodiversité des insectes non cibles est plus faible que dans le cas de cultures non GM sans insecticides. Mais surtout, l’article montre que les cultures GM ont des impacts sur les insectes non ciblés par la protéine Bt, phénomène pourtant peu étudié dans le cadre des dossiers de demande d’autorisation.

L’Inspection sanitaire des plantes et des animaux du ministère de l’Agriculture (APHIS) a accordé à l’entreprise Ventria une autorisation pour cultiver sur 100 hectares du riz GM produisant des protéines humaines (présentes dans le sein maternel, la salive et les larmes) en vue de créer un médicament diminuant la durée et l’amplitude de la diarrhée [5]. Selon l’APHIS, cette demande fut l’objet de 20 034 commentaires du public, 29 s’exprimant en faveur et 20 005 s’y opposant, ceux-ci provenant surtout d’organisations comme le Centre pour une Science dans l’Intérêt du Public et le Centre pour la Sécurité Alimentaire. La Fédération états-unienne du riz s’est également opposée à cette autorisation craignant que ce riz médicamenteux se retrouve dans la filière alimentaire, risque inexistant selon l’APHIS. Les Etats-Unis connaissent actuellement des problèmes d’exportation suite à la contamination des stocks en 2006 par quatre riz transgéniques différents (cf. INTERNATIONAL - On ne rigole plus avec le riz).

Monsanto s’est engagée dans un partenariat avec l’entreprise Chromatin, pour utiliser une nouvelle méthode d’insertion de transgènes mise au point par cette dernière [6]. La technologie utilisée est appelée “Entassement de Gènes”. Son principe est de créer des chromosomes artificiels permettant d’insérer jusqu’à douze transgènes dans une plante, en une seule fois. Selon le contrat signé, Monsanto a le droit de tester cette technique durant trois ans, sur du maïs, coton, soja et colza. Les aspects financiers n’ont pas été rendus publics. De son côté, Chromatin conserve le droit de vendre cette technologie à d’autres entreprises. La technologie d’Entassement de Gènes a été développée par Daphne Preuss, de l’Université de Chicago et actuellement président et directeur scientifique de Chromatin.