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La Bulgarie a intégré l’Union européenne le 1er janvier 2007. En 2004, suite à une proposition de loi parlementaire, la réaction d’une coalition d’ONG a conduit à l’adoption d’une loi qui a largement rétréci le champ des possibles pour l’introduction des PGM commerciaux et expérimentaux. Mais ce quasi moratoire tiendra-t-il encore longtemps vis-à-vis de la Commission européenne ? L’utilisation des biotechnologies en agriculture en Bulgarie remonte au début des années 90. Pas encore sous la coupe des réglementations communautaires, la Bulgarie a été un terrain d’expérimentation pour les entreprises semencières. Ces dernières se sont appuyées sur les laboratoires de recherche nationaux en quête de nouvelles sources de financements après la chute du régime communiste. De nombreuses informations présentées ici sont extraites d’interviews et de déclarations de l’administration ou de chercheurs, sur lesquelles se sont appuyées par la suite les associations EcoSouthWest et ANPED pour leur rapport “Bulgaria : The Corporate European Playground for Genetically Engineered Food and Agriculture” publié en mai 2000 [1]. Compte tenu du caractère confidentiel des informations relatives aux PGM avant 2004, il fut parfois difficile à ces ONG d’obtenir des confirmations officielles. Dès 1991, un tabac comportant des gènes de résistance à des virus et à des bactéries ainsi qu’une luzerne transgénique étaient cultivés expérimentalement à Kostinbrod par l’Institut du Génie Génétique (IGE). En 1999, une pomme de terre GM résistante au doryphore était testée pour la première fois en plein champ sur 30 ha en 2000, puis sur 3 hectares en 2001. On relevait également des cultures de tournesol et de tabac. Selon le rapport d’Eco-SouthWest, plusieurs interviews et articles de presse de l’époque citaient des essais sur d’autres cultures, incluant des variétés de blé résistant à un herbicide de Monsanto et de Novartis, ainsi qu’une variété de pomme de terre Bt de Monsanto [2]. Pourtant, le même rapport précise que, selon les membres du Conseil de Biosécurité de l’époque, seules des autorisations de cultures expérimentales avaient été accordées au maïs résistant au Round Up de Monsanto et au maïs Liberty Link de Pioneer, mais pas aux variétés Bt résistantes aux insectes. En 2000, des scientifiques bulgares déclaraient que les avancées les plus probantes concernaient le tabac et portaient sur des caractères de résistances au virus de la “mosaïque”, des maladies bactériennes et fongiques, des caractères de résistances aux températures extrêmes et de tolérance aux herbicides et métaux lourds. À cette époque, ils déclaraient que d’autres PGM avaient été mises au point, incluant la luzerne, la tomate, la vigne, l’orge, le maïs, la pomme de terre, l’œillet et la pomme [3]. Pour ce qui est des cultures commerciales, dès 1998, une information officielle révélait que trois compagnies - Monsanto, Pioneer et Novartis - avaient déposé une demande d’autorisation pour commercialiser du maïs transgénique, soit tolérant à un herbicide (Round Up ou Basta), soit résistant à la pyrale du maïs (maïs Bt) ou bien une combinaison des deux caractères. Bien qu’il ne soit pas établi que ces compagnies aient obtenu ces autorisations, on peut supposer que ce fut le cas, puisque les catalogues des compagnies semencières proposaient des variétés de maïs GM dès 1999 et 2000. Les compagnies semencières ont alors passé des contrats avec des distributeurs locaux qui revendaient directement les semences aux exploitants agricoles. Ainsi, lors de la saison de production de semences de 2000, le distributeur de semences Panacea, dans la région de Sevlievo, disposait d’un contrat avec les firmes Monsanto et Pioneer. Le maïs Roundup Ready était vendu aux agriculteurs à 702 euro pour un lot contenant environ 450 000 semences ainsi que 30 litres de Round Up. Selon le revendeur, il n’y avait aucune restriction quant à la quantité que les agriculteurs pouvaient acheter et semer [8]. Mais on observe, de 1999 à 2003 et selon les statistiques officielles, un recul des surfaces cultivées avec du maïs GM, passant de 13 000 ha en 1999 à 2195 ha en 2003 [9]. