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>Coexistence ou contaminations ?
La coexistence entre cultures OGM et cultures conventionnelles est une problématique principalement européenne. En effet, dans les principaux pays producteurs d’OGM (Etats-Unis, Argentine, Canada, etc.), le débat n’a pas lieu étant donné que les plantes transgéniques sont considérées comme substantiellement équivalentes, c’est-à-dire identiques, aux plantes conventionnelles. Au contraire, en Europe, les plantes transgéniques sont considérées comme des produits nouveaux porteurs de risques spécifiques, qu’il convient de surveiller et de réglementer ; par ailleurs, l’Union européenne a souhaité donner aux consommateurs la possibilité de choisir entre une alimentation issue d’OGM et une alimentation conventionnelle. Ainsi, que ce soit par l’étiquetage - qui est censé laisser le consommateur libre de choisir - ou par les mesures de coexistence - qui sont censées permettre à des agriculteurs de cultiver ce qu’ils veulent sans interférence avec le champ du voisin - le choix semble renvoyé à l’utilisateur et non pas au producteur. Mais comment assurer ce libre choix ? Est-il réellement possible de cultiver sur un même territoire OGM et non-OGM ? Et si cela est possible, à quelles conditions ? A quel prix ? Qui sera en charge d’éviter la pollution de l’autre ? Qui sera en charge des contrôles ? Qui sera responsable en cas de contamination ? ![]() Dossier Coexistence ![]() Dossier Coexsitence Le débat sur la coexistence des filières OGM / non-OGM a surgi officiellement en Europe dans le cadre des conditions de la levée du moratoire. Après l’adoption d’une réglementation sur la traçabilité et l’étiquetage1, la Commission européenne a dressé des lignes directrices2 sur les conditions d’une coexistence entre les cultures de plantes conventionnelles et les cultures de plantes transgéniques. Ces recommandations découlent d’un premier rapport3 sur la coexistence, en 2002, commanditée par la Commission européenne. Depuis, le débat traverse toute l’Europe et tous les acteurs. Pour la Commission, les mesures de coexistence doivent “donner aux exploitants agricoles la possibilité d’opérer un choix effectif entre la production traditionnelle, biologique ou génétiquement modifiée, dans le respect des obligations juridiques en matière d’étiquetage et de pureté”4. Toujours selon cette institution, “les coûts de la coexistence devraient être supportés par ceux qui bénéficient d’une forme particulière de culture. En d’autres termes, la prise en charge de ces coûts reviendrait aux agriculteurs n’utilisant pas d’OGM”5. Le fait d’envisager le problème de la coexistence comme un strict problème économique a aussitôt fait réagir les associations écologistes pour qui les mesures de coexistence sont surtout fondamentales pour l’environnement. Il s’agit en effet avant tout d’éviter les contaminations, c’est-à-dire de garantir la pureté génétique des variétés cultivées, de définir la prise en charge des coûts et le partage des responsabilités en cas de pollution. D’ailleurs, parmi ces associations, nombreuses sont celles qui estiment qu’il est impossible de faire coexister des cultures conventionnelles et des cultures transgéniques... La coexistence serait ainsi un faux débat. GRAIN décrit la pollution génétique comme “la pierre angulaire des efforts de l’industrie des biotechnologies pour mettre le monde entier devant le fait accompli et obtenir ainsi qu’il accepte les cultures génétiquement modifiées. [...] Une telle coexistence conduirait inévitablement à un système à deux vitesses pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde [...] avec un même petit nombre de firmes contrôlant les deux niveaux, des semences aux supermarchés”. Pour GRAIN, les mesures de coexistence n’empêchent donc pas les contaminations, elles les légalisent... Plusieurs réponses techniques mais aussi politiques sont formulées par les différents acteurs pour mettre en place les conditions de la coexistence (ou du contrôle des contaminations génétiques). Elles vont de la mise en place de zones tampons à celle de zones sans OGM. Les premiers cas de contaminationsAujourd’hui, quatre espèces de plantes transgéniques sont cultivées à grande échelle : soja, maïs, colza et coton. Chacune d’entre elles possède un centre d’origine génétique. Et des cas de contamination de variétés indigènes dans des centres d’origine par des variétés transgéniques ont déjà été notés. C’est le cas du maïs avec le Mexique6. L’origine technique de la contamination n’est pas encore connue. En tout état de cause, elle est liée à une “erreur” humaine ou à un manque de vigilance puisque le Mexique avait décrété en 1998 un moratoire sur les cultures de maïs transgénique afin de protéger la biodiversité des espèces locales. La contamination de centres d’origine génétique est particulièrement préoccupante. En effet, il est important de préserver les variétés anciennes et la diversité génétique des plantes cultivées afin de pouvoir développer des variétés résistantes aux maladies, mauvaises conditions climatiques, etc. Il existe, certes, des banques de semences, mais celles-ci sont généralement ex-situ, ce qui signifie que ces semences ne sont pas en contact, en co-évolution avec leur milieu naturel, qui lui ne cesse d’évoluer... En outre, les banques de semences ne sont pas elles-mêmes à l’abri des contaminations7. Comme l’explique le biologiste Pierre Henri Gouyon : “il y a énormément d’échanges génétiques entre variétés, et les transgènes persistent à travers les générations”8.
1, Dossier “Traçabilité et étiquetage des OGM dans l’alimentation : la nouvelle réglementation européenne”, B. Brassart, Inf’OGM n°45 |
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