Inf'OGM Consommation & Economie

L’étude de la Banque mondiale sur le coton [1] se veut une évaluation de l’impact économique qu’aurait l’adoption massive du coton transgénique Bt. Les auteurs expliquent que son adoption ne pourrait être que bénéfique, économiquement parlant, pour les pays en voie de développement et que ces bénéfices seraient supérieurs à ceux tirés de la fin des subventions à l’agriculture et des tarifs douaniers à l’importation pratiqués par les pays développés. Les auteurs ont posé comme postulat de base que l’adoption du coton Bt augmenterait de 5% par an. Par ailleurs, parmi leurs sources, on trouve l’étude de Qaim et Zimmerman, étude contestée car basée uniquement sur des données fournies par Monsanto et issues d’essais en champs (cf. Inf’OGM n°40). Enfin, ils reconnaissent n’avoir pas intégré les impacts environnementaux et sanitaires, ni les conséquences des brevets (qui peuvent induire des fluctuations dans les prix).

A l’heure où de nouveaux cotons sont autorisés en Inde (cf. page 2), la Commission sur les restrictions aux règles de Commerce et Monopoles (MRTPC) a enjoint Monsanto à fixer un prix “raisonnable” pour la redevance liée au brevet dans le prix des semences de coton GM[ [2]. Durant la procédure de la MRTPC, Monsanto l’a déjà réduit de 48 euro à 34,6 euro/kg, ce qui abaisse le prix d’achat d’un kilo de semences de coton GM entre 61,5 et 69,2 euro/kg, selon le lieu et la demande. La MRTPC a motivé sa décision en comparant les montants des redevances pratiqués en Chine, Etats-Unis, Brésil et Australie. Monsanto-Mahyco a décidé de saisir la Cour suprême.

L’entreprise Xiwang Sugar Holding a déclaré avoir acheté 50 000 tonnes de maïs GM aux Etats-Unis et cela dix jours après que le gouvernement ait autorisé l’importation d’une cargaison de 100 t de maïs GM par Shenzen Hualian Grains and Oils Trading Co [3]. Elle attend l’autorisation officielle et en fonction, commandera une deuxième cargaison avant septembre. Pour les deux entreprises, l’intérêt de ces achats ne porte pas sur les prix mais constitue un test pour appréhender la permissivité de la législation chinoise à ces produits.

D’une part, l’étude de la Conférence des Nations unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) intitulée “Tendances du marché à la concentration : le cas de l’agro-industrie” [4] et rendue publique en avril 2006, explique que le secteur agricole a connu récemment un phénomène de consolidation avec l’émergence de quelques entreprises qui contrôlent la filière et dominent les secteurs de l’agrochimie, des semences et des biotechnologies agricoles. Et du fait des brevets, la CNUCED estime que cette concentration donne un pouvoir sans précédent aux entreprises vis-à-vis des agriculteurs. Elle précise que le brevetage d’innovation agricole a supplanté les pratiques agricoles traditionnelles et les droits des agriculteurs comme celui de pouvoir conserver ses semences.
D’autre part2, Monsanto détient 40% du marché mondial des semences GM de maïs et de soja et 90%, si on considère les semences commercialisées avec des caractéristiques génétiques Monsanto. Face à cette domination, Limagrain a transvasé son pôle semences à sa filiale Vilmorin, cotée en bourse, augmentant ainsi ses moyens financiers pour se développer. De même, DuPont a augmenté le budget de sa division “agriculture et nutrition” de 31% entre 2002 et 2006, pour atteindre 465 millions d’euro en 2006, dont la majorité est investie en semences. Selon J.M. Duhamel, PDG de Monsanto France, “Monsanto investit 10% de son chiffre d’affaires en R&D, soit un budget de 600 à 700 millions d’euro, dont 80% dans les semences et les biotechnologies”. Enfin Syngenta a créé un fonds de capital-risque de 80 millions de dollars qui investira dans des start-up.

Parallèlement au rapport de Greenpeace sur les exportations de papayes GM d’Hawaï (cf. Inf’OGM n°75), une autre étude [5] montre que les semences non GM de papaye de l’Université d’Hawaï sont contaminées. Hawaii Seed (anciennement GMO Free Hawaii) a acheté trois lots de semences dont l’un s’est révélé transgénique après analyse. En 2004, Hawaii Seed avait déjà informé l’Université de l’existence de contamination, ce que l’Université avait nié. Selon Hawaii Seed, l’Université continue à vendre des semences GM non identifiées comme telles. Le Dr H. Valenzuela de l’Université d’Hawaï s’est déclaré “soucieux du fait que les variétés traditionnelles de papayes continuent à être l’objet de telles contaminations. Cela prouve à quel point il est difficile de contenir la pollution génétique [...]. Il est surprenant que l’Université ait été prévenue depuis si longtemps et n’ait toujours rien fait".