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Inf'OGM n°141, septembre / octobre 2016

Dossier : Sauver la biodiversité cultivée ?

Sauvage ou cultivée, la biodiversité est en danger partout dans le monde.
Autrefois, les paysans adaptaient leurs variétés à leur terroir, grâce à la sélection et l’échange des semences et des savoir-faire.
Avec l’émergence des entreprises semencières et des lois qui les protègent, puis leur concentration [1], la biodiversité cultivée recule : certes, pour certaines espèces, on peut noter une augmentation du nombre de variétés dans le catalogue officiel des semences autorisées à la vente [2]. Mais la diversité génétique, c’est-à-dire le degré de variétés des gènes au sein d’une même espèce, est en régression. Or c’est elle qui permet une adaptation aux terroirs, mais aussi aux changements climatiques [3].
Alors, comment enrayer l’érosion de cette biodiversité, notamment cultivée ? Et sur quels textes de lois, internationaux ou nationaux, peut-on s’appuyer [4] ? En France, le parlement a enfin voté, fin juillet et après plus de deux ans de discussions, la loi sur la protection de la biodiversité, avec un bilan mitigé [5].
Si l’on ne veut pas perdre la richesse génétique de la Planète, notre conception du monde doit changer : l’humain est un des éléments de la Nature, et non son maître. Les décideurs politiques et acteurs économiques, sous la pression des citoyens, doivent en prendre conscience.

Pourquoi sauver la biodiversité ?

Le concept de « biodiversité » est vaste : le présent dossier d’Inf’OGM porte essentiellement sur un sous-ensemble, la biodiversité cultivée dans les champs. Voici cependant un aperçu sur la disparition de la biodiversité globale, et les raisons pour lesquelles on doit tout faire pour la conserver.

Agriculture et biodiversité : une relation ambigüe

Si les humains par le passé ont souvent favorisé, même involontairement, le développement d’une certaine biodiversité (avec la polyculture-élevage, l’ouverture des milieux...), les monocultures intensives et la « conversion » des terres agricoles (euphémisme pour ne pas parler de destruction) qui gagnent la planète la détruisent aujourd’hui de façon massive.

La biodiversité menacée par les droits de propriété

Quand on pense à la biodiversité et aux Droits de Propriété Industrielle (DPI), les premiers mots qui viennent généralement en tête sont biopiraterie, pharmacopée... Le système de DPI dans le domaine de la sélection végétale est, lui, moins connu, bien que très développé. Pour le Réseau semences paysannes (RSP), ce système permet l’accaparement de la biodiversité cultivée par quelques semenciers, aux détriments des paysans.

Comment enrayer l’érosion de la biodiversité cultivée ?

Deux grandes approches existent pour lutter contre l’érosion de la biodiversité cultivée : la gestion ex situ, c’est-à-dire en dehors des sites de culture et la gestion in situ, c’est-à-dire dans les champs des paysans et dans les jardins. Ces deux approches se fondent sur des visions du vivant très différentes. La gouvernance de tels systèmes est essentielle pour qu’ils soient complémentaires.

Biodiversité et droit : des avancées à approfondir

Le droit pour la protection de la biodiversité s’étoffe depuis quelques dizaines d’années, mais il est souvent remis en cause par des intérêts commerciaux. S’il existe quelques outils à disposition des citoyens pour lutter contre ces atteintes, le droit international reste relativement difficile à mettre en œuvre et contribue à favoriser un modèle économique dominant sans le remettre en cause fondamentalement. C’est pourtant ce modèle qui est principalement responsable des atteintes à la biodiversité.

France : un demi-succès pour la loi biodiversité

28 mois de discussions entre parlementaires, de pressions de toutes sortes de la part des lobbys et de pétitions de la société civile, ont permis d’aboutir à la nouvelle loi sur la reconquête de la biodiversité, votée le 20 juillet 2016. Immédiatement saisi, le Conseil constitutionnel n’a retoqué qu’un seul des articles mis en cause. Analyses des avancées et reculs, notamment pour la biodiversité cultivée.