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Un test de toxicologie sert à rechercher des signes de toxicité d’un produit et non à établir l’innocuité de ce produit (ce qui serait impossible). Un produit alimentaire, comme une plante génétiquement modifiée, peut être consommée par des centaines de millions d’individus, humains et animaux. Il convient donc de se placer dans des situations faites pour maximiser les chances de déceler un pouvoir pathogène du produit étudié, quitte à faire ensuite des études complémentaires pour confirmer ou non l’effet détecté. En pratique, cette plante sera testée, selon des protocoles établis, notamment par l’OCDE, sur des groupes de 10 à 50 rats. Ainsi, il est logique de prendre des rats qui ont une certaine propension à faire des tumeurs pour voir s’ils en font plus avec le produit testé. Des critiques ont été faites à Gilles-Eric Séralini et collaborateurs quant au choix des rats utilisés dans son étude de toxicologie chronique et quant à la manière de les nourrir. Dans cet article, Inf’OGM apporte quelques réponses. La race de rats Sprague-Dawley : les mêmes que ceux de MonsantoLes rats Sprague-Dawley, utilisés dans l’étude citée, sont des rats dits « outbred », c’est-à-dire qu’il s’agit d’une race génétiquement non homogène. Ce caractère est explicitement voulu par l’immense majorité des toxicologues, en ce qu’il est censé permettre de détecter des sensibilités individuelles qui ne pourraient se manifester si l’on utilisait des « lignée pures », c’est-à-dire génétiquement homogènes (comme dans le cas des jumeaux vrais). Ces choix peuvent se discuter, mais c’est ainsi que sont faits les tests de toxicologie. Ces rats « outbred » sont dans l’immense majorité des cas de race Wistar ou Sprague-Dawley. Une autre condition permettant d’optimiser l’expérience est d’avoir une stabilité et une homogénéité de la taille et du poids des rats à un âge donné, pour diminuer les variations (la variance) des résultats, ce qui est le cas des Sprague-Dawley. Le nombre de rats utilisés : le même que pour MonsantoLes protocoles OCDE des analyses de toxicologie à court terme (protocoles 408 et 413) recommandent l’utilisation de groupes de vingt rats (dix rats / sexe) [3]. Le protocole 453, pour les analyses combinées de toxicologie et carcinogénèse, recommande lui des groupes de cent rats (cinquante rats / sexe). S’il s’était agi d’une étude de carcinogenèse, le protocole suivi par le Pr. Séralini et coll. serait donc inférieur aux recommandations de l’OCDE. Mais cette étude est au départ une étude de toxicologie, l’apparition de tumeurs précoces étant une découverte au cours de l’expérimentation. D’où le choix de vingt rats (dix rats / sexe), qui respectait le protocole OCDE. Par ailleurs, l’étude a été faite sur un budget limité (3,2 millions d’euros) pour ce type d’expérience, dans un contexte de pression importante conduisant à un travail en quasi clandestinité. Même si le nombre de rats est inférieur à ce qui est préconisé pour la carcinogenèse, face aux résultats, il est difficile de conclure qu’il ne se passe rien. La conclusion à tirer de cela rejoint donc celle des scientifiques eux-mêmes : le besoin que ce type d’analyses à long terme soit refaite, par une équipe indépendante, commandée par le gouvernement et avec le budget adéquat. Le régime alimentaire : mieux que Monsanto !Le Pr. Séralini a nourri à satiété les rats utilisés dans son expérience. Selon un article publié par Hubert et al. en 2000, cette satiété n’est pas un handicap pour ce type d’étude même si une diminution de 25% du régime alimentaire permet d’augmenter la survie des rats [4]. Mais encore une fois, dans le cadre d’analyses de toxicologie, il est nécessaire de se mettre dans des conditions où les possibles pathologies liées à un produit apparaissent. L’outil statistique : différent de celui de MonsantoEn toxicologie, l’outil statistique est celui qui permet de connaître la probabilité que ce qui est observé est vrai ou faux. Selon Marc Lavielle, statisticien et membre du Haut Comité sur les Biotechnologies (HCB), « le protocole et les outils statistiques utilisés souffrent de graves lacunes et faiblesses méthodologiques qui remettent totalement en question les conclusions avancées par les auteurs » [5]. Une telle critique, pour autant que sa validité soit confirmée, rappelle celle formulée à l’égard du dossier de demande d’autorisation du maïs MON810 par le HCB fin 2009 [6]. Elle concerne en réalité tous les dossiers de plantes aujourd’hui autorisées et les dossiers en cours. Le HCB a d’ailleurs pris l’habitude, dans plusieurs dossiers de demande d’autorisation, de rappeler, par exemple pour le maïs MIR162, que « le CS du HCB note que le pétitionnaire conclut à l’équivalence du maïs MIR162 et de son comparateur non transgénique sans avoir mis en œuvre les tests d’équivalence et études de puissance appropriés [7]. Ces informations seront exigées à l’avenir, conformément aux nouvelles lignes directrices sur l’analyse statistique de l’AESA (EFSA, 2010) » [8]. Un tel avis et sa référence à la position de l’AESA montre que l’insuffisance de l’outil statistique est actée depuis plusieurs années désormais sans que cela n’ait débouché sur des avis négatifs des agences sur ces dossiers d’autorisation. Il est même très probable que le MIR162 soit très bientôt autorisé alors même qu’il n’a pas été réellement évalué...
[3] http://www.oecdbookshop.org/oecd/in..., taper le numéro de protocole recherché dans la barre de recherche. [4] Hubert et al. (2010), « The Effects of Diet, ad Libitum Feeding, and Moderate and Severe Dietary Restriction on Body Weight, Survival, Clinical Pathology Parameters, and Cause of Death in Control Sprague-Dawley Rats », Toxicological sciences, 58, p.195-207 [7] cf. la brochure Inf’OGM à sortir en octobre 2012 sur l’évaluation des plantes transgéniques. |
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