Climat

Le système agro-alimentaire industriel, basé sur des monocultures, des élevages hors-sol, l’utilisation d’intrants chimiques, et désormais de plus en plus souvent sur des plantes génétiquement modifiées (PGM), est fortement émetteur de gaz à effet de serre. Les deux principales sources d’émissions d’origine agricole y sont directement liées : la production des engrais azotés et la perte de matière organique des sols (humus) qui stocke le carbone. La solution « OGM » reste une solution de surface, qui ne rompt pas avec le paradigme à l’œuvre dans l’agriculture industrielle.

Mais ce ne sont pas quelques (trans)gènes « plus performants » dans des plantes modélisées sur les ordinateurs et cultivées de façon artificielle dans des stations expérimentales qui permettront à l’agriculture de faire face aux aléas climatiques. Les paysans ont besoin de plantes entières, avec leurs dizaines de milliers de gènes, sélectionnées dans leurs champs, année après année, et donc adaptées à leurs conditions, à leurs besoins, à leurs marchés particuliers… Or les brevets déposés sur les « OGM Climat » (ou « Climate Ready ») interdiront justement aux paysans de ressemer une partie de leur récolte et d’échanger leurs semences.

Et étant données les sommes colossales qui ont été investies dans la privatisation des ressources génétiques et la fabrication de plantes transgéniques « Climate Ready », les entreprises semencières ont besoin de leur trouver un débouché. Elles misent aussi, pour cela, sur le marché du carbone agricole.

Les entreprises de biotechnologies tentent de « verdir » leurs innovations en prêtant aux PGM certaines qualités environnementales... qu’elles n’ont pas !

- 1. Les PGM permettent de réduire les pulvérisations de pesticides : FAUX !

Les données disponibles montrent que si les pulvérisations diminuent dans un premier temps, rapidement, la courbe s’inverse. Pourquoi ?
Dans les champs de PGM qui tolèrent un ou plusieurs herbicides (ex. le soja Roundup Ready), on observe au bout de quelques années l’apparition de plantes indésirables (adventices ou plantes férales) devenues résistantes à l’herbicide utilisé. Pour les plantes Bt, qui produisent un ou plusieurs insecticides, même schéma : les insectes cibles s’adaptent… ou des parasites autrefois mineurs prennent la place laissée vacante. Ceci relance alors le cycle des pulvérisations.

- 2. Les plantes modifiées pour mieux valoriser l’azote du sol ont un impact positif sur le climat : FAUX !

Ces PGM (technologie Nitrogen Use Efficiency) sont des variétés hybrides F1, pas encore commercialisées mais sélectionnées pour être cultivées selon les principes de l’agriculture industrielle. Donc la meilleure absorption des engrais azotés qu’elles permettraient ne compensera pas les émissions de gaz à effet de serre inhérentes à leur production. Il s’agit d’une fausse promesse… plus proche du greenwashing que d’une volonté de remettre en cause un système profondément polluant.

- 3. Le labour des terres, qui libère du carbone dans l’atmosphère, n’est plus nécessaire avec la culture de PGM rendues tolérantes aux herbicides, le contrôle des « mauvaises herbes » se faisant à la place par pulvérisation : FAUX !

En Argentine, par exemple, le non labour pratiqué avec le soja Roundup Ready n’a pas permis de stocker du carbone : premièrement cette culture a remplacé des prairies naturelles ou des forêts (dans ce cas, il y a perte de stockage de carbone) ; deuxièmement, elle s’est accompagnée d’une utilisation massive d’herbicides qui a permis de supprimer les rotations de culture. Ces pratiques ont eu un effet dramatique sur la biodiversité et le taux de matière organique vivante stockée dans les sols. La fertilité globale s’est réduite : il a fallu la compenser par plus d’intrants chimiques. Troisièmement, l’absence de travail du sol n’est pas toujours le meilleur moyen de stocker plus de carbone. Une étude Inra / Arvalis « montre que le stockage de carbone a été similaire pour trois modes du travail du sol - labour annuel, travail superficiel et semis direct - au bout de 41 ans ».

Au final, les PGM s’inscrivent dans la même logique que l’agriculture chimique : une agriculture productrice de gaz à effet de serre.