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  • >Bulletin >n°95 - Novembre / décembre 2008
    Huître triploïde : une « manipulation » bien cachée
    par Christophe Noisette, novembre 2008

    Régulièrement, les journaux français, comme dernièrement Marianne (n°43, 30 août 2008), évoquent une huître génétiquement modifiée, appelé huître « de Quatre saisons ». Est-elle le premier animal génétiquement modifié commercialisé en Europe ?


    Mise au point en 1997 par l’Institut public français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), et commercialisée en 2000, cette huître possède non pas 2n chromosomes (espèce diploïde, où chaque chromosome est apparié avec son homologue) mais 3n. Elle est donc dite triploïde. Interrogé par Inf’OGM, M. Leborgne, président du syndicat des ostréiculteurs, ne tarit pas d’éloges sur cette huître qui « pousse » plus vite, et dans des milieux non favorables aux huîtres classiques. Du coup, elle peut être vendue en été. Elle représente actuellement environ 30% des huîtres vendues en France, tendance qui, selon lui, va continuer à la hausse.

     Deux méthodes de modification

    La première méthode consiste à produire des gamètes à 2n chromosomes (au lieu de n pour un gamète normal), via un choc chimique ou physique (notamment thermique). La fécondation de ces gamètes avec avec un gamète classique à n chromosomes (haploïde) donne une huître triploïde à 3n chromosomes.
    La deuxième méthode, brevetée en 1996 aux Etats-Unis, et actuellement prédominante, consiste à féconder un ovule triploïde (3n chromosomes), résultant donc d’une première manipulation, avec un spermatozoïde haploïde (n). Les huîtres obtenues (4n) croisées avec des diploïdes, donnent naissance à des larves triploïdes, sans mortalité, de qualité uniforme et en théorie stériles.

     Une stérilité programmée

    La première conséquence est que ces huîtres sont stériles. Les ostréiculteurs qui élèvent des huîtres triploïdes ont donc perdu leur indépendance : ils sont dans l’obligation de passer par des écloseries pour renouveler leurs huîtres. Par contre, le consommateur semble y gagner, puisque, avec l’absence de gamètes, ces huîtres ne sont pas « en lait ». Seconde conséquence, leur stérilité implique qu’elles ne dépensent pas d’énergie pour la reproduction et poussent donc plus vite que les autres. Selon les données fournies par l’Ifremer, reprises dans l’avis de l’Afssa ,« chez les individus diploïdes, de fortes mortalités sont en général observées en période estivale (mai-juillet) dans les élevages (50-70%) alors que, dans les mêmes conditions d’élevage en milieu naturel, des huîtres triploïdes (croisement tétraploïdes / diploïdes) présentent une mortalité globale de l’ordre de 10% ».
    Cependant, ces avantages semblent, cette année du moins, relatifs. Ainsi, une personne proche des ostréiculteurs et qui souhaite garder l’anonymat, a déclaré à Inf’OGM que cet été, « de nombreux lots d’huîtres triploïdes sont entrés en reproduction, en lactance. Le phénomène était si important que l’information est remontée. Les professionnels ont des doutes ». Ce phénomène avait déjà été noté lors de l’été 2003, selon l’Inra. Il précise aussi que l’infection bactérienne de cet été a touché de façon similaire les huîtres diploïdes et triploïdes et que d’une manière générale, il n’a pas constaté une meilleure résistance chez les huîtres triploïdes. Autre point noir, l’Inra précise dans un avis de 2004 que si quelques huîtres tétraploïdes s’échappaient des écloseries, cela entraînerait « en une dizaine de générations, le basculement vers une population exclusivement tétraploïde ».

