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OGM au Burkina Faso : presque moitié moins de Coton Bt cultivé, selon le directeur de la Sofitex

Christophe NOISETTE, novembre 2012
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A l’occasion d’une conférence organisée par l’Association française des biotechnologies végétales, association qui promeut l’usage des plantes génétiquement modifiées (PGM), le Directeur du développement de la production cotonnière à la Sofitex, Déhou Dakuo, a présenté un état des lieux de la culture du coton Bt au Burkina Faso. La Sofitex est partie prenante dans la mise en place du coton Bt GM au Burkina Faso. Elle a encouragé les agriculteurs à se tourner vers les variétés transgéniques, en leur promettant une réduction importante des pulvérisations d’insecticides et des meilleurs rendements. Lors de cette intervention, M. Dakuo a annoncé qu’ « en raison de problèmes à régler (vérification de la pureté des graines), Sofitex ne devrait emblaver qu’entre 200 000 à 300 000 hectares de coton Bt lors de la campagne 2012-2013, au lieu de 400 000 ha en 2010 ».

Le directeur, en revanche, considère que le coton Bt a effectivement permis de réduire l’usage des insecticides, sans pour autant les éviter absolument. En effet, le Bt ne tue que certaines chenilles de papillons (pyrale et sésamie). Mais d’autres insectes s’attaquent au coton Bt sans mourir.
Le directeur reconnaît aussi que certains agriculteurs qui ont testé le coton Bt ont été déçus par leur rendement ou la qualité de la fibre et que « dès la première récolte, les meilleurs producteurs ont obtenu un rendement d’une tonne par hectare, d’autres n’arrivant qu’à 500 kg ». Il explique ces disparités principalement par le non-respect des bonnes pratiques (sous-dosage des engrais, non-réalisation des traitements phytosanitaires, mélange de graines).


Le 10 mai 2012, Claire Fages, journaliste à RFI, avait annoncé que le Burkina renonçait à la culture du coton Bt, du fait d’une mauvaise qualité de la fibre, qui aurait fait chuter les prix de 10%, et de mauvais rendements.
Les services techniques de la Sofitex n’avaient pas tardé à réagir, affirmant que la mise en place des semences pour la campagne 2012/2013 était réalisée à plus de 80%, pour des superficies à emblaver au cours de la campagne 2012/2013 de 200 à 300 000 hectares. M. Dakuo avait déjà souligné les problèmes de qualité des semences et avait alors annoncé que la Sofitex envisageait de réduire le nombre de producteurs semenciers de 12 000 à 5 000 pour en faire « de vrais professionnels avec un encadrement plus rigoureux ». Quelles conséquences cette réduction et cette « professionnalisation » aura sur l’agriculture au Burkina Faso ?


Les semences GM sont un peu plus chères que les semences hybrides : elles se sont vendues 24 000 F CFA (36 €) le kg, contre 20 000 F CFA lors de la précédente saison. Ce surcoût est, en théorie, compensé par une réduction de l’usage des insecticides et par un rendement supérieur de 30% selon les promoteurs de ce coton GM. Si les pulvérisations ont en effet diminué, les gains de rendement, en revanche, ont été moindres : 950 kg par hectare, contre 1 200 promis par Monsanto et la Sofitex. Comme l’a encore souligné M. Dakuo, la Sofitex met en cause la mauvaise utilisation des engrais (quantité et programmation) et les conditions climatiques.
Selon le magazine Jeune Afrique [1], « Au Mali, l’utilisation de graines « classiques » n’a pas empêché le pays de regagner sa place de premier cotonnier subsaharien, avec des rendements compris entre 800 et 900 kg par hectare »...


Les expériences chinoises et indiennes montrent également que l’intérêt immédiat des cultures Bt par rapport à l’utilisation des insecticides n’est qu’à court terme. En effet, si les pulvérisations d’insecticides sont devenues si importantes, c’est notamment du fait de l’adaptation des insectes prédateurs à ces insecticides. Or, que ces derniers soient pulvérisés ou produits directement par la plante, le phénomène d’adaptation est le même. Il n’y a pas de changement radical de pratiques culturales, donc les conséquences seront les mêmes... voire plus rapides dans le cas des pratiques transgéniques du fait d’une production en continu de l’insecticide par la plante...