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène, mais la pression commerciale peut avoir joué de la même manière que pour la compagnie belge Amylum basée à Razgrad. Ses partenaires européens refusant d’acheter de l’amidon dérivé de maïs GM, cette entreprise a dû revoir sa politique d’approvisionnement auprès des producteurs. Le même phénomène s’est produit concernant les cultures de tabac, concentrées dans la région des Rhodopes. En 1997, Philip Morris, British American Tobacco et Reemtsma menacèrent la Bulgarie d’arrêter leurs achats dans la région si les essais sur le tabac GM se poursuivaient [10]. Suite à ces premières alertes, le Parlement suspend en juin 2000 ses financements en direction de la recherche et du développement de PGM sur tabac et vigne, craignant pour le marché d’exportation [11]. Plus récemment pourtant, l’Ambassade des Etats-Unis en Bulgarie, à travers son département d’agriculture, n’hésitait pas à défendre les laboratoires de recherche bulgares sur les PGM. Lors de l’ouverture de AgroBiotech Park, fondé par l’AgroBio Institut (ancien IGE) en 2003, l’Ambassadeur états-unien J. Pardew a fait un don de 7736 euro et a insisté sur le soutien du gouvernement des Etats-Unis en faveur du développement de l’ingénierie génétique en Bulgarie [12]. Dès 1996, la Bulgarie disposait donc d’une loi de biosécurité. Le but était de donner un cadre légal au travail des laboratoires nationaux et d’attirer les compagnies semencières pour développer librement la recherche commerciale. Le 16 février 2004, le Parlement a voté en première lecture une nouvelle loi sur les PGM. Rédigée dans le cadre d’un projet financé par l’UNEP/GEF et conduit par le laboratoire AgroBio Institut, répondant à une commande conjointe d’organismes d’Etat et des entreprises incluant Monsanto et d’autres entreprises de biotechnologies, cette loi visait initialement à donner un cadre législatif plus clair aux activités des firmes semencières. Suite à la réaction d’une coalition d’ONG, “GM-free Bulgaria”, le Parlement a néanmoins introduit de nombreux amendements, donnant une nouvelle orientation au texte. Le gouvernement bulgare a cependant introduit certaines spécificités qui méritent d’être relevées. Pour ce qui est de la Commission, les membres sont des scientifiques diplômés de l’Académie des Sciences dans les domaines de la biologie, de l’écologie et de l’agronomie, notamment. Plusieurs représentants de Ministères sont également invités à participer aux travaux de la Commission sans droit de vote. En tant que représentants de la société civile, seuls trois représentants d’organisations écologistes sont nommés membres de la Commission : Agrolink, Za Zemiata et EcoSouthWest. Aucun représentant d’association de consommateurs ou de comité d’éthique n’est nommé. Dernière caractéristique bulgare, les résultats de la consultation publique sur les demandes d’autorisation doivent être publiés au moins dans un quotidien national et par internet. Cette dernière précision n’existe généralement pas dans les autres lois nationales. Le gouvernement bulgare a donc suivi dans ses grandes lignes la réglementation européenne, ajoutant même certaines mesures typiquement nationales. Par contre, la loi ne traite pas des appareils de contrôle à mettre en place. Aucune administration ne semble désignée comme instance de surveillance de mise en application de la loi. Un laboratoire bulgare sera membre du réseau de laboratoires européens sur les PGM, l’AgroBioInstitut. Suite au rapport du groupe d’experts nommés par la Commission européenne pour évaluer les lois nationales en comparaison avec les lois européennes, des discussions ont actuellement cours au sein du Ministère de l’Agriculture afin de proposer une nouvelle loi modifiée au Parlement bulgare. Ces modifications concerneront tous les articles qui ne sont pas en conformité avec la législation européenne, à savoir les interdictions concernant certains végétaux, les mesures de protection de l’agriculture biologique et le seuil actuellement fixé à 0,5% (qui devrait être relevé à 0,9%). Autorisation de dissémination dans l’environnement Commercialisation de produits contenant tout ou partie des PGM Informations publiques Lire la loi (en anglais) : http://www.infogm.org/article.php3?... Les réelles attentes viennent de la mise en application de cette loi, et en tout premier lieu de l’instauration du système de demandes d’autorisation. Plus d’un an après le vote de la loi, la Commission