     Des risques évalués avec des données lacunaires

    En 2001, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a, dans un avis, répondu à la question de « l’équivalence des huîtres triploïdes par rapport à des organismes diploïdes ou “sauvages” ». Tout d’abord, elle rappelle que « près de la moitié des espèces végétales sont polyploïdes » mais que « la polyploïdie naturelle est plus rare chez les animaux ». Actuellement, seules les huîtres et les truites sont modifiées pour devenir triploïdes.
    Pour les risques potentiels de ce nouveau produit, l’Afssa regrette que les études de l’Ifremer ne soient pas publiées et conclut que « dans l’état actuel des données disponibles, [...] le caractère polyploïde des huîtres ne paraît pas constituer en lui-même un facteur de risque sanitaire au regard de l’existence de ce phénomène, à l’état naturel dans les règnes animal et végétal, et de son recul d’utilisation à des fins d’amélioration des espèces ; […] les huîtres triploïdes sont consommées depuis de nombreuses années, sans qu’aient été rapportés d’incidents particuliers liés à leur consommation. Cependant, aucune donnée disponible ne permet d’évaluer si l’incidence des toxi-infections alimentaires observées après consommation d’huîtres est différente entre des huîtres triploïdes et diploïdes ».
    L’Afssa reconnaît, dans son avis, qu’il y a peu de données bibliographiques « qui con-cernent les triploïdes issues d’un croisement tétraploïdes / diploïdes » et pas de données disponibles sur le pouvoir potentiel accumulateur des huîtres triploïdes comparé aux diploïdes en fonction des conditions de milieu et vis-à-vis des polluants de l’environnement ». Ainsi, l’Afssa recommande-t-elle, d’une part, « d’étudier de manière comparative, [...], les capacités de bioaccumulation et de dépuration des huîtres triploïdes et diploïdes vis-à-vis des métaux lourds, des bactéries et des phycotoxines [toxine produite par les algues], en prenant en compte l’influence des perturbations liées aux facteurs environnementaux » ; et d’autre part, dans l’attente de ces résultats, « un renforcement des contrôles sanitaires sur les zones de production d’huîtres triploïdes à l’égard des contaminants de l’environnement ». Mais interrogé par Inf’OGM, un responsable du comité national de la conchyliculture (CNC) nous informe qu’à sa connaissance, aucun plan de surveillance particulier n’a été imposé.

     Quel étiquetage ?

    Selon le comité national de la conchyliculture, l’absence de règlementation spécifique aux huîtres triploïdes est logique, car elles ne sont pas considérées comme un « nouveau produit ». Ainsi, il n’y a pas d’obligation d’étiquetage particulier. De même, le fait d’être triploïde n’a pas à être précisé, puisque, selon la Commission européenne, ces huîtres peuvent exister en infime quantité à l’état naturel. Le ministère français de l’Agriculture n’est pas plus favorable à l’étiquetage obligatoire pour le consommateur. Et si la Satmar indique bien, sur les lots de naissains qu’elle vend, le caractère triploïde ou non, cette information disparaît une fois les huîtres sur les étals des commerçants.
    L’huître triploïde, modifiée chromosomiquement, n’est pas un OGM, au sens juridique car il n’y a pas eu d’apport de gène étranger (cf. page 1). Cependant, comme les PGM, elle implique une dépendance du mareyeur vis-à-vis des écloseries, et elle nécessiterait davantage d’études d’impacts sanitaires et environnementaux.




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      Il y a 6 sujets en réponse à cet article.
      Il y au total 11 messages en réponse à cet article.

    • l’emmission de télé sur France 5 de ce jour 24-1-2010 à 16h40 alerte:huitres en danger dénoncent les huitres OGM dite triploïdes porteuses de virus hérpétiques vendues aux consommateurs sans information sans marquage ni garantie sanitaire. Votre avis .


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      • Huître triploïde : une « manipulation » bien cachée 28 janvier 2010 17:41, par marieannick

        bonjour, je viens de suivre l’émission. Je découvre ces fameuses huitres triploides ... moi qui suis une grande dégustatrice d’huitres. Je n’ai pas trouvé les reflexions des uns et des autres très rassurantes. Pourquoi les consommateurs ne sont pas avisés de la présence de ces huitres sur le marché.


