Inf'OGM Economie et Consommation

Archer Danields Midland (ADM) collecteur et exportateur de maïs et de soja, est, avec Cargill, l’une des plus importantes sociétés agro-alimentaires des Etats-Unis. Le 1er septembre, ADM a demandé à ses fournisseurs en blé et en soja de séparer les produits génétiquement modifiés du reste des récoltes. A deux semaines du début de la récolte de maïs dans la corn belt, c’est la consternation. En effet, dans le centre de l’Illinois, plus de la moitié de la production locale de maïs et de soja est génétiquement modifiée. Dans un communiqué, ADM a expliqué vouloir « répondre à la demande » des consommateurs, de peur qu’ils ne trouvent « des sources alternatives pour obtenir ces ingrédients », bien qu’ADM soit « favorable aux progrès scientifiques en matière de biotechnologie ». L’ACGA, American Corn Growers Association, qui a récemment encouragé ses adhérents à se tourner vers des productions exemptes d’OGM, a salué positivement cette décision, et souhaite que les collecteurs payent les récoltes non modifiées au prix fort.

Le groupe agro-alimentaire Eridania Béghin-Say (EBS) lance aussi une filière non OGM pour ses clients européens. Suite aux demandes des industriels de l’agro-alimentaire et des distributeurs, Cerestar, filiale amidon du groupe franco-italien, a décidé d’utiliser du maïs non transgénique pour les produits destinés à l’Europe. Cereol, la filiale européenne de transformation des oléagineux d’EBS, a, quant à elle, participé à la création de la première filière de soja non OGM "tracée". En effet, le fabricant morbihannais d’aliments pour animaux Glon-Sanders et le groupe de volaille fraîche Bourgoin sont demandeurs d’une filière garantie sans OGM. Pour cette année, ce sont 50 000 tonnes de soja français non OGM qui seront produits par 2000 producteurs (et l’on prévoit déjà 100 000 tonnes pour l’année prochaine). Enfin, au début du mois d’août, les Fermiers de Loué (Sarthe) ont décidé de construire leur propre usine d’aliments pour en maîtriser la composition.

Honda Trading va investir 600 millions de yens dans la construction d’une usine dans l’Ohio (USA) pour pouvoir avoir ses propres semences de soja non modifiées. La capacité annuelle devrait être de 20 000 tonnes. Cette année, Honda a négocié 118 contrats avec des fermiers américains qui se sont engagés à fournir 15 000 tonnes de graines de soja non modifiées. En effet, vu les changements législatifs (voir ci-contre) au Japon, c’est un énorme marché qui s’ouvre pour cette firme.

Paradoxalement, Novartis n’utilisera plus de composants OGM dans la fabrication des aliments pour bébés vendus sous la marque GERBER. Gerber annonce qu’il va utiliser principalement du maïs issu de l’agriculture biologique pour ses céréales, et recherche actuellement des sources d’approvisionnement en soja "bio". De même, le 30 juillet, HJ Heinz a décidé de garantir l’absence d’OGM dans tous ses aliments pour bébés. De son côté, Rewe, second distributeur allemand, s’est engagé à ne plus vendre sous sa propre marque de produits contenant des OGM.
Au Japon, les brasseries Kirin Co et Sapporo ont déclaré qu’elles cesseront d’utiliser du maïs OGM à partir de 2001 sans augmenter leur prix de vente bien que le passage vers du non transgénique augmentera le prix des ingrédients. Les deux autres brasseries japonaises, Asahi et Suntory, pensent suivre. Dernièrement, le plus grand producteur de protéine de soja, Fuji Oil a annoncé qu’il n’utilisera plus de soja GM à partir d’avril 2000.

Le Centre Français du Riz a décidé le 9 juin de jouer la carte de la qualité, vu les difficultés de la riziculture camarguaise, en abandonnant ses projets de riz transgénique. Lors de la Fête du Riz, les associations (Greenpeace, Nature & Progrès, Attac, la Confédération Paysanne, Mas de granier, le Collectif Internet Ogm Danger, l’association OGM Dangers) ont publiquement félicité les riziculteurs de l’abandon du riz transgénique. Le CIRAD, de son côté, suite aux destructions de ses serres, a annoncé que “certaines lignées de riz transgénique pourront être à nouveau semées”(CIRAD Info n°96, juillet août 1999, page 3).

