Inf'OGM Questions éthiques - Clonage

La société Advanced Cell Technology a annoncé avoir réalisé "les premiers embryons humains produits en utilisant la technique de la transplantation nucléaire, également appelée clonage", en vue de produire des cellules souches à visée thérapeutique. Ce clonage a nécessité plusieurs mois de tentatives et plus de 70 essais et l’embryon ne s’est développé que jusqu’à six cellules avant de mourir. Le professeur JeanFrançois Mattei précise que ce clonage, qui n’apporte "rien de nouveau au plan technique" depuis le clonage de la brebis Dolly, a nécessité le prélèvement d’un "très grand nombre" d’ovules chez des femmes ayant subi un traitement de stimulation ovarienne. Il estime, avec les Verts et le Vatican, qu’il existe d’autres voies pour produire des cellules souches, comme le prélèvement sur des tissus adultes. Le président George W. Bush a rappelé qu’il était opposé "à 100%" à toute forme de clonage humain, et qu’il souhaitait qu’un texte soit voté par la Chambre des représentants pour interdire ces recherches, ainsi que par le Sénat. Cette annonce a été publiée, dans le journal en ligne "e- biomed, The Journal of Regenerative Medicine", de façon "prématurée".
Deux des membres du Comité éditorial de la revue, Peschanski et Gearhart, ont démissionné, affirmant cependant n’être pas opposés au clonage thérapeutique. Cette nouvelle montre comment s’articulent connaissance scientifique et intérêt économique, et comment les chercheurs risquent de se rendre otages, voire complices, d’une entreprise plus marchande que scientifique. Ce que le professeur Matteï résume ainsi : "bien que ACT ne soit pas coté en Bourse, l’entreprise recherche des "profits par anticipation".

Suite à l’annonce d’ACT, le ministre tchèque de la Santé, Bohumil Fischer, a précisé qu’un protocole interdisant la création des êtres humains par la voie du clonage était entré en vigueur en République Tchèque le 1 er octobre dernier.

Le ministre de la Justice a annoncé l’entrée en vigueur d’une loi interdisant le clonage humain à des fins de reproduction, sous peine de dix ans d’emprisonnement et d’une amende. Si elle n’interdit pas le clonage d’embryon à des fins thérapeutiques comme le pratique la société américaine ACT, elle en bannit l’implantation dans l’utérus. Cette loi comble un vide juridique créé par une décision de la Haute Cour britannique, dont l’arrêt rendu le 15 novembre précisait qu’un organisme cloné ne pouvait être considéré comme un embryon et ne bénéficiait donc pas de la protection juridique de la loi sur la fertilisation artificielle adoptée en 1990.

Le Parlement européen a renoncé à donner un avis sur les techniques génétiques et le clonage, en rejetant (316 voix contre 37 et 47 abstentions) l’ensemble du rapport d’une commission temporaire sur la génétique humaine. Ce rapport, très controversé, avait d’ailleurs été adopté de justesse par la commission temporaire. Il recommandait "d’exclure" le clonage thérapeutique et la création d’embryons pour la recherche et souhaitait que toute matière vivante soit considérée comme non brevetable.