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        • Huître triploïde : une « manipulation » bien cachée 7 février 2010 20:17, par Maxime LETELLIER

          Je suis ostréiculteur en Normandie (sur la cote ouest du cotentin)et je tiens à préciser que moi et plusieurs de mes collegues n’utilisont que du naissain naturel capté en charente ou à Arcachon car j’estime que les méthodes d’élevage traditionnelles ont fait leurs preuves et sont fiables.

          D’autre part je reproche aux écloseries qui produisent les triploides que nous n’avons pas assez de recul sur les effets que cela peut avoir sur l’etre humain a long terme . Je trouve dangereux qu’aucunes legislation n’impose l’etiquetage   clair de ces produits !!!(sachant que la modification diplo/triplo existe a l’état naturel a tres faible dose ,mais que l’Homme la pratique sur les huitres ,les truites de pisciculture et surement dans bien des domaines que le consommateur ignore.

          Moi qui vend ma production au détail sur des marchés jusqu’en picardie communique beaucoup avec mes clients depuis déja longtemps.Maintenant que nous avons de gros problèmes de mortalités je pense meme afficher HUITRES ISSUES DE CAPTAGE NATUREL REALISE PAR NOS SOINS.Il est quand meme dommage que ce soient les produits naturels qui soient obligés de s’étiquetter.....


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    • Bonjour.

      Et que pensez-vous donc des variétés de blé à pain hexaploïde (cad possédant 6 jeux de chromosomes !) ?


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      • Huître triploïde : une « manipulation » bien cachée 6 février 2010 02:55, par Cassandre

        Il semblerait qu’aujourd’hui on constate une surmortalité chez les naissains , que les ostréiculteurs attribuent à cette manip, espérons que la bactérie qui infecte les triploïdes s’y cantonneront et n’aura pas pris une virulence qui lui permette d’infecter les huitres sauvages…

        A force de vouloir faire du fric à tout prix, ces gens scient la branche sur laquelle ils sont assis… C’est ainsi qu’est née la « vache folle » sans même qu’il soit besoin de se servir d’OGM (si les triploïdes ne sont pas des OGM , l’un de leurs parents l’est !)


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    • Huître triploïde : une « manipulation » bien cachée 19 novembre 2008 10:57, par raymond COSQUÉRIC

      Votre article sur l’huître triploïde m’a un peu chagriné. J’aurais aimé y lire que la triploïde n’est pas un OGM : son patrimoine génétique ne subit aucun ajout ni modification. Même chose pour la totalité des bananes mises sur le marché, les truites de pisciculture, etc,etc, également OGM et jamais étiquetées comme telles. Sachez qu’il y a à l’intérieur de la profession ostréicole des adversaires de l’huître triploïde, non pour des raisons sanitaires, mais commerciales. C’est pour ces raisons que les professionnels ne sont pas pressés d’étiqueter les triploïdes à l’étalage. Ils craignent des campagnes de dénigrement qui assimileraient le produit à des OGM.


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    • Suivant certains, les huitres triploïdes fertiles ou des tétraploïdes auraient des capacité de reproduction très importante.

      Elles pourraient, si elles se sauvent, outre faire disparaitre les huitres naturels, mais aussi causer des perturbations très importante sur les écosystèmes.

      Avez-vous connaissance de ce risque et d’informations complémentaires à ce sujet ?


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    • il faut savoir que les huitres triploides ont cet ete frayée cet a dire ont pondues et sont mortes en grand nombre dans l’etang de thau. quels sont les consequences de cette reproductions ? peut etre croisement avec les huitres classiques ? quel avenir pour la production future ? En plus les ostreiculteurs de mediterranée ont un probleme de predation par les dorades ils ont rien trouvé de mieux que de mettre des engins a ultra son dans leurs parcs sans aucune etudes sur les autres especes ex « hippocampe »pour faire partir les dorades.


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    • Huître triploïde : une « manipulation » bien cachée 16 décembre 2008 13:05, par Marc Fayard

      J’aurais aimé trouver dans votre article plus de précisions concernant les races et les lieux de production d’huîtres triploïdes. Le consommateur et le citoyen est considéré comme un gogo que l’on doit gaver coûte que coûte !


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