Une enquête réalisée par le Département d’Economie Rurale de Ecole polytechnique fédérale de Zurich, aidé de l’Université de Los Banos aux Philippines, pour comprendre les raisons du refus des OGM par les Philippins, révèle que l’opposition des ONG se renforce avec des propositions pour un programme alternatif de lutte intégrée. A cause de cette opposition, l’Institut International de Recherche sur le Riz, basé aux Philippines, devra délocaliser les essais en champs. En Asie, des programmes sur les riz transgéniques sont aussi conduits en Chine, Thaïlande et Indonésie.

Après consultation des professionnels et des consommateurs, le Ministère de l’Agriculture japonais préconise, contre l’avis des transformateurs, le recours à l’étiquetage obligatoire de certaines catégories de produits alimentaires, selon des modalités qui devraient entrer en vigueur au printemps prochain, avec un an de période transitoire. Les catégories d’aliments visées sont les produits agricoles destinés à la consommation domestique et les trois premiers ingrédients incorporés à plus de 5% du poids total des produits transformés. L’étiquetage doit mentionner l’utilisation d’OGM quand leur usage modifie la composition nutritionnelle. Quand la composition n‘est pas modifiée et que subsistent de l’ADN et/ou des protéines, l’étiquetage devra mentionner selon les circonstances : usage, non classifiable, non usage (optionnel). Enfin, quand la composition n’est pas modifiée, et que ne subsiste plus d’ADN et/ou de protéines, l’étiquetage ne sera pas obligatoire et la mention “ non usage ” optionnelle. De fait, l’étiquetage va devenir obligatoire pour à peine une trentaine de denrées alimentaires, a précisé à Inf’ogm l’Ambassade de France au Japon.

Le Conseil des Normes Alimentaires d’Australie et de Nouvelle Zélande a adopté le 3 août une réglementation pour rendre l’étiquetage obligatoire. Cependant la fédération australienne des agriculteurs voit dans cette mesure une entrave au commerce. Des amendements doivent encore être mis au point sur les questions du seuil pour aboutir à une réglementation définitive en octobre. L’Afrique du Sud s’est aussi prononcée en faveur de l’étiquetage.

Dan Glickman, ministre de l’agriculture américain, a réaffirmé sa demande d’ouverture du marché européen aux OGM. Cependant, s’il n’exclut pas des mesures de rétorsion, notamment douanières, il a demandé aux groupes agro-industriels américains de procéder volontairement à l’étiquetage. Il a en outre reconnu qu’il fallait réaliser des études d’impacts à long terme sur l’environnement et la santé. D’ailleurs, le Washington Post (15/8/99) nous apprend que les Américains remettent en cause la base de la politique sur les OGM qui consiste à dire qu’un OGM ne nécessite pas d’étude particulière puisqu’il est “substantiellement équivalent” à un organisme traditionnel. Le New York Time rappelle que la Food and Drug Administration ne réclame qu’une déclaration formelle des producteurs d’OGM assurant que leurs produits sont sains. De plus, cet article rappelle que l’opposition aux OGM se développe aux Etats-Unis (allant jusqu’à des destructions de champs) et que plus de 90% des Américains sont favorables à un étiquetage explicite. Enfin, dans son journal Consumer Report, l’association Consumer Union demande clairement l’étiquetage.

Le groupe Aventis, né de la fusion de Rhône-Poulenc et de Hoechst, prévoit de supprimer 1400 emplois en Europe, soit environ 20% des effectifs européens des activités agro-chimiques de ces deux firmes. Citons pour mémoire les licenciements survenus récemment dans les autres firmes : Novartis, 1100 ; DuPont, 800 (soit 14,5% de sa filière) ; Monsanto, 2500. A l’instar de DuPont, AstraZeneca ou American Home, Novartis est en butte à de sérieuses difficultés dans le secteur de l’agro-chimie. Le titre Novartis a chuté de 18% depuis le début de l’année. Ainsi Novartis a décidé de lancer un programme de rachats d’actions pour 4 milliards de francs suisses. La firme suisse envisage même de se désengager de la biotechnologie végétale.
Par ailleurs, dans un rapport envoyé aux 7000 plus grands investisseurs institutionnels dans le monde, la Deutsche Bank, la plus grosse banque européenne, conseille d’éviter le secteur des biotechnologies. On peut lire, dans ce rapport1 que “Monsanto a dépensé plus de 1,5 milliard de dollars pour persuader les consommateurs anglais du bien fondé de sa position, mais hélas, sans résultat”. Concrètement, lors des six derniers mois, les actions de Monsanto ont chuté de 11% et celles de Delta Pine and Land Co, la firme détentrice du brevet du gène terminator, de 18%. Ce rapport est un coup dur pour le Parti Travailliste britannique qui a investi ses fonds de pension dans deux grandes firmes de ce secteur : AstraZeneca et Novartis.
l