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OGM - Le premier soja roundup ready « open source »

Christophe NOISETTE, 17 février 2015
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Le brevet sur le soja Roundup Ready première génération de Monsanto (RR1) prendra fin en mars 2015. Les premiers « génériques » sont sur le point d’être proposés aux agriculteurs étasuniens.

OGM - Le premier soja roundup ready « open source »

L’Université de l’Arkansas travaille depuis des années sur des programmes d’ « amélioration variétale » du soja. Cette université a annoncé, en décembre 2014, avoir mis au point le premier soja transgénique Roundup Ready « public », intitulé UA 5414RR. Ce soja peut être semé sans avoir à payer des royalties à Monsanto et les agriculteurs peuvent garder une partie de leur récolte comme semence pour l’année suivante, affirme dans un communiqué de presse l’Université [1]. Ce soja, précise ses obtenteurs, « remplit un créneau pour les producteurs qui souhaitent utiliser le système de contrôle des mauvaises herbes du Roundup mais qui ne veulent pas payer le coût plus élevé de la nouvelle génération du soja Roundup Ready 2 Yield® ».

L’Université affirme aussi que ce soja transgénique « open source » a eu un rendement moyen de 3,8 tonnes par hectares (contre 2,5 T/ha de rendement moyen aux États-Unis) au cours des expérimentations en champs conduites dans l’Arkansas. D’après le Dr. Pengying Chen, le responsable du programme de sélection à l’Université de l’Arkansas, le rendement de cette variété est d’environ 93% des variétés les plus populaires utilisées comme contrôle lors des essais en champs. Concrètement les obtenteurs reconnaissent que « ce n’est pas le soja RR le plus intéressant en termes de rendement, mais cela est compensé par des coûts de production réduits, incluant un prix d’achat plus faible, l’absence de frais liés à la technologie et la capacité de conserver ses semences d’une année sur l’autre ».

Cette plante génétiquement modifiée (PGM) « open source » ne réduit pas à néant les questions concernant cette technologie. La première, fondamentale, est de savoir si cette variété sera utilisée, concrètement, par les agriculteurs étasuniens. En effet, pour faire face à la présence invasive de très nombreuses adventices résistantes au glyphosate dans les champs de soja, les entreprises ont mis au point (et vendu) des nouvelles PGM qui tolèrent plusieurs herbicides ou qui tolèrent des plus grandes quantités de Roundup. De ce fait, le RR1 a donc été progressivement abandonné par les agriculteurs… Est-ce que l’absence de royalties et la possibilité de sauvegarder une partie de sa récolte compensera la faiblesse de cette technologie face à des amarantes et autres plantes adventices devenues résistantes au glyphosate ? Est-ce que ce soja RR libre de droit pourra être utilisé avec un Roundup lui aussi générique ? Ou un contrat liera malgré tout les agriculteurs utilisant la variété de l’Université et imposera le Roundup officiel ? Ni l’obtenteur, ni Monsanto, ne souhaitent répondre à ces questions, malgré notre insistance. Dommage.

Une longue tradition en soja conventionnel

Le département en charge de la sélection variétale que dirige le Dr. Pengyin Chen a une longue expérience de création variétale sur le soja. Tous les ans, ce sont une ou plusieurs variétés de soja non OGM qui ont été mises au point par cette université. Citons les derniers en date. En 2014, la variété UA 5814 HP est présentée à la presse comme une variété à haut rendement (3,9 T/ha) et plus riche en protéine, donc très pertinente pour l’alimentation des volailles[Lovett, J., « UA Scientists Develop Non-GMO Super Soybean », Southwest Times Record, 1 février 2015, http://swtimes.com/business/ua-scientists-develop-non-gmo-super-soybean]]. En 2013, l’Université annonçait la mise au point d’une variété de soja UA 5213C [2] résistant notamment au chancre de la tige causé par Diaporthe phaseolorum et au nématode Heterodera glycines Ichinohe. Ce cultivar est sensible aux dégâts causés par Fusarium solani), mais son rendement (4,2 T/ha), officiellement, est aussi élevé que celui des variétés de soja génétiquement modifiées actuellement sur le marché. En 2012, c’était la variété UA 5612 qui avait été mise au point… Chen affirmait alors à la presse que ces variétés étaient « une alternative bon marché aux cultures GM plus coûteuses » [3].

D’ailleurs, en 2009, Chen notait [4] une demande pour des sojas non OGM en augmentation. Il soulignait alors trois facteurs explicatifs : premièrement, le coût moindre et la possibilité de sauvegarder une partie de sa récolte ; deuxièmement, le développement des adventices résistantes au glyphosate ; et troisièmement, la prime offerte (entre 1 et 1,5 dollar de plus par boisseau (27,2 kg), selon les années) pour du soja certifié « non OGM ».

Alors pourquoi s’engage-t-il désormais dans des variétés de soja transgénique Roundup Ready ? Certes elles sont libres de droit et donc l’argument numéro 1 tombe mais quid des deux autres ?

La fin des brevets n’est pas la fin des questions sur les PGM

Interrogés par Inf’OGM, Guy Kastler, de la Confédération paysanne, et François Delmond, gérant de Germinance, une entreprise artisanale de production de semences, soulignent que la fin du brevet sur les premières variétés de Roundup Ready ne résorbe pas l’ensemble des questions soulevées par de telles plantes. Pour Guy Kastler, « il est intéressant de constater que certaines institutions de recherche publiques américaines prennent conscience du verrou que constitue le brevet et décident de maintenir une offre commerciale lorsque [ces brevets] sont épuisés. Mais cette initiative ne résout pas les autres problèmes soulevés par ce soja RR et qui nécessitent à eux seuls de le refuser, comme sont les dangers environnemental et sanitaire avérés de l’utilisation de variétés rendues tolérantes à un herbicide… Et l’existence d’un soja non breveté ne résout pas non plus le problème des contaminations par des caractères brevetés venant d’autres cultures brevetées, ni le problème de l’appropriation de ce soja RR par le dépôt d’autre(s) brevet(s) sur ces autres traits natifs, problème qui ne pourront être résolus que par l’interdiction de tout brevet sur le vivant ». François Delmond tient aussi à souligner que les manipulations liées aux biotechnologies influencent la vitalité des plantes : « Ce n’est pas parce que les forces de vie, dont parlent notamment les biodynamistes, ne sont pas reconnues par les instituts scientifiques actuels qu’elles n’existent pas. Et cette baisse de vitalité engendrera logiquement une baisse de vitalité chez les animaux et humains qui se nourriront régulièrement de ces plantes, d’où, par exemple, des problèmes de santé, affaiblissement des défenses immunitaires, vieillissement prématuré ». Et d’ajouter : «  Il aurait été certes préférable que l’Université de l’Arkansas investisse les fonds publics qu’elle reçoit dans la sélection traditionnelle de variétés adaptées aux besoins alimentaires des animaux et des hommes qui s’en nourrissent et dans les techniques de gestion des sols vivants et de désherbage mécanique ».

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Crédit Photo : CC - Nicole C. Engard "Wordle from Open Source Book"

[3« University of Arkansas releases two non-GMO soybeans », AG Professional, 23 juillet 2013, http://www.agprofessional.com/news/University-of-Arkansas-releases-two-non-GMO-soybeans-216575861.html