Inf'OGM n°131, novembre / décembre 2014

Inf'OGM le journal est un bimestriel de 32 pages qui vous informe sur l'actualité des OGM et des semences de façon critique et contextualisée.

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La réglementation européenne en matière d’étiquetage des OGM, à part pour les produits issus d’animaux nourris aux OGM, permet de savoir ce que l’on cuisine et donc ce que l’on mange à la maison. En revanche, l’opacité est grande dès que l’on pousse la porte des restaurants ou des cantines. Et pour cause : rien n’oblige ces établissements à préciser si des OGM sont au menu. Pour une plus grande transparence, parents d’élèves et élus peuvent agir concrètement pour mettre en place une cantine « sans OGM ». Au-delà du seul aspect OGM, ce thème des cantines et de la qualité des repas servis permet de réunir enfants, parents, élus, personnel de restauration et producteurs locaux autour d’une réflexion importante : celle de notre alimentation et de son mode de production. Voici les quelques grandes étapes pour mettre en place une cantine sans OGM. 

La mondialisation, c’est de prime abord un fait : l’accélération des échanges commerciaux autour de la Planète. Mais c’est aussi et surtout une organisation politique qui a rendu ce fait possible. L’idée sous-jacente est que le marché a besoin d’une harmonisation des réglementations et d’un encadrement de ces dernières pour qu’elles ne cachent pas des entraves au commerce. C’est cette idéologie qui s’est concrétisée avec la création de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) et du Codex alimentarius. Inf’OGM a déjà rendu compte de l’internationalisation des procédures d’évaluation des OGM et des actions, dans ces instances, en faveur d’une sychronisation des autorisations. Or, ces deux outils n’ont pas su « empêcher » l’établissement de normes sociales ou environnementales telles celles de l’Union européenne (UE), obtenues du fait d’une action de plaidoyer des acteurs de la société civile. Ainsi, l’UE s’est engagée dans une négociation bilatérale avec le Canada et les États-Unis, dont le but est, une fois de plus, de fluidifier le commerce entre ces continents. En parallèle, certains États et de nombreuses entreprises organisent « l’Alliance internationale pour une agriculture intelligente face au climat », qui, au nom de la lutte contre le dérèglement climatique, tente de légitimer et de diffuser une vision financière et technologique de l’agriculture. Le niveau international est une arène importante où se joue, loin des regards des citoyens, le devenir des OGM et de tous ses avatars.

Certaines techniques de biotechnologie utilisent des protéines capables de couper l’ADN comme des ciseaux : nucléases à doigt de zinc, méganucléases ou encore TALENs [1]. Cette famille de protéines vient d’accueillir un nouvel arrivant, au nom barbare de Crispr/Cas9. L’objectif est le même : couper le génome à un endroit pour y induire une mutation ou y insérer un gène. La différence entre ces techniques se situe au niveau de l’outil utilisé : une protéine, plusieurs protéines, une protéine en complexe avec un ARN... Chacun de ces outils a un niveau différent de précision pour couper le génome et une « facilité » d’utilisation différente.

La filière semence française a doublé la valeur de ses exportations entre 2000 et 2011 (de 500 millions à plus d’un milliard d’euros), et a fait 800 millions d’euros d’excédent commercial en 2013 [2]. On entend pourtant ses responsables se plaindre d’un ralentissement de la recherche en amélioration variétale en France, notamment à cause des combats contre les OGM ou autres plantes mutées [3] : «  On a tué la recherche en France, on l’a tuée en Europe » s’insurgeait ainsi Christian Jacob, député UMP, en février dernier [4]. Qu’en est-il réellement ? Et la qualité des semences, notamment dans sa diversité génétique, est-elle au rendez-vous ?

Les éditions Quæ, fondées par quatre instituts de recherche publique, ont publié un livre rédigé en collaboration avec une association partisane, militante de la cause « OGM », l’Association française des biotechnologies végétales (AFBV). Les éditions Quæ précisent que « grâce à des collections comme Clés pour comprendre la communauté des chercheurs livre (...) des informations (...) scientifiquement irréprochables ». Étant donné la controverse sur ce sujet, il eut été pertinent de proposer à d’autres scientifiques, exprimant des avis divergents, de participer à son élaboration. En l’état, les éditions Quæ se font le porte-parole d’une vision étroite du débat sur les OGM et de la sélection variétale dont le but serait de produire des lignées pures ou des hybrides. Au-delà, ce livre passe sous silence un certain nombre d’inconvénients de l’agriculture industrielle. La question des adventices résistantes aux herbicides du fait de l’utilisation massive des PGM de type Roundup Ready est évacuée en une ligne. Et les auteurs affirment même que les objectifs des PGM « ne sont pas discordants avec ceux de l’agriculture biologique ». Ainsi, expliquent-ils, les variétés tolérantes aux herbicides (VrTH) permettent le semis sous couvert et le non-labour, ce qui est « cohérent » avec la bio. Or, nul besoin de VrTH pour pratiquer une telle agriculture, au contraire l’utilisation d’herbicides totaux a plutôt un impact négatif sur la faune du sol. De même, comme on lit que les maïs trangéniques tolérant la sécheresse « produisent [de] 6 à 15% de plus » que les variétés conventionnelles, nous invitons les auteurs à relire les propos du ministère étasunien : ces variétés « n’excèdent pas les variations naturelles observées avec des variétés conventionnelles de maïs adaptées régionalement » [5]. Ce livre égrène, du début à la fin, de nombreuses inexactitudes.

Fin octobre, à plusieurs reprises, les citoyens et militants européens ont dénoncé un système alimentaire et agricole qu’ils considèrent comme « en faillite ».