Inf'OGM Consommation & Economie

Selon le Comité d’évaluation et de suivi (MEC) mis en place par l’Organisation de la Société Civile (CSO), Monsanto a utilisé de fausses publicités et des pratiques non éthiques pour vendre le coton Bt aux agriculteurs dans cinq états dont le Punjab, Tamil Nadu ou encore le Karnataka [1]. Parmi les pratiques de publicité mensongère, celle mettant en avant un agriculteur annonçant un rendement de huit quintaux par ha de culture alors qu’il en a obtenu deux, des utilisations d’image abusive, des aides gouvernementales pour diffuser les publicités dans des journaux régionaux, des distributions gratuites d’herbicides avec l’achat de semences de coton Bt.

La diminution des réserves en énergie fossile et l’envolée du prix du pétrole sont une occasion de relancer l’acceptabilité des PGM, a expliqué F. Berschauer, de Bayer, lors d’une réunion de l’association des journalistes économiques le 3 octobre 2005 [2]. Les plantes pouvant être utilisées comme carburants sont le colza, le maïs et certains arbres (cf. dossier Inf’OGM n°70 à paraître).

Repérée en 2000, 2001 et 2003 dans le Missouri, l’Arkansas et le Delaware, l’herbe ”amarante réfléchie” a acquis une tolérance au Roundup. Elle a été découverte dans des cultures de coton Roundup Ready. Des analyses ont confirmé cette tolérance mais aucune étude ne s’est intéressée à l’origine de son acquisition. Selon L. Steckel, de l’Université du Tennessee, “ces champs ont été cultivés avec du coton Roundup Ready au moins depuis la fin des années 90 et traités avec du Roundup, dans des doses et conditions conformes”. Selon T. Mueller, de l’Université du Tennessee, “ces amarantes réfléchies qui ne sont pas détruites par le Roundup vont poser d’énormes pertes de rendements [...] aux producteurs de soja, coton ou autres cultures [3]. Dans le Missouri, c’est une “amarante rudis” tolérante au Roundup qui a été découverte dans des champs de soja transgénique depuis 1996, où seul le Roundup fut utilisé comme herbicide. Si la tolérance s’avère héréditaire, elle rejoindra les ambroisies, ivraies vivaces et autres Hippuris déjà cataloguées comme tolérant le Roundup [4].

Une conférence internationale organisée à Bologne (Italie) par l’association “Consumers International” et la région Emilia-Romagna s’est conclue sur l’impossibilité effective de la coexistence entre filière GM et non GM [5]. Ainsi, selon I. Chapela, de l’Université de Berkeley, “la coexistence a peut-être un sens politiquement ou commercialement parlant, mais biologiquement, elle est impossible” (cf. Inf’OGM n°67). Pour A. Hilbeck, de l’Institut fédéral polytechnique de Zurich (Suisse) et coordinatrice de projet en géobotanique, le point crucial est de s’assurer que les semences utilisées ne sont pas contaminées, citant le Canada où il est devenu quasi impossible de se procurer des semences de canola non transgéniques.

Les professeurs M. Altieri (Université de Berkeley) et W. Pengue (Université de Buenos Aires) ont analysé les conséquences environnementales et socio-économiques de la culture du soja GM [6], en majorité modifié pour tolérer l’herbicide Roundup. L’extension des cultures de soja s’est faite au détriment des surfaces agricoles vivrières mais également des surfaces forestières. Elle a concentré la possession des terres et des revenus sur quelques personnes seulement, les petits agriculteurs ne pouvant s’adapter à ce marché. De plus, dans des conditions climatiques sèches, les rendements du soja transgénique furent moins élevés que ceux du soja conventionnel. Une érosion du sol, sa dégradation et la perte en nutriments du sol sont également dus à la monoculture du soja. Sur les surfaces de soja GM, le nombre d’application d’herbicides a été croissant, d’où l’apparition de tolérance chez les herbes adventices.

Selon l’étude “Le marché mondial des OGM, implications pour les filières alimentaires européennes”, réalisée par deux anglais, Graham Brookes et Neville Craddock, le prix du soja non GM devrait augmenter de 10 à 25% par rapport aux prix du soja GM, dans les 12 prochains mois [7]. Les auteurs s’appuient sur deux faits : l’augmentation de la demande, due à la politique non-OGM de fabricants de produits dérivés d’animaux (lait, viandes, oeuf...) ou d’huile à base de soja ; et la réduction de l’offre, le Brésil étant de moins en moins à même de fournir le monde en soja non transgénique. L’étude n’a cependant pas pris en compte l’intérêt à terme des producteurs brésiliens à se tourner vers un marché non-GM plus lucratif.