Consultative, organisme-clef des attributions d’autorisation de culture PGM et de mise sur le marché, n’est toujours pas en place. Il n’y a donc à ce jour aucun dispositif d’attribution d’autorisation. Les personnes nommées en tant que représentantes d’associations environnementales n’ont pas encore été sollicitées pour une réunion. Aucune demande d’autorisation n’a été déposée à ce jour. Une campagne se déroule également en Bulgarie visant à convaincre les citoyens et leurs élus de se déclarer zones sans OGM. La région transfrontalière des Rhodopes, située entre la Grèce et la Bulgarie, a été déclarée comme région libre de PGM fin janvier 2007, rejoignant ainsi le réseau européen des régions se déclarant contre l’introduction des cultures PGM [17]. Agrolink a lancé ce projet à l’automne 2005, choisissant la région des Rhodopes pour sa valeur patrimoniale et environnementale. Cinq réunions ont été organisées au cours de l’hiver et du printemps 2006 dans la région des Rhodopes (municipalités de Smolian, Satovtcha, Koerdjeli, Hasgovo et Acénovgrad) pour ouvrir le débat avec les gouverneurs des régions et avec les maires de 23 municipalités. Les réunions, co-organisées avec le soutien des autorités locales, étaient ouvertes à tous, avec des invitations en direction des représentants d’associations écologistes et de consommateurs. Elles se déroulaient en deux parties, une première consacrée à mettre en lumière les aspects scientifiques, juridiques et économiques du sujet, et une seconde pour ouvrir le débat sur la proposition de déclaration “GMO-free Rhodopi”. La plupart des maires réagissent en faisant part de leurs inquiétudes et semblent favorables au projet. Celui-ci comporte une part de développement local, en donnant aux autorités locales l’opportunité d’investir un processus de décision participatif avec la société civile, quant à des choix de territoire. En 2006, trois municipalités (Satovtcha, Banite, Koerdjeli) se sont officiellement déclarées hostiles à l’introduction de PGM sur leur territoire. Le cadre législatif bulgare semble donc favorable à un contrôle et à une limitation des PGM dans l’environnement et dans la chaîne alimentaire. Plusieurs dispositions de la loi constituent des moratoires a priori au regard des textes européens. Le contexte européen est complexe, et le cas de la Bulgarie vient s’ajouter aux pays ayant pris des mesures pour interdire les PGM sur leur territoire (moratoire de la Pologne, de la Hongrie, de l’Autriche, de la Grèce...). Comme ailleurs, les ONG comme Agrolink, Za Zemiata, Ecoglasnost, EcoSouthWest se sont appuyées sur le droit communautaire et international en interprétant les articles de la directive 2001/18 dans un sens restrictif à l’introduction des PGM, mais elles sont allées plus loin en proposant un droit plus limitatif à certains égards. Les ONG opposées aux PGM doivent maintenant faire le choix d’adopter ou non une stratégie politique pour pousser à maintenir des moratoires réfutés par la Commission européenne ailleurs. Un tel choix implique qu’elles doivent désormais soutenir l’autorité gouvernementale face à la Commission européenne pour maintenir les articles qui entrent en contradiction avec les directives et recommandations européennes. Les hésitations des autorités locales à signer les déclarations pour que la région de Rhodopes soit libre de PGM montrent cependant les réticences des élus à assumer des initiatives qui sortent des “cadres légaux”. [2] Interview par l’ANPED de A. Kimaktchiev, Secrétaire général du MEE, 1er février 2000 [3] Nikolova, S., “Bulgaria between two chairs, Process of legislation on GMOs and involvement of Bulgarian NGO’s”, http://www.gmo-free-regions.org/cou... [4] Ordonnance sur la dissémination volontaire de plantes supérieures GM (Journal Officiel n°70/1996) [7] National Human Development Report 2003 - Rural Regions, Overcoming Develoment Disparities, UNDP, page 22 [9] http://ww.gmo-free-regions.org/coun..., citation d’un rapport du MAF, n°O201-15 15.03.2004 (non public) [11] [Kruszewska Iza, “Tortn between North America Seed Producers and EU Consumers”, Biotechnologies and Development Monitor, pages 44-45, mars 2001 [14] Miroslaf Ivanof, Le colza énergétique, une véritable alternative au fuel traditionnel, Dnevnik, 13 avril 2006, page 14 |
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